L’annonce de la fermeture de la maternité de Guingamp, au début de l’année 2019, a sonné comme un coup de massue sur la tête des locaux, élus en tête. Alors qu’une manifestation se tiendra samedi à Guingamp, tout le monde a encore en tête la lutte, payante, pour la sauvegarde de la maternité de Carhaix, qui avait fait grand bruit et qui avait sonné comme un véritable défi lancé aux autorités sanitaires administratives.

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L’ARS, Agence régionale de santé, justifie sa décision par la démographie et le nombre de naissances, en baisse, oubliant sans doute qu’à Guingamp comme dans tout le secteur, les citoyens paient leurs impôts, comme tout le monde, via la TVA, l’IR, les taxes diverses et variées, et sont en droit d’attendre le même service de santé qu’à Rennes ou à La Courneuve. Et « proportionnellement » à la population, le territoire couvert par la maternité de Guingamp est celui où le nombre de naissances avait le moins baissé dans les Côtes-d’Armor. Elle est aussi l’une des six en France à pratiquer l’accouchement dans l’eau grâce à des sages-femmes formées à cette technique médicale.

Mais entre 2012 et 2017, le nombre de naissances a chuté de 24 % pour le centre hospitalier de Guingamp contre moins 17 % selon l’ARS, ce qui justifie ainsi la prise en charge des accouchements « dans les maternités environnantes ». Derrière cette annonce pointent d’autres menaces, sur des petites maternités, et notamment celle de Carhaix, pour des raisons uniquement de rentabilité, au détriment de la population.

Dès mardi soir, l’hôpital de Guingamp adressait le communiqué suivant :

Après avoir recueilli l’avis de la commission spécialisée de l’organisation des soins (CSOS), le Directeur général de l’Agence régionale de santé Bretagne a décidé de ne pas prolonger l’autorisation de l’activité de maternité au Centre hospitalier de Guingamp et de réorganiser la prise en charge des futures mamans et des nouveau-nés à compter du 1er février 2019. Les prises en charge en cours seront ainsi assurées jusqu’à leur terme », est-il indiqué. « À compter du 1er février 2019, un centre périnatal permettra le suivi des grossesses avant et après accouchement : préparation à la naissance, consultations, échographies, consultations de pédiatrie…

Les futurs parents conserveront le libre choix du lieu d’accouchement, en lien avec l’équipe sage-femme et paramédicale du Centre hospitalier de Guingamp, qui veillera à assurer une coordination de qualité. Par ailleurs, l’ensemble des consultations de gynécologie sont maintenues. Cette nouvelle organisation n’affecte en rien les missions de l’hôpital de Guingamp : les urgences, les activités médicales, chirurgicales et de rééducation…

Un projet guingampais verra le jour, porté par la communauté médicale, les professionnels de santé, les usagers et les membres des instances, en partenariat avec les autres établissements publics de santé du territoire et particulièrement le Centre hospitalier de Saint-Brieuc. La Direction mesure bien l’impact de cette décision pour l’ensemble de la communauté hospitalière guingampaise, a fortiori pour les 39 professionnels directement concernés. La Direction a rencontré, dès ce mardi matin, l’équipe de la maternité pour évoquer les éléments de cette décision. Il est essentiel de rappeler que les compétences de ces professionnels ne sont en aucun cas remises en question, leur implication ayant été maintes fois soulignée à juste titre. Les mois à venir vont permettre d’organiser un accompagnement collectif, mais aussi individuel. Des entretiens seront proposés pour accompagner chacun dans la définition de son projet professionnel.

“On va employer tous les moyens”

“Que dire d’un État et d’une administration qui découragent son propre peuple de faire des enfants, en tentant de l’empêcher de donner naissance à ces derniers à côté de chez eux ?” nous confie une maman qui a accouché l’année dernière à Guingamp. “C’est révoltant, il faut une mobilisation populaire et massive”.

Du côté de la CGT de l’hôpital, la lutte est annoncée : “À Carhaix, ils ont bien réussi à bouger les choses. Pourquoi pas à Guingamp ? Si on bouge suffisamment, on en viendra à bout. Mais ça dépendra de la mobilisation de la population, des syndicats, des associations, des élus…” explique Jean-François Morin, le délégué. “On va se battre. On va employer tous les moyens pour maintenir la maternité. On va élaborer, vendredi, notre stratégie lors d’une assemblée générale” explique Thierry Pérennes, pour le Comité de défense de la santé du Pays de Guingamp.

Pour y parvenir, il faudrait déjà commencer par se souvenir du précédent de 2008 à Carhaix justement, à commencer par la lecture du livre « Carhaix résistance” écrit par Christian Troadec et qui raconte le combat pour la sauvegarde de la maternité dans la cité du Poher. Une partie des clés qui permettront demain de contester la décision administrative de l’ARS, se trouvent dans cet ouvrage ainsi présenté :

Carhaix, c’est Plogoff ! Cette référence du président du Conseil Général de Bretagne, Jean-Yves le Drian, au combat de la fin des années 70 qui a vu la petite commune du Cap Sizun se soulever pour dire non à l’implantation d’une centrale nucléaire est particulièrement symbolique. Car à Carhaix, comme à Plogoff, ce sont les gens de tous les âges et de toutes les classes sociales qui ont lutté pour refuser ce que l’état voulait leur imposer sans aucune concertation. Pendant seize longues semaines, le peuple du Centre-Bretagne a dit non à la fermeture des services de maternité et de chirurgie de son hôpital. Au nom du droit d’accès au soin pour tous, pour la défense des services publics et pour une certaine conception de l’aménagement du territoire.

Carhaix Résistance, raconte cette histoire de femmes et d’hommes qui ont exigé qu’on les respecte. Ils ont demandé à ne pas être traités comme des citoyens de seconde zone. Après des jours et des jours de lutte, le tribunal administratif a suspendu le 25 juin 2008 les arrêtés de l’ARH, l’Agence Régionale d’Hospitalisation, qui menaçaient les activités de l’hôpital. 

Il s’agit d’un livre-témoignage sur les 16 semaines au cours desquelles le peuple du Centre-Bretagne a dit non à la fermeture des services de maternité. Un collectif d’une trentaine de femmes enceintes ont réclamé à l’époque de pouvoir accoucher à Carhaix.

Cette lutte, relatée également dans le film Bowling, de Marie-Castille Mention-Schaar, va aboutir à l’annulation de la décision de fermeture par le tribunal administratif de Rennes, en juin 2008, et à la fusion de l’hôpital avec le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Brest. Résultat, en 2016, les consultations du service de gynécologie-obstétrique ont été multipliées par trois par rapport à 2009. Il y en a eu 7500 en 2015. Du côté des naissances, 276 en 2014, 220 en 2015. Les dépenses du service sont par ailleurs peu élevées : 1,2 million d’euros, sur un budget de 500 millions d’euros pour le CHRU de Brest.

Signe que la lutte, rondement (c’est le cas de le dire) menée, peut payer, même si à Carhaix également, l’avenir de la maternité est encore incertain. Il devrait y avoir beaucoup de monde, samedi 26 mai, à 11 h, devant la mairie de Guingamp.

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