Nantes : l’extrême-gauche attaque les rendez-vous de l’Erdre avec des arguments racistes

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Le manque de culture politique – voire de culture tout court – est un phénomène terrible, et terriblement courant, des initiatives politiques ou publiques des dernières années. L’extrême-gauche nantaise vient encore de l’illustrer en rédigeant un communiqué pour attaquer avec des arguments racistes les Rendez-vous de l’Erdre – festival qui a eu lieu ce week-end – alors qu’elle souhaitait sensibiliser à la situation du camp de migrants du square Daviais, sorte de Camp des Saints au cœur de Nantes.

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Diverses actions ont été menées par une poignée de militants qui ont aussi déployé des banderoles « feu aux frontières », « ici ça jazz, Daviais blues », « du jazz blanc pour effacer le passé négrier » et « du jazz blanc élitiste en priorité, 500 exilés toujours à Daviais ». Les exilés sont un euphémisme de l’extrême-gauche pour ne pas dire migrants ou clandestins.

Ces actions ont été ignorées par la quasi-totalité des 175.000 festivaliers – et surtout les destinataires, c’est-à-dire les décideurs de la mairie de Nantes. L’extrême-gauche s’est donc fendue d’un communiqué aux accents terribles (et même deux), qui commence par reprendre le poncif de la ville négrière… complètement hors de propos alors que la majorité écrasante des clandestins du square Daviais viennent d’Éthiopie, Somalie ou encore Soudan. Leurs aïeux ont bien pâti de la traite… arabe, particulièrement vivace sur la côte Est de l’Afrique au XIXe siècle.

Ces traites orientales ont été à l’origine de la déportation de 17.6 millions des 42 millions d’africains qui ont subi la traite, contre 14 millions pour les traites africaines internes, et 11 millions pour la traite négrière transatlantique. Un sujet beaucoup trop politiquement incorrect pour nombre de militants d’extrême-gauche, qui préfèrent user les poncifs et planter les marronniers en tapant sur le passé négrier de Nantes. C’est tellement plus facile.

« Nantes tente désormais d’améliorer sa réputation de ville raciste, notamment à travers le jazz.
Il y 100 ans, un groupe de soldats Afro-étasuniens, les « Harlem Hellfighters » donna le 1er concert de Jazz en Europe à Nantes, au théâtre Graslin, une fierté pour la municipalité de Nantes
 », assène le communiqué d’extrême-gauche, qui émane d’un mystérieux collectif Racine – oui, le même nom que le collectif d’enseignants du FN, passé avec armes et bagages chez les Patriotes.

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Ecouter du jazz, c’est être un exploiteur négrier raciste, selon l’extrême-gauche

« C’est ainsi que depuis 32 ans, le festival des Rendez-Vous de l’Erdre prétend mettre à l’honneur le Jazz et donne à Nantes l’image d’une ville ouverte à la «diversité culturelle». Quoi de mieux qu’une musique noire & contestataire, devenue blanche et élitiste, pour redorer le blason Nantais et rendre l’ancienne cité négrière «tendance». […] La municipalité PS instrumentalise la culture afro, avec une programmation quasi uniformément blanche, tout en appliquant avec zèle la négrophobie de l’État Français, dont les effets sont visibles square Daviais », continue le communiqué.

En exergue, le concept d’appropriation culturelle, réinventé par l’extrême-gauche pour fustiger les emprunts faits aux autres cultures. En gros, selon ce concept, si un blanc porte des dreadlocks – issues de la culture africaine, alors c’est un sale raciste exploiteur de noirs, même si les Celtes, les Vikings et les nazaréens du judaïsme en ont porté.

Et s’il écoute du jazz au Rendez-vous de l’Erdre, pour l’extrême-gauche nantaise c’est encore un sale raciste exploiteur, fier descendant des négriers nantais, qui piétine une musique noire née des work songs – les chants d’esclaves dans les exploitations de coton – et des oraisons des noirs (gospels) dans les églises, mais ça l’extrême-gauche ne le mentionne pas, anticléricalisme oblige.

Les quelques militants d’extrême-gauche présents ont même pourri l’enregistrement du live sur FIP, « durant l’enregistrement du live Jazz à FIP, dans un entre soi complètement blanc, le micro a été demandé sur scène pour que la parole soit enfin donnée à des exilé-e-s. Face à un refus catégorique, des slogans ont été émis ». Quatre militants sur scène ont déployé des banderoles et quelques-uns dans le public ont lancé des huées pour faire accroire à un « un public réceptif qui a hué la position de la radio ».

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

Des arguments racistes qui ne passent même pas auprès des militants

Cette nuit, les commentaires allaient bon train en-dessous de la publication sur une plateforme d’extrême-gauche, où le communiqué des militants n’a visiblement pas été compris, ou accepté. Ce midi, les modérateurs du site en ont viré la plupart, y compris deux qui rappelaient que c’est le FN qui avait attaqué la dernière fois le caractère de « diversité culturelle » du festival, et un autre, très critique, selon lesquels « les fafs nauséabonds de Nantes n’ont pas besoin d’auxiliaires » puisqu’il existe ce genre de militants dans la mouvance.

« Après les arguments racistes, allez vous acceptez l’etho-differentialisme, l’identitarisme etc ? Feu aux frontières musicales racistes ! », s’interroge et s’exclame un autre, qui semble avoir échappé aux ciseaux de la modération. Certains militants d’extrême-gauche semblent en tout cas sensibles aux évolutions politiques en Italie…

Louis Moulin

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