« Soros, nouvelle cible de l’extrême droite française » ose Médiapart qui n’a, il faut le rappeler, pas trouvé choquant que le ministère de la Justice passe des consignes aux magistrats concernant Génération identitaire et les actions d’opposition à l’immigration.

Un article en réaction à un dossier particulièrement fouillé sur la galaxie Soros publié par Valeurs Actuelles.

Parallèlement, les fondations du milliardaire américano-hongrois George Soros ont annoncé mardi 15 mai qu’elles allaient quitter la Hongrie. Dans un communiqué, les organisations, présentes depuis plusieurs décennies en Hongrie, précisent qu’elles comptent déménager à Berlin face aux politiques « répressives » du gouvernement de M. Orban.

Un gouvernement hongrois qui a su « désigner l’ennemi », comme le ferait n’importe quel stratège politique ou militaire en charge des affaires de son pays. Voici pourquoi cela ne plait pas aux tenants de son système.

Mais qui est Georges Soros ? C‘est Laurent Ozon, sur le blog Centurie News, qui avait publié une longue analyse, fouillée et précise, sur la personnalité, les idées et les soutiens de cet individu considéré par beaucoup de patriotes en Europe comme l’un des personnages les plus dangereux de notre siècle.

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Comprendre George Soros. Par Laurent Ozon

Si George Soros se présente volontiers comme philosophe, investisseur et philanthrope, il est connu par l’opinion publique internationale comme un pirate de la finance qui anticipa et força la dévaluation de la Livre sterling et sa sortie du système monétaire européen lors du célèbre « mercredi noir ». Soros est également célèbre pour son rôle de milliardaire finançant les combats du « progressisme » dans le monde entier. Depuis 30 ans, il a acquis la réputation d’un financier sans scrupule caché derrière la plupart des évolutions politiques et sociétales mondiales. Il nous a semblé utile d’éclairer ce personnage complexe, de suivre la logique de son action afin de comprendre la nature de sa contribution à notre histoire de ces dernières années.

Né en Hongrie le 12 août 1930, George Soros (Dzjchdzhe Shorash) est né George Schwartz. Son père, Tivadar Teodor Swartz (1893-1968) était d’origine modeste, né à Nyiregyhaza, un village proche de la frontière avec l’Ukraine; mais sa mère, Erzebet née Szuczses, était issue d’une famille fortunée. Tous deux étaient juifs non pratiquants. Erzebet, passionnée par toutes sortes de mysticisme religieux, selon son mari, se convertira ultérieurement au catholicisme. George Soros indiquera qu’elle avait développé une honte de sa judaïté et qu’elle était même en pratique « tout à fait antisémite ». Le patronyme « Soros » signifie « monter en flèche » (dans le futur) en espéranto, la langue trans-européenne dont son père était un ardent partisan. Tivadar Swartz et Erzbet Szuczses eurent deux garçons Paul (1926-2013) et George (1930). Les deux frères étaient en mauvaise relation (source Paul Soros, Mémoires). George estimait que Paul avait reçu plus d’attention de leurs parents et il n’assistera d’ailleurs pas au service commémoratif au décès de son frère. George Soros semble avoir développé très tôt une immense admiration pour son père (qu’il croquait en Zeus dans ses poèmes d’enfance) puis de lui, outre son large visage. Il nourrissait l’idée que les temps que nous vivions étaient « extraordinaires et que les règles normales n’y étaient pas applicables. » Il concèdera néanmoins qu’il avait hérité beaucoup plus de sa mère dans son caractère. (The New Yorker, le 15 Octobre 2001).

George Soros épouse Annaliese Witschark (allemande) en 1960 jusqu’en 1983 avec laquelle il eut trois enfants : Jonathan Tivadar Soros (1970) Robert, et Andrea. Après son divorce en 1983, il se marie la même année à Susan Weber issue d’une famille juive athée new-yorkaise, avec laquelle il eut deux autres enfants, Alexander (page suivante, né en 1985) et Gregory (né 1988). Ils divorcent en 2005. De 2007 à 2011, il entretiendra des relations surexposées médiatiquement avec Adriana Ferreyr, une actrice brésilienne née en 1983. Relation qui se terminera par des procès réciproques.

George Soros s’est remarié en 2013 avec Tamiko Bolton, une consultante en soins de santé de 42 ans, originaire de Californie, fille d’une infirmière nippo-américaine et d’un commandant de la marine à la retraite ayant grandi en Californie. Etaient présents à son troisième mariage, le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim et certains dirigeants étrangers, y compris Hendredi Ramaik Toomas le président de l’Estonie; Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria et, le Premier ministre de l’Albanie.

Soros a 13 ans lorsque l’Allemagne nazie envahit la Hongrie. Il échappe à la déportation grâce à un employé de ministère qui le fait passer pour son filleul. Sa famille échappera aux mesures antijuives et George Soros quittera pour sa part la Hongrie à la fin de la guerre pour Londres où il suivra notamment les cours de Carl Popper à la London School of Economics.

Après avoir acquis des compétences dans la gestion de portefeuilles d’actifs, George Soros crée son propre fond d’investissement offshore (Quantum Fund of Funds) en 1969 dans les Antilles à Curaçao avec les apports initiaux de la Banque Rothschild de Paris et de Heldring & Pierson (banque privée d’origine néerlandaise initialement basée à Rotterdam). Ce fonds, géré par Soros depuis New-York via son Soros Management Fund LLC, spéculera initialement sur les marchés obligataires, puis à partir de 1973, sur les devises grâce à la disparition progressive des taux de change fixes. Comprendre la logique du développement des Hedge Fund dont Soros sera un artisan renommé et l’un des plus riche acteur permet d’éclairer le rôle de ces véhicules d’investissement dans l’évolution de l’économie mondiale ainsi que leurs effets politiques lourds.

Pour faire simple, les hedge fund (HF) sont des véhicules d’investissements actifs (qui ne se contentent pas de parier sur des performances économiques qui leur échappent) capables de réaliser des bénéfices décorrélés des performances de l’économie réelle. En synthèse, ce sont des instruments utilisés par les plus hauts dirigeants du secteur bancaire international (et actionnaires de la FED et de la City), le plus souvent à partir de paradis fiscaux, pour agir sur l’économie réelle (et notamment les monnaies) hors des cadres réglementaires imposés aux fonds d’investissements et placements classiques. Les HF profiteront de la fin des taux de changes fixes liés à l’abandon des étalons monétaires qui déstabiliseront les monnaies nationales à partir du 15 aout 1971, date à laquelle le président Richard Nixon change complètement la donne du système monétaire international en annonçant la fin de la convertibilité du dollar en or et de ce fait, la fin des accords de Bretton-Woods. Les cours des monnaies nationales deviendront progressivement instables, n’étant plus adossées à des stocks de valeurs (réserves d’or par exemple), et subiront désormais la spéculation. Les obligations progressives faites aux Etats d’emprunter sur les marchés (loi Pompidou-Giscard en France en 1973) et d’augmenter leur masse monétaire et leur dette sous la pression des marchés par ailleurs prêteurs et acteurs des taux de change, pèseront désormais très lourd dans les décisions politiques. Les HF seront l’instrument du système financier international pour augmenter la production monétaire, la dette des Etats et le montant des intérêts de ces Etats à leurs débiteurs. Ils accentueront l’emprise des coeurs bancaires sur le monde politique et ses décisions.

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Un riche spéculateur

Après quelques tentatives de petite ampleur les années précédentes, le 15 Septembre 1992, Soros spéculera avec le soutien de grandes banques américaines (JP Morgan, Chase Manhattan, Bank of America) sur une dévaluation de la livre sterling et la sortie de celle-ci du Système Monétaire Européen (SME) Système qui limitait les écarts de parité monétaire et la volatilité des monnaies européennes entre elles. Il obligera le gouvernement britannique à sortir de ce Mécanisme de change et à dévaluer sa monnaie, faisant ainsi perdre plus de 3,3 milliards aux petits épargnants britanniques. A l’issue de cette opération, George Soros est devenu milliardaire. Il évoquera souvent la notion de prophétie auto réalisatrice (affinée dans sa « théorie de la réflexivité ») pour donner une image de son métier de spéculateur : « Annoncer le futur, et en l’annonçant, influencer certains des comportements des acteurs du monde, de telle sorte que la prophétie se réalise ». Après quelques autres opérations de spéculation monétaire dans le monde (notamment contre la Malaisie en 1997), George Soros commencera dès lors à se faire connaître davantage pour ses activités métapolitiques que financières.

Plus discret dans ses activités financières, George Soros n’en a pas moins continué à gagner beaucoup d’argent ces dernières années (3,3 milliards en 2009 et près de 5,5 milliards en 2013). En 2002, Soros (avec Jean-Charles Naouri, Samir Traboulsi et Jean-Pierre Peyraud) sera condamné dans l’affaire de la Société Générale pour délit d’initié. Son jugement sera le seul confirmé en appel et ses requêtes auprès de la CEDH (Cour Européenne des Droits de l’Homme) seront jugées irrecevables en 2010.

Dernier coup en date, le 31 mars de cette année en rachetant 19,41 millions d’actions (soit 1,67% du capital pour 263,7 millions de dollars) de Barrick Gold (la plus grande société d’exploitation aurifère du monde), anticipant une crise des marchés financiers et une augmentation du prix de l’once d’or. Son Soros Management Fund revendra 94% de cette participation 90 jours plus tard, avec une plus value de 127 millions de dollars… Mais à partir du début des années 2000, l’essentiel de son activité deviendra métapolitique.

Fondé en 1979 (George Soros a alors 49 ans), l’Open Society Institute deviendra l’Open Society Foundation (OSF) en 2010.

Le 15 août 2016, un groupe de pirates informatiques se présentant comme américains (mais qui seront présentés comme russes par les médias de masse, à l’instar de GUCCIFER2.0), pirateront l’OSF et publieront 2576 fichiers. Ces documents, encore disponibles sur le net (soros.dcleaks.com), exposent les logiques d’investissement et un grand nombre de documents de travail de la Fondation de George Soros sur la période de 2008 à 2016. Ces publications démontrent un grand professionnalisme de l’OSF dans ses choix d’investissement, ses méthodes d’évaluation, son organisation interne et sa gestion financière.

L’OSF se présente aujourd’hui comme un réseau de Fondations disséminées dans le monde entier. Le nombre de ces fondations et des causes, initiatives et organisations qu’elles soutiennent est si important qu’il serait impossible de ne faire que les recenser ici. Néanmoins, après une étude minutieuse de leurs objets, (notamment grâce aux publications de DNCLeaks), on peut les classer en sept grandes catégories.

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Où vont les fonds de Soros ?

Anti-conservateur : on trouve ici les fondations et associations dédiées à la lutte contre les idées, personnalités, projets de loi, projets économiques considérés comme conservateurs sur le plan des valeurs. Y figurent aussi des organisations électorales (toujours de gauche libérale ou d’extrême-gauche), des groupes d’actions ou de formations à la prise de parole publique, des structures opposées à tel ou tel projet de loi jugé conservateur ou traditionnaliste, des associations produisant des argumentaires, des rapports ou des outils de communication, etc.

Minorités et victimes : L’OSF assure un financement international de causes et projets dédiés au soutien matériel, à la défense juridique, à l’incitation à la participation politique ou à la promotion des minorités victimes des Etats, des préjugés culturels ou sociaux, mais aussi des catégories sociales jugées défavorisées. L’OSF soutient également les immigrés, musulmans en pays chrétiens (nous n’avons pas trouvé de soutien à des groupes chrétiens en pays musulmans), autochtones indigènes, prisonniers ou ex-prisonniers (réinsertion, soutien juridique, etc.), homosexuels ou minorités sexuelles, populations déplacées, camps de réfugiés, femmes isolées ou victimes d’abus ou de violence, revendications de populations noires en pays majoritairement européens (mais pas de soutiens à des populations d’origine européenne dans des pays à majorité africaine comme en Afrique du Sud par exemple), etc.

Amnesty International est financée (via Amnesty International Limited) par la fondation MacArthur, la fondation Oak, l’Open Society, la Vanguard Charitable Endowment Programme, l’American Jewish World Service, le département britannique pour le développement international (Governance and Transparency Fund), la commission Européenne (EuropeAid) et bien d’autres. Complément d’informations, La fondation Vanguard Charitable a été créée par Vanguard Group, une colossale société de gestion d’actifs américaine, dont les principaux investissements sont les sociétés Monsanto, Exxon, Time Warner, Dow Chemical. Les ressources d’Amnesty International proviennent en sus des dons par ses entités locales, dont les ressources sont assez difficiles à tracer. Amnesty International appartient au réseau d’ONG de sensibilité « Open Society ». Ses revendications, par-delà le thème de la torture sur laquelle elle s’est fait identifier par le grand-public, couvrent celles des autres structures financées par l’OSF de George Soros (voir article plus loin). Amnesty se heurte assez fréquemment aux réseaux libéraux conservateurs (en particulier pendant ses campagnes contre Israël) et aux intérêts des Etats dans tous les pays du monde. Wikileaks avait déjà mis en cause l’OCCRP qui avait lancé l’affaire des Panama Papers, comme une officine de propagande financée par l’USAID et l’OSF.

Ecologie : L’OSF finance aussi un grand nombre d’organisations de défense de causes environnementales. Défense de la vie sauvage, de réserves classées, d’animaux en voie d’extinction, de la promotion des bonnes pratiques environnementales, contre la déforestation, etc. Ces investissements relèvent parfois de causes croisées avec la défense de populations autochtones ou de lutte contre des intérêts énergétiques et des personnalités politiques conservatrices.

Education, couverture et protection sociales : L’OSF finance l’amélioration des soins et des protections sociales pour les populations appartenant à la deuxième catégorie (victimes ou minorités). La fondation apporte également des financements à des programmes d’éducation, des hôpitaux ou centres de soins, des organisations d’assistance aux victimes de guerre, de famines ou de déplacements forcés. L’OSF est particulièrement active sur la défense des droits sociaux des afro-américains aux Etats-Unis et des populations d’origines extra-européennes en Europe.

Avortement et euthanasie : L’OSF finance activement les ONG et initiatives qui relèvent de la défense des droits à l’avortement, l’éducation sexuelle, la promotion de la théorie du Genre et des thématiques liées à la fin de vie volontaire dans toutes les parties du monde.

Anti-Impérialisme : L’OSF soutient les gouvernements, initiatives et ONG opposés à des Etats jugés dominants (Russie, Israël, Etats-Unis), etc. Ces catégories d’actions sont fréquemment liées aux objectifs de la diplomatie américaine lorsqu’elles visent à limiter la puissance russe, mais l’OSF est aussi particulièrement dynamique dans le soutien aux populations palestiniennes et aux organisations libérales juives critiques à l’égard de la politique israélienne. Un rapport (certes orienté) de la NGO a recensé depuis des années, les activités jugées anti-israéliennes de George Soros.

Anti-frontières : L’OSF soutient les ONG et initiatives oeuvrant pour la libre-circulation des personnes. Alors que les migrations sont particulièrement importantes ces dernières années, ces aides sont sans doute en rapport avec l’augmentation rapide de l’immigration que ce soit vers l’Europe, vers les Etats-Unis ou la Russie. L’OSF finance aussi bien des organismes militants violents (no-borders) que des ONG d’assistance ou d’insertion des immigrés dans les sociétés d’accueil. Une part importante des activités de ces organisations est dirigée contre les opposants à l’immigration dans les pays visés.

L’OSF ne finance pas les initiatives de soutien aux autochtones d’origine européenne, et ce, dans aucun pays du monde. La Fondation n’aide pas non plus les associations de soutien aux populations européennes lorsqu’elles sont fragilisées, opprimées ou menacées (exemple : les populations russes du Donbass ne reçoivent pas d’aide de l’OSF, pas plus que la population boer largement paupérisée et victime de violences et de discriminations en Afrique-du-Sud). L’OSF défend des causes associées à une remise en question des normes sociales traditionnelles de la population majoritaire dans les pays occidentaux, les causes ou organisations renforçant la cohésion sociale dans les pays du sud et les initiatives socialement structurantes lorsqu’elles s’adressent aux immigrés ou minorités dans les pays occidentaux. L’OSF défend l’immigration dans les pays occidentaux et la protection des autochtones dans les pays du sud. Elle s’attaque au nationalisme des Etats jugés dominants au nom des principes « progressistes » qu’elle défend mais soutient des Etats ou forces politiques nationalistes dans les Etats qui peuvent limiter les actions des premiers. L’OSF défend la libération sexuelle, le droit à l’avortement et la lutte contre le sexisme si les revendications s’adressent aux majorités européennes, mais finance des organisations communautaristes musulmanes dirigées par des leaders favorables à la Charia et à la condamnation de l’homosexualité si elles sont animées par des groupes musulmans prétendument « éclairés » (exemple en France le CCIF) mais dont les revendications sont elles aussi pour le moment, dirigées contre la culture majoritaire autochtone des populations européennes. Contradictoire ? Pas certain. On pourrait trouver contradictoire de prôner la justice sociale et de voler 3 millions de petits épargnants anglais (mercredi noir en 1992) ou de financer la défense de la nature et les droits des populations autochtones tout en investissant dans la plus importante société d’exploitation minière du monde. On pourrait énumérer les apparentes contradictions de ces logiques d’investissement, mais il faudrait être naïf pour croire qu’elles n’obéissent pas globalement à une logique. C’est en étudiant les ressorts de la sensibilité, de la vision du monde et les thèses de George Soros que nous pourrons éclairer son action et celle des intérêts qu’il l’appuie.

Pour comprendre Les apparentes contradictions des engagements de George Soros, il faut d’abord se pencher sur ses écrits. Non pas seulement pour espérer y trouver des explications sur ses motivations mais pour comprendre son mode de pensée et cerner sa personnalité. Dans le cas de George Soros, cette démarche est particulièrement révélatrice dans la mesure où celui-ci a toujours eu de réelles prétentions intellectuelles. Il écrivait en 2009 : « Je n’ai pas abandonner mes ambitions philosophiques même lorsque les circonstances me forcèrent à gagner ma vie dans des activités plus banales. » G. Soros, théorie générale de la reflexivité, Financial Times, 27/10/2009.

Très jeune déjà, il se voyait comme un homme de pensée, un philosophe. Ses ambitions n’ayant visiblement pas convaincu son entourage, il y reviendra, fort de son succès dans le monde des affaires, selon la bonne vieille recette marketing du « si j’ai réussi, c’est que mes thèses étaient justes, découvrez les recettes de mon succès ».

George Soros est un autodidacte dont la philosophie repose sur une seule et unique intuition. Cette intuition lui viendra de la fréquentation des cours de Carl Popper à la London School of Economics et en particulier de la lecture de son livre La Société ouverte et son ennemi, paru en 1945. Il déclarera à de nombreuses reprises sa dette intellectuelle au philosophe autrichien qui lui fit « une profonde impression ».

C’est à l’ouvrage de Popper, La Société ouverte et ses ennemis, qu’il empruntera son concept de société ouverte « Open Society ». Carl Popper (1902-1994) y dépeint la « société ouverte » comme une démocratie libérale interventionniste structurée autour d’un État-providence démocratique pratiquant «l’ingénierie sociale fragmentaire. » Ce livre de Carl Popper sera, à ce titre, considéré par le philosophe politique Eric Voegelin comme un « scandale » doublé d’une « camelote idéologique ».

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Il existe quatre définitions de l’ingénierie sociale

Pour les sciences sociales, il s’agit d’une pratique d’action sociale visant à faire évoluer les formes d’action individuelle et collective dans une approche coopérative, démocratique et participative ; en science politique elle vise à modifier à grande échelle certains comportements de groupes sociaux ; en théorie de l’information, à obtenir par manipulation mentale une information confidentielle ; dans le domaine de la psychologie elle définit souvent des techniques de manipulation psychologique afin d’aider ou nuire à autrui.

Si l’on s’en tient à la définition qu’en donnait Popper, il s’agit d’une sociotechnique pratiquée par des « ingénieurs sociaux » visant à modifier le corps social, au coup par coup, de façon opportuniste plus que de façon concertée et à grande échelle. Il s’agit de procéder à des ajustements et des réajustements limités qui peuvent êtres continuellement améliorés. Dans un continuel processus autocorrectif. Ingénierie sociale donc fragmentaire car pragmatique, opportuniste et autocorrective. Le livre de Popper est un plaidoyer en faveur de ce qu’il nomme « une société ouverte », dans laquelle les citoyens doués de raison sont confrontés à leurs décisions personnelles. Ces sociétés fonctionnent sur l’acceptation individuelle des normes du contrat social et disposent de rétroactions capables d’engager l’amélioration ou l’ajustement de ses modes d’organisation et de ses règles selon l’intérêt général, notamment par la révocation démocratique de ses dirigeants. Popper rejette dans le même mouvement, les héritages politiques de Platon, Marx et Hegel comme les fondements idéologiques des sociétés fermées (tribales, magiques ou organiques), par définitions non créatives, totalitaires et liberticides. Pour faire simple, Popper est le promoteur d’une société ouverte, peuplée de citoyens éclairés et libres les uns à l’égard des autres, soudés par un contrat social et disposant de mécanismes de correction ou d’ajustement par l’expérience. Une société qui progresserait par la réfutation incessante de connaissances objectives. Une bien belle mécanique…

Si L’homogénéité des sociétés est un facteur contrariant ce processus c’est parce qu’elle créent les conditions du renouvellement des sociétés fermées sur des bases magiques, organiques ou tribales, qui bloquent les mécanismes autocorrectifs et progressistes pour leur préférer des logiques irrationnelles, anti-méritocratiques (du point de vue de l’intérêt général), qui reproduisent les mécanismes de destruction qui ont aboutis au déchainements des nationalismes. L’ensemble des mécanismes de création de normes débouche sur la conformation, l’oppression, et la réduction doit êtres combattus.

George Soros s’intéressera plus particulièrement aux mécanismes de réfutabilité et d’indéterminisme dans ce livre. Ce sont ces mécanismes qui lui inspireront son dada philosophique : la réflexivité.

Pour comprendre cette notion de réflexivité, il faut en passer par une anecdote. «En mars 1979, les journaux californiens commencèrent à faire beaucoup de bruit autour d’une importante et imminente pénurie d’essence ; les automobilistes californiens se ruèrent alors sur les pompes à essence pour remplir les réservoirs de leur véhicule. Le remplissage des douze millions de réservoirs (qui, jusqu’alors, restaient aux trois quarts vides) épuisa les énormes réserves d’essence disponibles, et entraîna quasiment du jour au lendemain la pénurie annoncée. » Ce mécanisme autrement nommé prophétie auto réalisatrice, a fasciné George Soros qui évoque régulièrement ce phénomène pour illustrer sa théorie de la réflexivité. Si selon Soros, « La théorie de la réflexivité peut expliquer les événements avec une plus grande certitude qu’elle ne peut prédire l’avenir, à la différence de ce que l’on attend généralement d’une théorie scientifique. ». Non pas prédire l’avenir, mais en faisant prévaloir son regard sur le réel, créer les conditions de sa mise en oeuvre… Dans le cas des élections américaines, les résultats ont démontré que les réorganisations de canaux narratifs pour contourner les médias de masse étaient déjà opérationnelles. La colère et le stress creusent des tunnels narratifs sous les murs des médias mainStream.

La théorie de la réflexivité part de l’idée que les sciences sociales ne sont pas des sciences dures et que, dans ce domaine, le récit des choses influence ce qu’elles sont vraiment. Pour Soros, et à rebours de l’école classique en économie, les marchés ne sont pas efficients et la mathématisation est un exercice inutile dans la mesure où c’est celui qui impose sa narration de l’événement qui fabrique ce que cet événement devient. La « main invisible » du marché de George Soros est la somme des rétroactions de toutes sortes qu’un phénomène génère en se réalisant sous l’effet des subjectivités de ceux qui ont prise sur lui. Soros dénonce le mythe de l’autorégulation et les fictions mathématiques des économistes libéraux. Expliqué autrement, les cours du marché deviennent eux-mêmes un des fondamentaux qui déterminent l’évolution du cours.

Si dans le domaine des sciences naturelles les choses sont, indépendamment de ce que l’homme peut en penser, dans les affaires humaines, les choses dépendent constamment des perceptions et intentions humaines. Dans la sphère du naturel, les énoncés peuvent être vrais ou faux ; dans celle des affaires humaines, les énoncés ne peuvent être que « réflexifs » (reflétant l’interactivité et la récursivité des rapports de l’homme et du réel). Ainsi, comprendre et expliquer, c’est déjà influencer et ce, même quand la compréhension est biaisée et l’explication fausse, car « les idées fausses jouent dans le cours des événements un rôle très important ». Pour Soros, l’action des hommes pour organiser la société ne doit donc pas être pas dictée au nom de l’emprise illusoire de la raison (au sens de pratique ayant été validée scientifiquement), de la vertu (subjective et totalitaire dans ses effets) ou d’un hypothétique « sens de l’histoire » mais au nom des rétroactions de ceux qui expérimentent librement, sans contrainte, selon leurs aptitudes et besoins, de nouvelles pratiques sociales. Grâce à l’exercice de ces expérimentations (sexuelles, sociales, organisationnelles, etc.), la société peut progresser dans l’intérêt général. Enfin, pour Soros, afin d’assurer l’établissement de cette société ouverte, il faut placer les faibles à l’abri des puissants et des dominants et sous le contrôle d’institutions mondiales de régulation (bancaires, monétaires, sanitaires, etc.) qui veillent simplement à éviter une instabilité liée à des conflits destructeurs ou à des accumulations de puissance

Cette synthèse pourrait paraître superficielle, elle ne l’est pourtant pas. La prise en compte de ce concept de réflexivité de George Soros introduit seulement un déplacement de regard sur l’objet de l’action des hommes et des modalités d’organisation des sociétés : « Pourquoi la science sociale devrait-elle se limiter à l’étude des phénomènes sociaux passivement quand elle peut être utilisée pour modifier activement l’état des choses? ». La thèse centrale de l’idéologie de George Soros, c’est l’organisation d’une société, non sur les bases d’une définition commune du Bien, du Juste, du Vrai, mais sur la seule expérimentation libre et non faussée, à l’abri d’institutions maternantes et redistributrices.

George Soros estime d’ailleurs que les marchés doivent être contrôlés. André Demailly a fait une remarquable synthèse de ces préconisations : pour éviter la répétition infernale des bulles financières, Soros «propose la création d’une banque centrale mondiale qui coordonnerait l’accès au crédit, en surveillant notamment l’émission des produits dérivés et la valeur des collatéraux ».

Afin de régler le problème de la dette internationale, il propose de créer une caisse de compensation basée sur le pétrole, « dans laquelle les principaux pays producteurs et consommateurs financeraient un excédent fictif visant, d’une part, à maintenir les prix dans une fourchette acceptable pour tous et, d’autre part, à fournir du pétrole à prix réduit et des crédits à faible taux aux pays les plus endettés ». Enfin, pour réduire le problème d’instabilité des taux de change, il propose d’instaurer une monnaie mondiale de référence, également indexée sur le cours du pétrole ».

Ainsi, George Soros est un théoricien de l’expérimentation sociale libre et non faussée, sous la protection d’organismes et de mécanismes de protection mondiaux redistributeurs. Son action peut s’interpréter comme une volonté d’engager le rééquilibrage des puissances en soutenant les États faibles contre les forts, les minorités contre les majorités, les victimes des normes, lois, rapports de forces contre les normes, lois et populations dominantes, les musulmans dans les sociétés chrétiennes ou juives et les féministes dans les sociétés islamiques, etc. Le terrain d’expérimentation de George Soros est mondial. S’il sait que l’expérimentation peut échouer ou créer de la souffrance, il n’en demeure pas moins persuadé que cette souffrance est moins le fait de l’application de l’expérimentation qu’il génère, que celui du manque d’institutions de rééquilibrage et de protection des faibles, c’est-à dire d’institutions mondiales qui en compenseraient les effets néfastes. Peut-être même est-il persuadé, et les partisans de l’Open Society avec lui, que son action contribue globalement au bien de l’humanité et que le monitoring social et les institutions mondiales sous le contrôle de bergers (et bientôt d’éleveurs ?) de l’espèce humaine contribueront à l’avènement d’un monde meilleur. C’est une possibilité, mais il y en a une autre …

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