Bataille culturelle. En 2018, le rap inonde les festivals de l’été [Vidéos]

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Le rap gagne du terrain, beaucoup de terrain. Voilà résumé en quelques mots la situation de la scène musicale dans l’Hexagone. À ceux qui pensent encore qu’il ne s’agit que d’un petit courant marginal dont l’influence se cantonne à quelques jeunes extra-Européens désoeuvrés, la programmation des festivals de l’été vient prouver le contraire.

Musique la plus streamée au monde

Sur Breizh-info.com, nous avons déjà évoqué par le passé le succès grandissant du rap auprès des jeunes générations. Entendez par là une grande partie des 15-35 ans. Un constat qu’a récemment confirmé une étude précisant que le rap est bien la musique la plus téléchargée et écoutée dans le monde. Un style qui représente plus de 20% des ventes d’albums au niveau international.

Un rap désormais omniprésent dans notre société, qu’il soit écouté (ou pratiqué) par la jeunesse rurale de Bretagne, par des joueurs de football professionnels ou qu’il serve même de support pédagogique dans certains collèges.

Le phénomène touche par ailleurs tout le monde occidental, États-Unis y compris. C’est d’ailleurs là-bas que le rap a fait ses débuts. Aujourd’hui, il s’agit d’une véritable industrie. Preuve en est le succès du dernier album du rappeur canadien Drake, intitulé Scorpion, qui a été téléchargé un milliard de fois en une semaine, battant un nouveau record au passage. Ce qui représente plus de 142 857 143 écoutes par jour. Quelques chiffres valent largement mieux qu’un long discours.

Skyrock, Mouv’ : le rap sature les ondes

Par ailleurs, les chiffres concernant les audiences des radios françaises pour la période avril/juin 2018 confirment que, dans l’Hexagone, le rap séduit de plus en plus. Ainsi, Skyrock, radio spécialisée depuis 20 ans dans la diffusion de rap et de r’n’b, est désormais la sixième de France avec plus de 3,68 millions d’auditeurs par jour.

L’occasion de rappeler au passage la métamorphose de la radio Le Mouv’ en 2015, une station historiquement orientée sur le rock et ses dérivés, qui sera alors renommée « Mouv’ » et proposera par la suite une offre musicale centrée sur le hip-hop et les cultures urbaines. Un changement de stratégie payant puisque les audiences de la station repartiront à la hausse. À noter que, malgré l’inclusion de musique électronique dans ses programmes, c’est bien le rap et les émissions qui lui sont dédiées qui ont relancé la machine Mouv’.

Ce tournant dans le choix de diffusion souligne surtout un tournant générationnel : le nouveau cap pris en 2015 fut notamment motivé par le vieillissement des auditeurs. De 28 ans en 2009, l’âge médian du public du Mouv’ était passé à 34 ans en 2013. Un public prenant de l’âge en même temps que le rock qu’il écoutait, mais ne se renouvelant absolument pas. Une situation problématique quand la cible marketing initialement visée est la génération 20-35 ans.

Festivals : du rap tout l’été

C’est donc très logiquement que les festivals musicaux de l’été dans l’Hexagone ont fini par s’adapter à cette nouvelle donne. Progressivement, leurs programmations ont accordé une place de plus en plus large au rap. Cette saison 2018 semble toutefois marquer un réel tournant puisque des rendez-vous encore estampillés « rock » il y a peu proposent cette année plusieurs artistes issus de la culture hip-hop.

L’exemple des Eurockéennes de Belfort est l’un des plus parlant. Un article (volontairement ?) naïf sur le site de France 3 Bourgogne Franche-Comté vient même s’étonner de la proéminence du rap au festival lors de l’édition 2018. Si le rédacteur du papier en question est peut-être resté bloqué sur une culture rock dont la disparition est entamée, les patrons des Eurockéennes, ont, eux, senti le vent tourner !

À l’affiche, Bigflo & Oli, Orelsan, Damso, Macklemore et Rick Ross, sans oublier Moha La Squale, font office de locomotive pour la vente de billets du festival qui célèbre ses 30 ans cet été. 30 ans et bien des évolutions. Et Vivien Bècle, l’un des trois programmateurs des Eurockéennes, d’expliquer pertinemment : « On a toujours su que le rap prendrait le relais à un moment […] Ce relais, il a commencé à s’opérer il y a quelques années, mais on le voit désormais clairement dans la vente de billets ».

Nous ne disons pas autre chose !

Un nouveau public rap

Le temps a ainsi fait son oeuvre. Les quadras fans de Noir Désir, de Manu Chao ou de groupes d’un autre temps se reformant pour une tournée ne sont plus le coeur de cible des festivals. Toujours selon France 3 Bourgogne Franche-Comté, le public des Eurockéennes se serait renouvelé à 40% en 2017. Avec des nouveaux venus qui veulent entendre du rap, et pas la Rue Ketanou ou Arthur H.

Ailleurs dans l’Hexagone, les programmations des autres festivals viennent confirmer nos dires. Ainsi, au FreeMusic Festival, petit événement se tenant en Charente-Maritime en juin dernier, se trouvaient parmi les têtes d’affiche Moha La squale, Niska ou encore Caballero et Jeanjass.

Pour leur part, Solidays, le Dour Festival et même les Francofolies de La Rochelle n’ont pas échappé à la tendance. Des Francofolies ayant longtemps promu une certaine chanson française aux accents volontiers « bobos » et moralisateurs qui s’adaptent dorénavant à un nouveau public, sorte d’enfant légitime de l’ancienne génération de festivaliers. À La Rochelle cette année, Roméo Elvis, Damso, NTM, Lorenzo, Bigflo & Oli, Eddy de Pretto, Orelsan et Mc Solaar étaient donc programmés.

Vieilles Charrues, nouveau terreau !

Dans cette conquête fulgurante du rap, la Bretagne n’est pas en reste. Son événement phare en la matière, les Vieilles Charrues de Carhaix qui ont lieu du 19 au 22 juillet, fait lui aussi la part belle au rap avec IAM, Rilès, Lomepal, Damso, Bigflo et Oli, Angèle, Roméo Elvis, OrelSan, Eddy de Pretto et Lorenzo. Rien de moins !

Quant au reste de la programmation carhaisienne, Depeche Mode, Gorillaz, Les Négresses Vertes, Fatboy Slim ou Marquis de Sade ont des airs crépusculaires face à la montée en puissance du rap. Des groupes accompagnant une génération de festivaliers plus très loin de remiser la tente Quechua et le tee-shirt « À l’Aise Breizh » au garage.

Même topo pour le festival Rock En Seine qui aura lieu du 24 au 26 août à Paris. Le fait marquant de cette édition 2018 ? La seule date du groupe de rap PNL depuis la fin de leur tournée. Mais aussi les prestations de Post Malone et de Macklemore.

Avec le battage médiatique orchestré depuis dimanche suite à la victoire de l’équipe de France de football en Coupe du Monde, le succès grandissant du rap auprès des jeunes générations est un marqueur supplémentaire de l’africanisation en cours de notre société. Car, oui, il faut le rappeler, le rap est bien un courant musical d’origine extra-européenne. Initialement à destination d’un public majoritairement extra-européen. Mais qui séduit dorénavant bien au-delà de cette catégorie. Et rien ne semble pour l’heure venir enrayer cette mécanique bien huilée. Pour le rap décidément, tout est sous contrôle !

Crédit photo : Pixabay (CC0/cbudd)
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