Difficile de faire mieux qu’Éric Zemmour en terme de buzz littéraire de la rentrée. Son livre Destin Français connait un énorme succès sur Amazon ou en librairie. Au grand dam de l’oligarchie et de la bienpensance qui le déteste – bien qu’il soit encore invité régulièrement à s’exprimer (pour combien de temps encore ?) dans de nombreux médias subventionnés. Mais plus sur le service public, qui a basculé du côté de l’idéologie.

Pour comprendre ce succès, et avant de vous proposer une chronique de son livre Destin Français, nous avons interrogé Éric Zemmour.

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Breizh-info.com : Tout d’abord, comment expliquezvous votre succès populaire, livre après livre, malgré le fait que vous soyez devenu une cible pour une certaine oligarchie ?

Éric Zemmour : Les lecteurs ont compris que je mettais des mots sur leurs maux et je les aide à comprendre ce qu’ils ressentent intuitivement.

Breizh-info.com : La polémique « malgré vous », sur les prénoms Français qu’il faudrait donner aux enfants de France, a fait réagir. Néanmoins, vous semblez ne faire aucune différence entre des prénoms d’origine européenne (comme chez nous, en Bretagne, où nous donnons des prénoms bretons à nos enfants) et ceux d’origine extra-européenne. Pourtant, n’est-ce pas totalement différent selon vous dans la démarche ? Le Breton sur sa propre terre doit-il s’intégrer de la même façon à la France que l’Africain hors de sa terre ?

Éric Zemmour : Ce n’est pas pareil en soi, mais les principes d’égalité de tous devant la loi font que la règle s’appliquait – et devrait s’appliquer – à tous.

Breizh-info.com : On ressent chez vous une profonde nostalgie, y compris d’une période que vous n’avez pas vécue, si ce n’est à travers les livres. La France, c’était donc mieux avant ? 

Éric Zemmour : Oui et je n’ai pas peur de le dire. S’il s’agit d’avoir la nostalgie d’une époque où la France était grande, dominait l’Europe, alors oui je suis nostalgique. Mais cela ne sert à rien de l’être sans comprendre notre passé immense, sans comprendre ce que nous sommes et non pas ce que l’on nous intime d’être en fonction des minorités d’aujourd’hui.

Breizh-info.com : Pourquoi ressentez-vous ce besoin, livre après livre, d’écrire à quel point vous aimez la France ?

Éric Zemmour : Ce besoin est lié à mon histoire personnelle mais aussi à la manière dont on a idéologisé l’histoire de France. Je ne peux pas laisser cette vision historique se répandre sans rien dire.

Depuis trente ans, quarante ans, on explique aux petits Français une histoire qui n’est pas la leur. Ils ont besoin de se réapproprier leur vraie histoire. Et sans prendre en compte l’identité chrétienne de la France, on ne comprend rien à la France. Sans assimilation, sans appropriation de cette identité chrétienne de la France, on ne peut devenir français. 

André Suares le notait déjà : « Qu’il aille ou pas à l’église, le peuple français a l’Évangile dans le sang ». Et il ajoute : « les plus graves erreurs de la France c’est quand elle met du sentiment dans la politique »Pour moi c’est l’un des fils rouges majeurs de l’Histoire de France.

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Breizh-info.com :  N’est-ce pas risqué, presque déprimant finalement, d’entretenir, comme le fait une certaine droite française, cette nostalgie, cette Histoire de France mythifiée ? Ne faut-il pas regarder vers le futur ? Ne songez-vous pas à proposer, à l’avenir, votre vision de ce que vous aimeriez dans la France du 21ème siècle ?

Éric Zemmour : D’abord, cette histoire que je raconte n’est pas mythifiée. Elle est réelle. L’Histoire qui est mythifiée, c’est celle qu’on raconte aux enfants, pour complaire aux minorités d’aujourd’hui et à l’idéologie diversitaire d’aujourd’hui. On ne peut pas regarder vers le futur si on ne connait pas son passé. « Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, nous marchons dans les ténèbres », disait Tocqueville. C’est exactement où veulent nous emmener tous les gens qui désirent effacer notre histoire au prétexte de regarder vers le futur. Le grand effacement (de notre histoire) accompagne le grand remplacement (des populations). C’est cet avenir de soumission que j’essaie de conjurer et d’empêcher.

Que répondez-vous à ceux qui vous décrivent comme ayant un rôle, même minime en tant que journaliste d’influence, dans « le choc des civilisations » qui se déroule aujourd’hui ? Ou à ceux qui vous accusent d’œuvrer à la guerre civile en France ?

Éric Zemmour : Lorsque Jacques Bainville, le journaliste-historien de l’Action française, dans un livre prophétique écrit, en 1920, « Les conséquences politiques de la paix », annonça la prochaine guerre avec l’Allemagne (et tous les événements qui se déroulèrent dans les années 30, alors même que personne ne connaissait Adolf Hitler !), la gauche et tous les républicains lui reprochèrent son bellicisme et sa germanophobie. Il répondit que « les républicains ont coutume de reprocher à ceux qui annoncent les événements funestes de les avoir provoqués. »

Propos recueillis par Yann Vallerie

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