Aline Tissot (pharmacienne à Nantes) : « Dans le département, 20 pharmacies ont fermé depuis le début de l’année.»

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20/12/2017 – 08h00 Nantes (Breizh-info.com) – Installée depuis mai 1976 au bas de la place Talensac, à Nantes,la pharmacie d’Aline Tissot ferme ses portes car elle prend sa retraite sans avoir trouvé de repreneur. Une agence immobilière s’installera l’an prochain dans le local, qui accueillait une pharmacie depuis 1936. Deux employées seront licenciées. Depuis quelques jours, alors que le local se vide, les habitués du quartier défilent pour lui faire ses adieux.

Plombées par la désertification médicale, la baisse des prix de certains médicaments chroniques et surtout l’extrême densité du maillage, les pharmacies ferment en France à raison d’une tous les deux jours, soit 188 fermetures en 2016 contre 181 en 2015 et 123 en 2014. Des 188 fermetures de 2016, 104 ont lieu suite à des liquidations judiciaires. Cependant avec 33 pharmacies pour 100.000 habitants, il y a toujours deux fois plus de pharmacies que le plafond réglementaire, relève la Cour des Comptes en septembre 2017 et cette densité a un impact direct sur les revenus des pharmaciens. Nantes n’échappe pas à la règle : il y a 96 pharmacies alors qu’il devrait y en avoir 68. Enfin, bientôt, 95 : la pharmacie de l’Édit de Nantes est en liquidation, son stock et son fonds seront vendus aux enchères. Nous avons rencontré Aline Tissot.

Breizh Info : Mme Tissot, vous n’avez pu trouver de repreneur pour votre pharmacie, comment se fait-il alors que l’emplacement est très bon ?

Aline Tissot : J’ai vendu le pas de porte à une agence immobilière et je prends ma retraite. Il faut dire que le local est mal agencé, le loyer est trop cher pour une pharmacie, elles ne s’en sortent plus. Les reprises se font avec l’aide de groupes de pharmaciens, c’est la fin des indépendants. Du reste, à la campagne ce n’est pas mieux, ma belle-soeur est à Soudan dans le nord du département [près de Châteaubriant, NDLA] et c’est de plus en plus difficile depuis deux à trois ans.

Breizh Info : Quelles sont les raisons de ces difficultés ?

Aline Tissot : Les rémunérations sont sabrées, les prix des médicaments baissent – donc nos marges aussi. Dans le département, 20 pharmacies ont fermé depuis le début de l’année. Pour ma part je prends ma retraite, mais il y en aura dans des conditions de plus en plus dures, des dépôts de bilan notamment. Quant à travailler avec les maisons de retraite, pour ma part j’y ai renoncé depuis plusieurs années : on fait des investissements et elles peuvent changer du jour au lendemain de fournisseur.

Breizh Info : Vous êtes installée depuis 1976 dans le quartier. Comment a-t-il évolué depuis ce temps, ainsi que le marché ?

Aline Tissot : Le marché de Talensac a été massacré, il est moins dynamique bien qu’il a été restauré [en 2003-2004] mais ça ne se voit pas du tout. Il y a eu trois ans de travaux après lequel des gens ne sont pas revenus au marché, puis il n’a pas été modernisé, par exemple il n’y a pas d’espace dégustation, ce qui pourrait participer à faire revenir du monde qui ne vient plus sur le marché.

Quant au quartier, il y a plus de constructions, nombre d’immeubles n’existaient pas encore en 1976, mais il y a moins de vie. Il y a au moins quatre cafés qui ont disparu sur la place. Avant, le samedi matin en bas ça grouillait de monde, maintenant il n’y a plus rien. Il faut dire aussi que le prix du parking est prohibitif et qu’on se fait aligner systématiquement même si le lundi on est la seule voiture sur le parking. Ce n’est bon ni pour le marché ni pour les commerces. Du reste, les commerçants du coin sont désolés que je m’en aille, j’attirais du monde.

Breizh Info : Depuis 1976 vous avez vu défiler beaucoup de maires. Avez-vous un avis sur la politique municipale de Nantes ?

Aline Tissot : Depuis quelques années, il faut reconnaître que Nantes est une ville sale, on ne balaye plus les feuilles, les détritus, et puis la culture à Nantes est faite pour des gens très spéciaux. Il y a trop d’argent dépensé là-dedans. Quand vous avez 60 et quelques années, vous ne vous intéressez pas à ce qu’ils font. Résultat, pour le théâtre je vais à la Fleuriaye, mais c’est sur Carquefou. Au niveau de la délinquance ça se dégrade aussi, je vois de plus en plus de clients qui me disent qu’ils se sont faits agresser sans raison.

Breizh Info : Quel est le conseil que vous donneriez à un jeune qui va reprendre une pharmacie ?

Aline Tissot : De bien réfléchir et si possible faire autre chose. Personne ne sait quel est l’avenir de la profession ; à la campagne, ils sont obligés de se regrouper sinon ils n’en vivent plus. Il y a 21.400 pharmacies actuellement en France, l’Etat voudrait qu’il y en ait moins de 20.000. Résultat, dans les campagnes on sera obligé de faire de plus en plus de kilomètres pour acheter des médicaments et en ville il y aura des difficultés aussi pour les pharmaciens.

Breizh Info : Dernière question, où allez-vous passer votre retraite ?

Aline Tissot : Pas à Nantes en tout cas. Il y a trop de taxes, c’est devenu une escroquerie.

Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe

Crédit photos : breizh-info.com
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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4 réponses à “Aline Tissot (pharmacienne à Nantes) : « Dans le département, 20 pharmacies ont fermé depuis le début de l’année.»”

  1. Pierre Mahieu dit :

    La profession de pharmacien, par corporatisme a, pendant des décennies, obtenu des droits de non concurrence qui interdisaient l’installation de nouvelles officines dans un rayon déterminé. Maintenant cet sorte de numérus clausus se retourne contre cette profession. Rappelez vous, entre autres, l’interdiction de permettre à Leclerc de vendre des médicaments sous la condition d’avoir embauché un docteur en médecine. les vraies victimes ce sont les patients, mais pas les professionnels de santé…!!!

  2. Amazigh dit :

    Je ne vais pas pleurer pour les épiciers. Lisez l’aventure d’un de mes copains Français en Bretagne, dans la réponse qu’il fait à monsieur Serandour;
    https://www.facebook.com/pg/CROPB/reviews/

  3. SYMOB dit :

    Les pharmaciens ont une profession réglementée ; 1 Pharmacie pour 2500 Habitants .
    «  »L’ouverture d’une nouvelle officine dans une commune de plus de 2 500
    habitants où au moins une licence a déjà été accordée peut être
    autorisée par voie de transfert à raison d’une autorisation par tranche
    entière supplémentaire de 3 500 4 500 habitants recensés dans la commune. «  »
    Dans le cas de Aline Tissot , le nombre de pharmacie à vendre ou en difficulté sur Nantes est une explication . Sans oublier le manque de dynamisme de Tallensac , la fermeture des cafés , le coup prohibitif du stationnement et l ‘insécurité ; Un politique de la ville en échec complet .
    Les gens du BabyBoum de l ‘après guerre ne trouvent pas de remplaçant et c ‘ est vrai aussi chez les médecins .

  4. Per-Niflard dit :

    Hé … ma pauvre dame , l’époque est aux remèdes naturels .
    Les œnologues du bled en plein travail : https://www.youtube.com/watch?time_continue=43&v=2_h8SdUou0U , il paraît que le cru 2017 sera exceptionnel !

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