Corse. Ecrasante victoire des nationalistes. Le Front national en déroute

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04/12/2017 – 07h00 Bastia (Breizh-info.com) – La liste Pè a Corsica (Pour la Corse), qui rassemble les autonomistes de Gilles Simeoni et des indépendantistes de Jean-Guy Talamoni, est arrivée largement en tête du premier tour des élections territoriales en Corse, dimanche 3 décembre, avec 45,36 % des voix.

De quoi envisager sereinement le second tour des élections qui apparaissaient comme un vrai test – presque un référendum – sur la volonté des Corses de rompre  en partie avec la France. L’accord passé entre autonomistes et nationalistes vise en effet à l’obtention d’un véritable statut d’autonomie dans les trois ans et sa mise en œuvre effective dans les dix ans.

En seconde position arrive une autre liste corse, régionaliste cette fois-ci. A strada di l’avvene (La voie de l’avenir) de la droite régionaliste de Jean-Martin Mondoloni totalise 14,97 % tandis qu’U Rinnovu ne passe pas le premier tour (6,69%)

Les partis français sont balayés sur l’île de beauté : 12,77% pour les Républicains, 11,26% pour En Marche, 5,68% pour les Insoumis, et enfin, le Front national, en déroute totale (3,28%).

A noter un taux de participation de 52,17 %, en recul par rapport aux dernières élections territoriales de décembre 2015 (59,88 %). Mais largement supérieur à la participation lors de l’élection, dans toute la France, des députés, en juin 2017 (57,4% d’abstention) ce qui donne un peu plus de crédit à cette élection.

Le 1er janvier 2018, la Corse – conséquence de la loi NOTRe – changera à nouveau de statut, pour la quatrième fois depuis 1982. Ses deux départements fusionneront  et la Corse deviendra une collectivité territoriale unique, avec une seule instance pour gérer les compétences habituellement gérées par les départements et la région (avec en plus les compétences spécifiques que possède la Collectivité territoriale de Corse).

Les élus assureront la gestion de l’île en matière, entre autres, de réseau routier, d’aménagement du territoire, de développement économique ou d’action sociale.

Les réactions :

En Corse, les réactions ne se sont pas faites attendre. Jean-Guy Talamoni jubile, lui qui déclarait encore le 1er décembre : « Il faut que nous puissions nous présenter devant le gouvernement forts d’une légitimité incontournable ».

En Bretagne, on notera la réaction de Kristian Guyonvarc’h :

En France, Florian Philippot – qui n’est plus membre du FN – persiste et signe dans une voie qui semble avoir mené son ancien parti à la déroute connue hier :

Jean-Luc Mélenchon, malgré la déroute de son parti, tente de s’accaparer une partie de la victoire :

Deuxième tour à suivre le dimanche 10 décembre, qui devrait voir, sans surprise, l’écrasante confirmation du premier. Reste à voir désormais la participation, pour donner toute la légitimité aux nationalistes et aux autonomistes de négocier avec le gouvernement Français.

Jean-Guy Talamoni : « En Corse, l’insularité contribue sans doute à expliquer la vigueur du mouvement nationaliste » [Interview]

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  • jaouen

    Dans la mesure où les nationalistes corses sont loin des gauchistes pleurards bretons les corses proches du FN ont intérêt à voter pour eux (préférence insulaire à l’emploi, limitation de l’immigration et du droit de vote des nouveaux installés…). D’autant que contrairement au FN ils sont au pouvoir… et ne vont pas le lâcher !

    • carnot

      Bien sûr, c’est tout à fait ça ! Lire que K Guyonvarc’h et Méluche se félicitent du score des nationalistes, quelle farce ! JM Le Boulanger aussi, sans doute ? En Corse, les nationalistes ne sont pas « refugees welcome »! CQFD

    • An

      Le gauche/droite est justement le piège que les patriotes Corses ont évités.
      Droitiser le mouvement breton, c’est choisir la même impasse que ceux qui ont voulu le gauchiser.
      Il faut surtout arrêter de parler régionalisme. L’autonomisme est la clef du succès en Corse, cela semble difficile en Bretagne. Le fédéralisme est au moins à tenter.
      Quant au gauche/droite, pousser au bout de la cohérence la défense d’une langue et l’écologie, la question migratoire trouvera la seule réponse logique.
      Sur l’écologie, EELV est mort par exemple, car reposant sur un constat absurde.
      Un mouvement breton pro-immigration est tout aussi absurde et face à la réalité, devra bien muter. En attendant, c’est un détail.
      À l’heure actuelle, cette question dans le discours n’est pas primordial. Les Simeoni et Talamoni qui triomphent en Corse n’ont jamais tenu de discours anti-immigration. C’est la population, légitimiste ou non, qui est contre. Beaucoup de continentaux exilés, souvent du sud-est français, vivent en Corse, cherchant l’absence d’un communautarisme conquérant des allogènes qui sont pourtant en nombre. Sans parler des pieds-noirs.
      S’il fallait le discours FN peint en noir et blanc, ça serait trop simple.
      Quant aux discours anti-immigration ET indépendantiste en Bretagne, c’est peine perdue.
      Je ne dis pas que ce n’est pas valable pour le futur. Mais quand la France se sera effondré et que les Bretons comprendront que les subventions, les aides sanitaires et sociales, l’éducation, la sécurité ne pourront plus être assurés par Paris. À l’heure d’aujourd’hui oùl’écrasante majorité est dans le déni, c’est inutile. Même contre-productif. Un autonomisme ou fédéralisme gentil, voilà le discours à tenir pour semer la graine de l’indépendance. Exactement ce qu’ont compris les Corses.

  • PL44

    On ne va pas bouder notre plaisir mais 48% d’abstentions, c’est quand même beaucoup. A la limite, je pourrais comprendre qu’un Corse soit contre l’indépendance ou une très large autonomie, mais qu’il s’en foute est quand même surprenant.

    • An

      Je n’ai pas de chiffres mais entre les maghrébins, d’autres citoyens d’origines étrangères, les Français continentaux, les pieds-noirs, qui ne se sentent pas forcément concernés par autres choses que les scrutins hexagonaux, les Corses ne représentent pas une immense majorité sur leur île.
      Ajouté à cela le nombre de Corses qui doivent quitter leur terre à 18 ans mais restent inscrits chez eux, ce n’est pas si étonnant.

    • richard

      Non les corses ne sen foutent pas. Ici tout ce sait et tout le monde se connait, et pour beaucoup il était sûr que les natios et indépendantistes passeraient haut la main au premier tour. Donc pas d’affolement pour aller aux urnes. Par contre, au deuxième tour ça va bouger plus pour l’estocade finale.

    • Gwendal Pennanech

      Il y a aussi beaucoup d’allogènes en Corse. Pas certain qu’ils se déplacent …

  • Gurvan Kervras

    L’exemple à suivre pour Bretons, Alsaciens, Occitans, Flamands, Basques, Catalans…laissons au pays de France ( l’ ile de france) sa diversité et son chaos inéluctable !

  • Alain

    Le problème n’est pas « les gauchistes » bretons, mais le fait que la droite bretonne a plié bagage depuis longtemps…. Résultat, en Bretagne, il n’y a que de l’extrême gauche et des partis mous ayant une trouille de ce que l’extrême gauche va dire d’eux…

    En Corse, comme en Catalogne, il y a bien un discours de gauche et de droite mais avec une solidarité sur le projet national…

    En Bretagne, il ne peut y avoir de solidarité sur le projet national vu que c’est l’extrême gauche qui fait la pluie et le beau temps, et qu’il n’y a pas de gauche classique et encore moins de droite…

    Les choses ne progresserons que lorsque la droite bretonne arrêtera de courber le dos pour recevoir les coups de bâton… ou de se tourner vers la droite française pour comme un chien battu vers son maître.

    Quand au discours sur l’immigration… c’est pas le sujet… car ce n’est pas évoquer l’immigration qui remplacera la nécessité de dialoguer sur les autres sujets (notamment l’économie.. sujet premier en Corse et qu’on oubli un peu rapidement)… Être anti-immigration si c’est l’unique discours de droite qu’on sait tenir, c’est vraiment court pour convaincre des électeurs…