Constance Le Mérer, collectrice de chants populaires dans le pays de Lannion

La valeur n’attend pas le nombre des années, c’est le cas de Constance Le Mérer. Née en 1857 à Brélevenez, cette Lannionaise est décédée en 1945 à l’âge de 88 ans.

Originaire d’une famille bourgeoise, elle est musicienne et joue du piano. En 1869, dès l’âge de 12 ans, elle commence à consigner les chansons de son entourage, celles que sa servante fredonne. Elle devient alors la plus jeune collectrice connue de chansons populaires en langue bretonne.

Sa connaissance de la musique lui permet de transcrire avec justesse les vieilles gwerziou et soniou aussi bien que des compositions plus contemporaines.

Les gwerziou sont des chansons qui racontent une histoire sur des faits réels ou supposés. Un nom, un lieu, des faits recueillis auprès de vieilles personnes, cela donne un grand intérêt historique à la mémoire du quotidien, aux histoires de villages, un répertoire qui court les campagnes et les bourgs autour de Lannion à son époque. Un apport essentiel pour la connaissance de la musique trégoroise.

Les soniou sont plus légères, parlant d’amour tout simplement ou racontant des histoires plus compliquées comme celle de jeunes gens se destinant à être prêtres, détournés de leur sacerdoce en rencontrant l’amour d’une jeune femme. A ce répertoire, appartiennent les chansons de son arrière-grand-père, Philippe Le Mérer (1759-1843) appelé « le vieux barde ».

Jusqu’à la découverte fortuite dans les archives familiales de 31 cahiers d’écolière, écrits à l’encre violette, où voisinent les exercices de mathématiques et les précieuses transcriptions, cette richesse est méconnue. Durant près de trois-quarts de siècles après son décès,  ses collectages sont restés au secret dans son grenier, ce qui ne manque pas d’étonner pour cette militante de la langue bretonne.

L’originalité et la qualité des transcriptions de Constance Le Mérer, l’importance du corpus de chants populaires collectés, et surtout les notations musicales confèrent à son œuvre, grâce à ses compétences musicales, valeur et originalité.

Les chercheurs Bernard Lasbleiz et Daniel Giraudon ont sélectionné et analysé les « gwerzioù et sonioù » collectés par Constance Le Mérer, leur travail a fait l’objet d’une publication par Dastum Bro-Dreger en 2015. Une belle découverte et un riche travail qui ne peut laisser insensible.

Annie GIRAUD

Une collecte de chants populaires dans le pays de Lannion, Textes et musiques présentés par Bernard Lasbleiz et Daniel Giraudon, Dastum Bro-Dreger 2015, 288 pages, 24 euros. En vente ici 

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