Lâchez la grappe aux zadistes, expulsez les migrants [tribune libre]

Que les choses soient claires : la ZAD de Notre-Dame-des-Landes est une zone de non-droit. Des individus s’y livrent sans bail notarié à des activités aussi subversives que l’élevage de chèvres et la culture de légumes bio – peut-être même de variétés anciennes. La plupart d’entre eux ne sont pas inscrits à la Mutualité sociale agricole et snobent le ministère de l’Agriculture ; beaucoup ont trouvé leur diplôme d’enseignement professionnel agricole dans une pochette surprise. Des bâtiments d’habitation ou d’exploitation ont été érigés sans permis de construire. De l’argent noir circule : ni les banques ni le fisc ne voient passer le produit des ventes. Le troc se pratique comme aux heures les plus sombres de notre histoire. Tout cela est grave. Peut-être pas grave au point de mériter l’extrême attention que l’État et les médias portent aujourd’hui à la ZAD, mais grave quand même.

Cependant, la ZAD n’est pas née un beau jour de la cuisse de Jupiter. La nature a horreur du vide : des terrains étaient inoccupés, des gens s’y sont installés. Ils ont pris des habitudes. Ils en sont venus à considérer comme leur la terre qu’ils exploitaient, dont ils se nourrissaient, où ils avaient bâti leur demeure. L’instinct de propriété est puissant.

D’un squat à l’autre, des relations se sont tissées. Les gens se sont entraidés, devenant mutuellement complices de leurs irrégularités. Ils se sont considérés comme « eux » face aux « autres ». Des règles de bienséance, des codes de langage, des hiérarchies implicites sont apparues. L’instinct social est puissant.

Évacuation de la ZAD et préférence étrangère

Toute zone de non-droit a tendance à suivre la même évolution, recréant son droit à elle en marge de la société : les êtres humains restent des êtres humains. La ZAD de Notre-Dame-des-Landes n’est pas si différente des innombrables squats de migrants illégaux, auxquels l’État ne consacre pas autant de moyens militaires et policiers. Bien entendu, il y a eu l’évacuation de la jungle de Calais en 2016. Mais la jungle n’avait pas grand chose de commun avec la ZAD. Numériquement, d’abord, les migrants y étaient quinze à vingt fois plus nombreux que les zadistes. Rixes, agressions, viols, épidémies, trafic d’êtres humains, s’y multipliaient. Les perturbations de la circulation sur l’A16 étaient autrement graves que les barrages épisodiques de la D281. Et puis la jungle était peuplée d’étrangers qui s’étaient introduits illégalement sur le territoire national alors que la grande majorité des zadistes sont des citoyens français.

Pourtant, malgré ces dissymétries, les occupants de la jungle ont eu droit à bien plus d’égards que les zadistes. L’évacuation de la jungle a été accompagnée de maintes mesures d’accompagnement pour réinstaller les expulsés dans de meilleures conditions. Maintes organisations ont condamné l’opération. Le gouvernement a presque dû s’en excuser. On ne voit rien de tel à Notre-Dame-des-Landes : pas un grand parti, pas une organisation humanitaire n’a publiquement pris fait et cause pour les zadistes.

Et cela souligne la grande faiblesse des zadistes : ils sont seuls. Autour des migrants gravitent beaucoup de monde. L’aide aux migrants fait ressentir le sentiment gratifiant d’être bon et compatissant : comme le M. Perrichon de Labiche, on attribue toutes les qualités aux gens qu’on a ou croit avoir sauvés. Et puis, tout simplement, les migrants font vivre une multitude d’administrations, associations et autres ONG qui n’existeraient pas, ou si peu, sans eux. Leur disparition menacerait tout un écosystème.

Zadisme et libéralisme

Les zadistes, eux, ne réclament rien, ils ne tendent pas la main, ils se débrouillent seuls. Et paradoxalement, cela fait partie des reproches qu’on leur adresse. Interrogé par Le Figaro (18 avril 2018), Bruno Retailleau les compare défavorablement aux « agriculteurs qui respectent le droit et qui sont soumis à toutes sortes de tracasseries administratives et contraintes réglementaires ». Depuis quand les tracasseries administratives et les contraintes réglementaires sont-elles un idéal pour le chef de la droite au Sénat ?

Qui dit zone de non-droit dit aussi zone sans administration tatillonne, sans fiscalité abusive, une zone de libéralisme économique, quoi. Décidément, l’État a tout faux : après avoir gelé une vaste zone pour un projet d’aéroport qu’il s’est avéré incapable de réaliser, il n’a pas administré les terrains dont il avait pris le contrôle, après avoir rendu multiplié les tracas à l’encontre des agriculteurs « normaux », il s’offusque de voir que certains préfèrent ignorer radicalement ses édits, après avoir multiplié les égards envers des étrangers illégaux, il joue de la matraque et du bulldozer contre des Français marginaux. Monsieur le président de la République, puisque vous ne pouvez tout faire à la fois, révisez vos priorités !

Erwan Floc’h

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