Pour Jérôme Fourquet (IFOP), « il y a deux Bretagne »

On connaît les travaux de Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP. Dans son dernier ouvrage, Le nouveau clivage (Éditions du Cerf), il souligne, bien entendu, la « montée d’un clivage puissant qu’on pourrait résumer de façon schématique par les gagnants et les perdants de la mondialisation, ceux qui s’en accommodent et ceux qui la rejettent ou s’en inquiètent » (L’Express, 18 avril 2018).

Outre la fameuse opposition métropoles/France périphérique, Fourquet montre que l’on ne vote pas de ma même manière lorsqu’on vit sur le littoral où à l’intérieur des terres, « Dans de nombreux pays, les cartes de la densité de la population font apparaître une concentration d’habitants sur les littoraux. Cette tendance va en s’accentuant. A l’instar de la gentrification des anciens quartiers ouvriers dans les grandes villes, un nouvel équilibre sociologique s’établit progressivement avec le développement d’une économie balnéaire adaptée à cette nouvelle population mais également aux touristes qui l’accompagnent.[…] Mais cette prospérité est circonscrite. Elle est liée à un facteur géographique implacable : la proximité de la mer. Dès qu’on s’en éloigne, la désidérabilité du territoire décline et les retombées de cette économie balnéaire disparaissent. Comme on peut s’y attendre, ce processus n’est pas sans influence électorale et l’effet littoral apparaît nettement sur les cartes. Ainsi la Bretagne a certes massivement voté pour Emmanuel Macron. Mais quand on « zoome », on s’aperçoit qu’il y a deux Bretagne et que le vote Macron n’a pas la même intensité partout. Il est d’autant plus fort qu’on est proche des grandes villes comme Rennes et Nantes, ou que l’on se situe près des côtes, et surtout quand ces côtes sont des territoires très recherchés, comme le golfe du Morbihan par exemple, avec une économie touristique florissante. […] A l’intérieur des terres du Morbihan, dans des territoires en moins bonne santé économique, le vote Macron est beaucoup plus faible et le vote FN gagne en intensité à des distances relativement proches de la mer. Ainsi le vote FN, qui n’a été au premier tour que de 6,9% à Arradon, sur la côte, atteint 13,8% à Saint-Nolff à 22 kilomètres de là ; 22,7% à Plaudren à 24 kilomètres ; 27,3% à Plumelec à 36 kilomètres et enfin 36,2% à Pleugriffet, à 48 kilomètres de kla côte. » (Jérôme Fourquet, Le Nouveau clivage, Éditions du Cerf).

Rappelons quelques données du premier tour de la dernière élection présidentielle (23 avril 2017). En Bretagne (5), Emmanuel Macron avait obtenu 28,94% des suffrages exprimés, contre 24,01 dans la France entière. Avec des pointes dans les grandes villes : 28,02% à Brest, 30,83% à Nantes et 31,86% à Rennes ; un vote urbain qui s’explique par la surreprésentation de la classe pensante, dirigeante et possédante dans ces métropoles.

Alors que Marine Le Pen avait dû se contenter d’un modeste 14,86% à opposer aux 21,30% obtenus à l’échelon national. Elle ne réalise de bons scores que dans le rural profond. Dans le Finistère, elle arrive en tête à Argol (22,58%) Guilligomarc’h (24,02%), Le Ponthou (27,91%), Saint-Derrien (24,95%) et Saint-Sauveur (25,28%). Dans les autres départements elle cartonne à Radenec  (31,7%), à La Noë-Blanche (31,5%), à Lanmodez (27,6%) et à Juigné-les-Moutiers (40,79%)… A coup sûr, un vote lié à l’effondrement du monde rural.

Bernard Morvan

Illustration :Ministère de l’Intérieur
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