Le dada de Marc Le Fur : la dépense publique

En bon libéral, Marc Le Fur  (LR), député de Loudéac (22), aime à prêcher en faveur d’« une réduction de la dépense publique » (Ouest-France, Bretagne, mardi 16 octobre 2018). Évidemment il se garde bien d’expliquer comment il s’y prendrait pour parvenir à ses fins si la droite revenait au pouvoir. Avantage d’une réduction forte de la dépense publique : diminution du déficit, donc ralentissement de la progression de la dette. Inconvénient : le risque serait grand de tomber rapidement dans la récession, voire dans une dépression. Car la commande publique est le moteur de l’activité économique dans de nombreux secteurs : BTP, armement, transports… Autant dire qu’une montée rapide du chômage serait à craindre si Marc Le Fur parvenait à mettre en pratique ce refrain des libéraux, « la réduction de la dépense publique ». Comment le député de Loudéac compte-t-il résoudre cette quadrature du cercle ?

On pourrait également faire remarquer à Marc Le Fur que le déficit de l’État est tel qu’une simple « réduction de la dépense publique » ne suffira pas pour parvenir à l’équilibre recettes/dépenses qui permettrait pourtant au gouvernement de ne plus avoir à emprunter sur les marchés pour boucler ses fins de mois. Marc Le Fur serait-il prêt à utiliser les grands moyens ? On peut lui proposer quelques pistes. Faire une croix sur la mission « Défense » (42,2 milliards d’euros en 2017) ? La droite s’y opposera. Faut-il supprimer la mission « Immigration, asile et intégration » (1,4 milliard d’euros en 2017). La gauche s’y opposera. Peut-on envisager de diviser par deux  les programmes « Assemblée nationale «  (517 millions d’euros en 2017) et « Sénat » (323 millions d’euros en 2017). Les parlementaires s’y opposeront (surtout Marc Le Fur qui est vice-président de l’Assemblée nationale). On pourrait songer également à diminuer le budget de la Police nationale (10,3 milliards d’euros en 2017). Mais la population s’y opposera. Nous souhaitons donc bien du plaisir à Marc Le Fur dans sa croisade en faveur de la « réduction de la dépense publique ».

L’État ne connait qu’un seul moyen pour combler ses déficits : emprunter

Depuis l’invention de l’euro et de la BCE, le gouvernement français ne dispose que d’un seul moyen pour combler ses déficits : emprunter, travail effectué par l’Agence France Trésor (service de Bercy). Rude tâche car le déficit de l’État est constant. Ainsi, pour 2017, le résultat budgétaire de l’État était arrêté à la somme de – 67,667 milliards d’euros (Loi de règlement du budget et d’approbation des comptes de l’année 2017 du 25 juillet 2018). Et on retrouve ce déficit – qui enrichit la dette – année après année, que le gouvernement soit de droite ou de gauche.

Sous le règne d’Emmanuel Macron, on ne fait guère mieux : pour 2018, le déficit de l’État (hors comptes spéciaux) est prévu à 84,3 milliards d’euros. Lorsque les amis de Marc Le Fur gouvernaient, la République française connaissait les mêmes déficits. Un exemple : le résultat budgétaire en 2011 (Nicolas Sarkozy président de la République) est arrêté à la somme de – 90,718 milliards d’euros (Loi du 31 juillet 2012  de règlement des comptes pour l’année 2011).

Marc Le Fur est également président du groupe droite et centre au conseil régional de Bretagne. Là, il fait preuve de davantage d’originalité dans son discours : « On a une assemblée, au regard de l’élection présidentielle, qui comprend des perdants et des coquins qui ont pris la place des autres. Tout ce monde-là est dans la même majorité régionale avec un président qui voulait rassembler tout le monde mais qui ne cesse de dire depuis quelques sorties récentes qu’il appartient au PS alors, et c’est curieux, que la République en marche connaît une phase un peu compliquée. » (Ouest-France, Bretagne, mardi 16 octobre 2018).

Le Drian est le seul homme politique breton d’envergure nationale que les Bretons connaissent

Marc Le Fur devrait se souvenir que la majorité dirigée par Loïg Chesnais-Girard (PS) est d’abord celle fabriquée par Jean-Yves Le Drian pour les élections régionales de 2015. Pour figurer sur la liste – vaguement de gauche – du ministre de la Défense nationale, il était simplement demandé de faire allégeance à la personne de Le Drian. D’où un cocktail supposé représenter la Bretagne dans sa diversité (politique, économique, sociale, culturelle). C’était du Macron avant l’heure.

Il faut croire que cette mixture convenait bien aux électeurs bretons puisque, au second tour, Le Drian obtenait 51,41% des suffrages, contre 29,72% pour Le Fur et 18,87% pour la liste FN. D’où une majorité écrasante de la liste Le Drian au conseil régional (53 sièges), alors que le groupe de Le Fur devait se satisfaire de 18 sièges et le FN de 12. La popularité et la notoriété de Le Drian avaient payé ; et comme « Jean-Yves » est le seul homme politique breton d’envergure nationale que les Bretons connaissent, il n’eut pas beaucoup d’efforts à réaliser pour écrabouiller Le Fur. Notons que popularité et notoriété sont les deux points faibles de Marc Le Fur. En dehors de sa circonscription, personne ne le connaît.

Rendez-vous en 2020 : Le Drian sera-t-il amené à reprendre les affaires en main ? Dans l’affirmative, on peut lui faire confiance pour monter une liste méli-mélo qui corresponde à l’ambiance qui prévaudra à ce moment-là en Bretagne. Il sait y faire en matière de dosage. Le Fur a donc du pain sur la planche pour remonter le courant. Par exemple, commencer par se donner la dimension régionale qu’il n’a pas.

Bernard Morvan

Crédit photo : DR
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