Manuel Valls

Presqu’autant en vue que lors de son passage à Matignon, l’ancien Premier ministre Manuel Valls est partout ces temps-ci. Enchaînant les émissions de radio et de télévision, le député de l’Essonne donne son avis sur tout. Au point de parfois se contredire.

Confusion sémantique

La dernière intervention publique remarquée de Manuel Valls a eu lieu mardi 23 janvier au matin. Invité sur le plateau de BFMTV par Jean-Jacques Bourdin, l’ancien adjoint de François Hollande a passé l’actualité en revue. Des gardiens de prisons à la future loi sur l’immigration, il a écumé les sujets.

Mais c’est sur la question des djihadistes français arrêtés en Irak que les propos de Manuel Valls n’ont pas manqué d’intérêt. Alors qu’il salue « les Kurdes courageux qui aujourd’hui subissent les attaques de la Turquie », l’ancien Premier ministre va utiliser un terme peu courant dans sa bouche :

« Ces Kurdes, qui ont sauvé les Yézidis, cette ethnie, cette religion poursuivie et liquidée, massacrée par l’État islamique ». Cherchant ses mots, Manuel Valls vient donc allègrement confondre les notions d’ethnie et de religion. Une approximation révélatrice d’une maîtrise visiblement partielle du sujet : Les Yézidis sont une communauté religieuse bien plus qu’une ethnie.

Chrétiens d’Orient

Puis, poursuivant sur sa lancée, le député de l’Essonne évoque le sort d’une autre population :
« Ces Kurdes qui ont sauvé des Chrétiens d’Orient, qui ont combattu pour nous, pour nos valeurs. Qui ont combattu les terroristes. Ils sont aujourd’hui, de manière scandaleuse, attaqués par la Turquie ».

Une position qui, si elle s’avère honorable sur le moment, peine difficilement à faire oublier l’attitude du gouvernement français envers ces mêmes Chrétiens d’Orient alors que Manuel Valls était en fonction à Matignon.

Il est vrai que les Chrétiens d’Orient, effectivement attaqués par l’État islamique mais peu ménagés non plus par les fameux rebelles syriens de l’époque, ne cachaient pas leur sympathie pour le régime de Bachar El Assad. Et surtout pour la protection qu’il tentait de leur apporter. Un paradoxe que n’a malheureusement pas relevé Jean-Jacques Bourdin.

Pas de « nation corse »

À l’aise lorsqu’il s’agit d’évoquer une ethnie yézidi, Manuel Valls l’était beaucoup moins sur la question du peuple corse.

Il déclarait alors le 30 décembre 2015 que « Certains parlent d’une nation corse. Mais je ne sais pas trop ce que cela veut dire. Il n’y a qu’une seule nation, la nation française ». En bon républicain, le concept de nation française n’avait évidemment aucune connotation ethnique pour l’ex Premier ministre. Ce dernier voyant justement dans les revendications corses une ethnicité sous-jacente.

Alors qu’il avait lancé le débat sur la suppression du mot « race » dans la Constitution française lors de son passage à Matignon, le terme « ethnique » ne pose aucun problème à Manuel Valls. Pour peu qu’il ne désigne pas les « mauvais » peuples.

Crédit photo : Wikimedia Commons (CC/Olaf Kosinsky)
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3 Commentaires

  1. Il est certain qu’il existe un langue corse (dérivée de l’italien), que l’insularité a produit une ethnie corse, apte à se défendre du maure (celui du drapeau), que ce peuple corse a su conserver ses traditions, notamment son catholicisme. Peuple incontestable, et jadis Nation indépendante sous la Constitution de Pascal Paoli. La géopolitique de la Méditerranée du XVIIIe siècle a motivé l’expédition militaire française (elle demeure pertinente). Lors de la Révolution, les représentants de la Corse ont rallié l’Assemblée nationale, mais pas la Convention (qui était un coup d’Etat des révolutionnaires parisiens.) On peut donc à bon droit parler de Nation corse, même si elle est associée à la France.

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