Aéroports. Au nom de la non discrimination, faut-il accepter d’être traité comme des animaux ?

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Paris, Londres, Amsterdam, Cologne… et leurs aéroports qui brassent toute l’année des millions d’individus venus du monde entier, qui acceptent tous, sous peine de ne pouvoir voyager, d’être traités comme des animaux. Au nom d’un principe et d’un seul : celui de non-discrimination, camouflé honteusement sous l’appellation « pour votre sécurité ».

J’étais encore récemment à l’aéroport de Londres Stansted. Un lundi matin comme un autre, durant lequel des milliers d’individus s’empressent dans cet aéroport pour aller prendre leur avion. Il faut voir, il faut subir cette pression absolument insupportable, révoltante, de gens compressés le long des files d’attente interminables, pour obtenir le droit de passer en zone « sécurisée ».

« dissimuler une bombe dans sa bouteille d’eau d’Évian de 50 cl »

Si vous avez un vol, y compris low cost et pour lequel normalement vous pourriez vous permettre d’arriver une heure en avance dans un petit aéroport, comptez deux heures pour espérer ne pas rater votre avion. À moins de mettre la main au portefeuille, puisque désormais le moindre petit service se paye dans ces lieux sans âmes, et dans lesquels les plus fortunés pourront se permettre d’acheter des « security fast track » vous ouvrant la porte de files d’attente moins longues.

Si vous n’avez pas ce précieux sésame, ce qui est le cas de la majorité des masses qui se bousculent dans les aéroports, alors vous devrez faire comme tout le monde. Acceptez d’attendre, d’attendre, et encore d’attendre, de longues minutes, des heures parfois, avant d’arriver devant des employés d’aéroports qui vous demanderont de mettre vos flacons liquides dans un sac plastique, un seul (il faudra jeter le reste, tout comme il vous faudra jeter les contenants trop importants). Puis de sortir votre ordinateur portable, de dévoiler le contenu de vos valises à la vue de tous les autres voyageurs, devant des employés vous parlant comme si vous étiez de simples numéros, et des terroristes potentiels (comme si cette petite fille anglaise de 5 ans, cet étudiant suédois de 26 ans ou cette vieille dame asiatique de 82 ans pouvait dissimuler une bombe dans sa bouteille d’eau d’Évian de 50 cl).

On vous enlève vos ceintures, et ça sonne quand même ! Alors vous n’avez pas le choix, et vous devez enlever vos chaussures, vous mettre sur une autre file d’attente, attendre encore qu’un nouvel employé, qui parfois vous inspire moins la confiance que celle que vous ne le feriez à la plupart des passagers d’un vol pour La Rochelle ou Lorient, vous examine, et vous demande de passer dans un scanner, où l’on vous demande de lever les bras, de baisser les bras, avant de se tourner vers le passager suivant et de vous expédier pour la phase ultime « anti terroriste », cette palpation qui montrera une nouvelle fois que nous, vous n’avez ni ceinture explosive, ni arme à feu, ni rien de nocif sur vous.

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Puis vous pouvez vous rhabiller, et reprendre votre long chemin qui ne vous mènera pas tout de suite à votre porte d’embarquement, puisqu’après vous avoir montré que vous ne valiez pas plus qu’un chien ou qu’un simple numéro, on vous invite, pendant des centaines et des centaines de mètres, à consommer, tout et n’importe quoi : des whiskys et des cigarettes détaxés par ci, un Macdonald’s par là, un parfum ici, des vêtements souvenirs par là, des boutiques à perte de vue, vous ne pourrez pas y échapper, un peu comme lorsqu’on se rend par malheur dans ces magasins Ikea où l’on vous oblige à suivre un parcours pour pouvoir en sortir.

Après ce long chemin de croix, enfin, vous arriverez à votre porte d’embarquement, où des hôtesses payées au lance-pierre par les compagnies low cost qui dominent désormais ces aéroports vous demanderont une nouvelle fois votre pièce d’identité, votre ticket, et vous entasseront ensuite le temps qu’il faudra dans un hall d’attente avant d’accéder à votre avion.

Dans cette avion, on vous rappellera que vous n’avez pas le droit de fumer, qu’il faut bien écouter les consignes de sécurité (on sait jamais, avec le taux de crash chaque jour en Europe et dans le Monde …), qu’il faudra bien écouter votre hôtesse de l’air lorsque votre avion plongera à toute vitesse vers le sol ou l’eau. Et bien entendu, que vous n’avez pas le droit de fumer, pas le droit de boire (hormis si c’est un produit vendu dans l’avion), que vous pouvez acheter des cartes à gratter ou des produits détaxés… Le cauchemar continue !

« Un cauchemar éveillé qui se déroule chaque jour »

Avion qui, une fois posé sur le sol d’un autre pays membre de la communauté économique européenne, ne vous permettra pas d’échapper à un nouveau contrôle en règle de vos papiers d’identité. On ne sait jamais, vous seriez peut-être devenu un terroriste ou un immigré clandestin durant tous ces contrôles qui vous ont littéralement pourri votre séjour, à l’aller comme au retour.

Si vous avez le malheur d’être un militant politique dissident, il se peut d’ailleurs que, cerise sur le gâteau, on vous maintienne quelques minutes, quelques heures, à l’écart de tous, le temps de vérifications, le temps de vous em…r une nouvelle fois. Et même que l’on vous empêche l’accès à certains pays, comme ce fût le cas récemment pour des dissidents au Royaume-Uni.

Ces aéroports d’Europe, dans lesquels les Européens sont traités comme des animaux et acceptent de l’être, car on leur a dit partout que c’était pour leur sécurité, sont le summum du renoncement de tous à leur liberté, au nom du principe de non-discrimination. Qu’elles sont nauséabondes ces scènes où des employés pakistanais de confession musulmane à la barbe longue et bien fournie contrôlent des petites vieilles en déplacement pour rendre visite à leur famille de l’autre côté de la Manche. Qu’ils sont humiliants ces instants où des policiers regardent votre passeport, scannent, et vous inspectent de la tête aux pieds, vous demandant parfois les motifs de votre séjour sur votre propre sol, celui de l’Europe, alors que dans le même temps on vous demande d’accueillir sans broncher et sans contrôler des millions de migrants sur vos terres, en se refusant à les recenser pour ne pas les heurter.

C’est un cauchemar éveillé qui se déroule chaque jour, dans nos aéroports, dans les grands lieux publics.

Mais après tout, c’est bien de votre faute, de notre faute à tous. Qui a élu ces gouvernements qui vous racontent que pour votre sécurité, il faudra abandonner une partie de vos libertés ? Qui a accepté, résigné, que les lieux qui accueillent du public en masse soient désormais des lieux où il faut non pas « montrer patte blanche », mais plutôt accepter de se soumettre à un système policier, quelle que soit sa couleur de peau, sa religion, son apparence, son sexe, son âge ?

Au nom de la non-discrimination, au nom du contrôle artificiel des masses (artificiel, car celui qui veut frapper frappe), au nom de notre résignation à tous, nous acceptons petit à petit de disparaitre. Et de n’être aux yeux de la matrice que des numéros, des « individus », des étrangers sur nos propres terres.

« Il est interdit d’interdire » hurlaient en 68 ceux qui aujourd’hui vous interdisent de fumer, de boire, de baiser, de draguer, de voyager, de rouler, de vous exprimer librement, et demain, pourquoi pas d’exister ? La puce dans le cerveau, le code-barre derrière la nuque, l’indifférenciation des races et des sexes, prochaines étapes vers le paradis progressiste ?

C’est pour votre sécurité qu’on vous dit !

Julien Dir

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