Université de Nantes : le blocus continue, cinq doyens s’humilient devant l’ultra-gauche

Inquiets pour les partiels et la poursuite du travail scientifique alors que le blocus de l’Université de Nantes a été maintenu ce vendredi, cinq doyens ont signé une lettre dans laquelle ils cèdent à toutes les revendications de l’ultra-gauche (réquisition de locaux, université populaire, banalisation des journées lors des manifestations) à condition que les cours reprennent. Il est cependant douteux que l’ultra-gauche cède ce qu’elle détient déjà : le contrôle total des locaux, avec quelques centaines d’étudiants qui en bloquent plus de 9000.

Débarricadés la veille par l’Université, les bâtiments étaient en effet à nouveau bloqués ce matin et les cours suspendus sur le campus du Tertre (hors STAPS et fac de droit). La prochaine AG est fixée le mardi 27 à 12h en amphi D.

Les cinq signataires de la missive sont Didier Delorme, directeur de la Faculté des Langues et Cultures étrangères,  Bernard Fritsch, directeur de l’Institut de Géographie et d’Aménagement Régional de l’Université de Nantes, Jean-Marie Lardic, directeur de l’UFR Lettres et Langages, Yann Lignereux, directeur de l’UFR Histoire, Histoire de l’Art et Archéologie, André Ndobo, directeur de la Faculté de Psychologie.

« Aujourd’hui encore des bâtiments du campus Tertre (FLCE, IGARUN, Nouveau Tertre, Censive) font l’objet d’un blocage même si les personnels peuvent accéder aux locaux. […]  Les cours prévus […] ne peuvent néanmoins une fois encore, se tenir. Les amphis D et E sont aussi occupés, y compris la nuit », relèvent-ils. Tout cela commence sérieusement à menacer les partiels : « Nous demandons donc que les blocages et l’occupation de locaux, dont la répétition risque de peser sur les conditions de validation du second semestre, cessent afin que les composantes et les laboratoires puissent à nouveau remplir l’ensemble de leurs missions d’enseignement supérieur et de recherche, et en particulier préparer la tenue des examens en temps et en heure ».

Pour cela, ils sont prêts à céder à toutes les revendications de l’ultra-gauche – qui ne représente au plus, dans ses forces vives, que quelques dizaines de bloqueurs cagoulés et armés, violents, peu disposés au dialogue et majoritairement extérieurs à l’Université. Terrible mollesse qui rend raison à Lénine : « le poisson pourrit par la tête ». Ainsi, « nous nous engageons, dans le souci de faciliter les échanges sur ces sujets de société et les réformes en cours, à mettre à disposition des espaces permettant aux étudiants engagés dans le mouvement de tenir les réunions et commissions qu’ils souhaitent programmer et d’animer une université populaire, et de tenir des assemblées générales », écrivent les cinq directeurs de composantes, aplatis devant quelques dizaines de cagoulés.

Et ils ne s’arrêtent pas là : « nous nous engageons également à mettre en place au niveau des composantes des aménagements permettant aux étudiants qui le souhaitent de participer aux journées d’action nationales ». Autrement dit la banalisation des journées, qui équivaut à une suspension de l’obligation d’assiduité, tant pour les bloqueurs que pour ceux qu’ils bloquent. Mais pourquoi l’extrême-gauche leur céderait, alors qu’elle a déjà tout ?

Bordeaux, Nantes : des centaines de signatures d’étudiants contre les blocages

Il y a les AG, où quelques centaines d’étudiants – au mieux – prennent unilatéralement des décisions qui en bloquent des milliers d’autres. Et il y a les pétitions en ligne, non intrusives, qui ne bloquent personne et ne l’obligent pas, sous la menace d’être traité de « facho », tabassé ou les deux, de voter pour telle ou autre option. A Nantes, une pétition a été lancée par le collectif Nantes Libre, opposé aux blocages, et qui appelle depuis des semaines le président de l’Université Olivier Laboux à « faire preuve de fermeté » et à « prendre ses responsabilités » pour débloquer le campus Tertre et permettre aux cours de reprendre. Ladite pétition a déjà passé les 600 signatures en quelques jours. Soit plus que l’affluence de la dernière AG où trois quart des présents ont voté le blocus.

A Bordeaux, la fac de la Victoire (Bordeaux II) est aussi bloquée depuis 15 jours par une frange ultra-minoritaire, les étudiants – obligés d’aller suivre leurs cours à Talence, une demi-heure en transports en commun de là, ou carrément privés de cours, commencent en avoir marre. Après s’être fait huer en AG, ils ont lancé une pétition qui a dépassé les 2300 signatures.

Montpellier : cagoulés, des étudiants lattent les bloqueurs en fac de droit, leur doyen « fier de ses étudiants »

Et puis il y a le Sud profond, toujours prompt à faire parler de lui par ses intempéries… ou par le tempérament colérique de ses habitants. A Montpellier, une autre frange radicale a entrepris de bloquer la fac de droit. Mal leur en a pris, car une quinzaine de cagoulés les ont tabassés à coups de latte et éjectés de l’amphi, puis de la fac. La police n’est intervenue qu’après, alors que le commando était déjà parti. Trois bloqueurs auraient fini à l’hôpital, selon l’une de leurs camarades, qui met en cause le doyen de droit Philippe Pétel, qui aurait permis leur entrée par une porte de service – celui-ci dément formellement.

L’attaque, qui a été condamnée par les organisations étudiantes, le personnel et le président de l’Université Philippe Augé, a donné lieu à une manif de soutien aux blessés qui a rassemblé plusieurs centaines de personnes. Le ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal a missionné  l’inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche (IGAENR) qui se rendra sur place dès lundi et fera son rapport, sur la base duquel elle n’exclut pas d’entamer des poursuites judiciaires. L’extrême-gauche affirme sur ses canaux que le préfet et la rectrice ont reçu une délégation d’étudiants proches des bloqueurs et se sont aplatis devant eux, soutenant la démission du doyen de droit.

Cela dit, au micro de France 3 – après une nuit sans sommeil cependant, le doyen Philippe Pétel donnait une réponse qui ne va pas dans le sens des pressions gauchisantes : «  Je ne demandais qu’à avoir la police, toute la journée, je ne l’ai pas eue, au grand désespoir des étudiants qui étaient autour de moi. En fin d’après-midi, l’évacuation aurait pu être faite par la police sans aucune difficulté, il y avait une trentaine, une quarantaine d’occupants », explique-t-il, renvoyant la balle au politique qui a eu peur de braquer l’ultra-gauche.

« A ce moment là, les étudiants qui étaient autour de moi l’ont très mal pris. Je n’ai fait rentrer personne, il y avait une bonne cinquantaine d’étudiants qui étaient là. Et ils ont voulu se défendre, voilà, je ne peux pas les en blâmer. Les étudiants en droit qui étaient là étaient tous contre l’occupation. Moi je suis assez fier de mes étudiants, je les approuve totalement ». Quant aux cagoulés, il élude : « des cagoulés, j’en ai vu de temps en temps, mais ils étaient plutôt dans le clan des occupants ». Soutenu par ses étudiants, le doyen Pétel, que le ministre de l’Enseignement supérieur refuse pour l’heure de débarquer, est resté ferme.

De quoi faire grimper aux rideaux les soutiens institutionnels des gauchistes bloqueurs, dont Mediapart, toujours prêts à crier lorsque la police fait son travail et permet à la majorité des étudiants d’étudier – comme à Grenoble ou à Strasbourg.  Pourtant, ceux-ci restent muets lorsque ces bloqueurs fracassent aubettes et carreaux de la Préfecture quand ils descendent dans la rue, quand ils se promènent cagoulés, le visage masqués et armés de barres de fer dans les locaux d’une Université ou en manifestation, lorsqu’ils attaquent les journalistes qu’ils n’aiment pas (à Nantes, à Paris dernièrement…) – ou tout simplement parce qu’ils les filment en train de casser, ce qui peut les conduire, un jour peut-être – avec des juges moins complaisants peut-être, derrière les barreaux.

Lorsqu’ils tabassent en meute les quelques syndicalistes universitaires qui ont le courage de s’opposer, presque seuls, à la terreur qu’ils font régner sur les campus contre tout opposant idéologique – voire en plein centre-ville comme à Rennes. Lorsque entre eux, le mode de résolution des conflits préférés est de s’abattre à vingt sur quelqu’un, le tabasser, le balancer nu dans un coffre de voiture et l’abandonner nu devant une gendarmerie. Lorsque quelques dizaines de cagoulés suffisent à faire plier l’Etat. A force de faire les nervis, étaler leur justice parallèle, terroriser les opposants, détruire impunément la propriété commune, s’attaquer à la police et aux institutions, écrire « mort.e.s pour rien » sur le Monument aux MortsNantes, lors de la dernière manifestation) pourquoi s’étonnent-ils que leurs barres de fer peuvent leur revenir sur le dos, comme des boomerangs ?

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Louis Moulin

Photo : Breizh-info.com
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