Saint-Brieuc. Association La Passerelle : une Scène nationale sous perfusion publique

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Un équilibre financier fragile, largement dépendant de l’argent public : tel est le constat dressé par un rapport officiel de la chambre régionale des comptes publié en janvier 2026 sur l’Association La Passerelle, gestionnaire de la Scène nationale de Saint-Brieuc depuis 1992. Malgré un retour progressif de la fréquentation après la crise sanitaire et une hausse des tarifs, le modèle économique de la structure reste structurellement déséquilibré et fortement tributaire des subventions publiques

Qu’est-ce qu’une « Scène nationale » ?

Une Scène nationale est un label attribué par le ministère de la Culture à des établissements culturels chargés d’une mission de service public. Ces structures ont pour vocation de diffuser la création contemporaine (théâtre, danse, musique, cirque), de soutenir les artistes et de mener des actions dites de « médiation culturelle » auprès de la population.

En contrepartie de ce label, elles bénéficient de financements publics importants, principalement de l’État et des collectivités territoriales, et doivent respecter un cahier des charges précis en matière de programmation, de diversité artistique et d’ancrage territorial.
La Passerelle, à Saint-Brieuc, porte ce label depuis 1992.

Une activité conforme au label, mais coûteuse

Sur le plan artistique, le rapport souligne que La Passerelle remplit les missions prévues par le cahier des charges des Scènes nationales. Le théâtre y demeure la discipline dominante, devant la danse, la musique et le cirque. Après l’effondrement des saisons 2020-2021 lié à la crise sanitaire, la fréquentation est progressivement remontée, atteignant 22 239 spectateurs sur la saison 2023-2024, un niveau proche de celui d’avant-Covid

L’association a parallèlement supprimé le système d’abonnement et augmenté ses tarifs. Si la recette moyenne par billet progresse, le coût réel d’une place demeure élevé : 28 euros non couverts par la billetterie pour le théâtre, 15 euros pour la danse et le cirque, restant à la charge de la structure.

Une dépendance massive aux subventions publiques

Le cœur du rapport porte sur la situation financière. Entre 2021 et 2024, le chiffre d’affaires de l’association a reculé de 16 %, tandis que les subventions publiques ont, elles, augmenté de 5 %. En 2024, ces aides représentaient 81 % des produits d’exploitation, contre 79 % trois ans plus tôt. Sur un total de 1,6 million d’euros de subventions d’exploitation en 2024, la Ville de Saint-Brieuc a versé 783 000 €, l’État 582 000 €, le Département 163 000 €, la Région 68 000 €, et l’agglomération 13 000 €. À cela s’ajoutent 173 000 € de subventions dédiées à des projets spécifiques.

Le rapport souligne que les charges ont progressé plus rapidement que les ressources, notamment en raison de l’augmentation de la masse salariale (+5 %) et de la forte hausse des dotations aux amortissements (+167 %) liée au renouvellement de matériel. Si les comptes sont restés globalement proches de l’équilibre sur la période contrôlée, c’est uniquement grâce au maintien des financements publics.

L’exercice 2024 se solde néanmoins par un déficit de 56 000 €, imputé au festival de danse « Splatch », qui ne bénéficie pas de subventions spécifiques.

Une gestion sans convention pluriannuelle pendant dix ans

Autre point relevé par les magistrats : entre 2015 et 2025, l’association a fonctionné sans convention pluriannuelle d’objectifs avec ses financeurs, pourtant prévue par la réglementation liée au label « Scène nationale ». L’absence de cette convention a privé la structure d’un cadre d’évaluation formalisé de son action et de sa gestion.

Le projet de budget 2025 prévoit une réduction des dépenses de programmation théâtrale, mais il repose sur un niveau de subventions jugé incertain, dans un contexte de tensions financières touchant l’ensemble des collectivités publiques.

Crédit photo : DR
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