Le 26 août dernier un livreur de pizza a été tabassé et dépouillé rue Paul Eluard à Bellevue, un quartier multiethnique à l’ouest de Nantes. Une dizaine de mineurs l’attendaient planqués derrière des voitures et l’ont lynché avant de dérober son téléphone, son terminal CB et sa caisse. Trois d’entre eux, de 15 à 17 ans ont été interpellés et deux seront jugés. Cette nouvelle « mode » délinquante, témoin de l’ensauvagement croissant de notre société, a atteint Saint-Malo où six mineurs qui ont agressé des livreurs de pizza ont été interpellés.

Les forces de l’ordre leur reprochent d’avoir agressé deux livreurs rue d’Alsace et rue du Poitou (quartier Gare) les 27 et 29 août. A chaque fois le scénario était le même – une commande de pizzas par téléphone et un groupe de jeunes qui attendent le livreur de pied ferme au pied de l’immeuble. Le premier s’est pris une baffe qui lui vaut quinze jours d’ITT, le second a été laissé pour mort, le tout pour des butins dérisoires.

Le scénario des agressions malouines est étrangement similaire à celle de Nantes le 26 août sans qu’on sache pour l’instant si les jeunes malouins se sont inspirés pour leur guerre de course d’un nouveau genre – et sans lettres de marque du Roi – de l’agression nantaise. Des six jeunes arrêtés pour vol avec violence et en réunion, trois ont été déférés devant le tribunal pour enfants, bien qu’ils continuassent à nier leur implication.

Moyennement sensible à l’échelle locale, le quartier Alsace-Poitou (les Provinces) au sud de la gare, qui compte plusieurs HLM, bénéficie des fonds de la politique de la Ville (ANRU) pour la rénovation des logements. Dans la liste des rues classées en « quartier prioritaire » à Saint-Malo, on trouve justement la rue d’Alsace « du 5 à 12 côté pair, du 5 au 33 côté impair », la rue du Poitou « de 2 à 30 » et la rue du Maine entre elles « de 35 à 47 ».

Sur le plan social le contrat de ville 2015-2020 a apporté 85.000 € en 2015 aux associations du quartier prioritaire – qui correspond à plusieurs zones réparties dans la ville – dont 6500 € pour cinq projets dans la thématique « jeunesse » et 8000 € pour trois autres dans la thématique « vivre ensemble », ainsi que 93.600 € pour « réduire les écarts de réussite scolaire et éducative » pour les jeunes du quartier prioritaire. Visiblement, la sécurité des riverains a été sacrifiée aux saupoudrages associatifs et architecturaux à la mode – les livreurs de pizzas en ont fait l’amère expérience.

LM

Photo d’illustration : DR
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