Le conflit entre zadistes qui ont pu s’accorder avec la préfecture – dits « appellistes » – et les « irréductibles », « autonomes » en marge qui ont refusé de négocier, n’en finit pas de faire des victimes. Après l’unité des opposants c’est maintenant au tour d’un des secrets les mieux gardés vis-à-vis de l’extérieur : le trafic de drogue sur la ZAD. Sur une plateforme d’extrême-gauche, un zadiste balance tout.

Sous les traits d’un « révolutionnaire du dimanche » venu découvrir la ZAD, un zadiste visiblement bien plus au fait des choses qu’il ne veut en faire croire décrit l’état des lieux actuel sur la ZAD, presque neuf mois après l’abandon officiel de l’aéroport : « 4 factions, au minimum, se partagent la zad, dans une ambiance de franche inimitié.  Une retient particulièrement l’attention: le CMDO, pour Comité de Maintien Des Occupations ».

Ces derniers – ennemis jurés des autonomistes – se voient habillés pour l’hiver :

« Cette équipe de petits malins a su jouer un coup brillant en se positionant comme parasite de la lutte menée par les paysans et les nombreux libertaires venus défendre la Zone contre la troupe de l’opération César […] Une bande de petits bourgeois parisiens , au patrimoine conséquent et relations nombreuses, venus jouer au blackblocs parce que virés de prépa, qui ont su manœuvrer pour , le temps venu, à l’abandon du projet, l’état leur concède le foncier, en échange de la Normalisation de la zone, et de l’éviction par la ruse comme par la force de tous les punkz, schlagz, trainardz, zonardz, géniez, marginoz, artistz, piratz, féees, démonz, prophètes, réfugiéz,migrantz, aventurierz,barricadierz,pouetz, falsafiz, ingouvernablz, et anarchistes qui hantent encore le bocage ».

Surtout, « Cette petite cabale de paltoqu-ets-ettes (sic) se fait aussi des gonades en platines en gérant le narcotrafic sur la zone. Les violences inévitables inhérentes a cette activité ont déja produites au moins 5 victimes civiles, retrouvées larguées devant l’hôpital de Nantes polytraumatisées, la derniere il y a quelques semaines ». Généralement après avoir été tabassées, dénudées et mises dans un coffre… comme le zadiste porte-parole des 12 « irréductibles » qui ont dégradé la RD281 en cours de réparation, tabassé dans sa cabane à la Gaité le 20 mars dernier et abandonné devant l’hôpital psychiatrique de Blain.

Ce qui revient à dire que la Préfecture de Loire-Atlantique – et donc l’Etat – a signé la normalisation de la zone et concédé des terres à des hors-la-loi… mais bourgeois. Et a eu la pacification – relative – de la ZAD en fermant les yeux sur le travail au noir, l’irrespect des normes sanitaires et agricoles par les exploitations existantes… et les divers petits trafics pour améliorer l’ordinaire. Y compris ceux qui ne se limitaient pas à la viande, le grain, la paille ou le lait…

D’ailleurs, si le texte recueille des réactions outrées, d’autres confirment. Briévement : « Les flics sont (déjà) au courant ( pour les flic-e-s qui fournissent les dites drogues ) ». Ou pas : « l’expulsion de la route des chicanes (RD281] par le mouvement – avantgardisé par le CMDO et leurs potes dans les parages – a été relativisée et étouffée a Nantes par des certains personnages qui s’organisent avec cette institution zadiste {…] ce bâtard de dealeur, fils de RG et porte parole de la zad affirmait a la Tele que maxime jamais prendrait une grenade avec sa main [il a perdu sa main en relançant une grenade offensive vers les forces de l’ordre], quand c’etait monnaie courante [….] Quand ce personnage meme, entre autres chefs de la zad, justifiaient les gens qui nous avaient tiré dessus [les forces de l’ordre, pour enlever les barricades] quelques jours avant, car ils devaient pouvoir amener, je cite ‘les enfants à l’école ».

« Ce sont les Porcs d’ANIMAL FARM, ils tiennent la propagande, ils ont les juristes et les machines, détournent le travail des sympathisants qui passent pour leur projets, l’argent des donations, le materiel, et bientot la Terre », poursuit le zadiste énervé au sujet du CMDO. Et d’achever : « La ZAD? Une opération de promotion immobilière, la spoliation d’une lutte mondiale au profit d’une petite trentaine d’enfoiré-e-s, mapulat-eurs-rices, ment-eurs-euses, violent-s-es, immatures, colériques, ignorants-es, avares, véna-ux-les, toxiques et de surcroit fort mal élevés ».

Qu’est-ce-que le CMDO ?

En juin 2018, « Le CMDO est d’abord un groupe non affinitaire de 30 ou 40 personnes issues d’une dizaine de lieux occupés sur la ZAD ». Notamment Saint-Jean du Tertre, les Fosses Noires, la Rolandière – où « l’accueil de la ZAD » est une initiative du CMDO et les brochures présentées, presque toutes du collectif Mauvaise Troupes – sont elles aussi une émanation du CMDO.

Ce dernier a aussi fait main basse dès 2014 sur le « groupe presse de la ZAD », dont les communiqués ne sont plus rédigés depuis 2016 que… par une seule personne dans la plupart des cas, mais encore la bibliothèque de la ZAD (Taslu) ou encore sur la plupart des initiatives du mouvement, discutées en « ateliers stratégie » fermés directement avec l’ACIPA et la Confédération paysanne (Copain 44). Editée par le POMPS (pas ouvert mais pas secret), la brochure « de la bile sur le feu » revient, de 2014 à 2017, sur les coups de force successifs du CMDO.

Elle donne aussi la parole à l’un des fondateurs, qui revient sur la création « en novembre ou décembre 2013 » du groupe qui s’appellait alors « décompense, dès qu’on pense » et s’était donné pour mission de réfléchir sur les mesures de compensation écologique que Vinci proposait alors à l’aéroport. « Nous nous sommes retrouvés à une quinzaine de squatteur[s] d’avant expulsion [opération César à l’automne 2012] et de personnes de villes proches impliquées dans la lutte depuis pas mal de temps. Il y avait aussi quelques personnes plus récemment arrivées sur zone qui maîtrisaient suffisamment certains codes militants et qui étaient assez impliquées dans certaines dynamiques ».

Elitiste depuis le début, le groupe décompense a commencé à dérailler avant même de devenir CMDO : coups de force en AG, noyautage, décisions annoncées sans discussion, mainmise sur la communication après la grande manifestation de février 2014, décisions unilatérales annoncées comme prises au nom de la ZAD, discussions en petit comité avec l’ACIPA puis mise en application dans l’ensemble de la ZAD, falsification de compte-rendus, événements intellectuels à Nantes et Paris dont étaient exclus les zadistes hors-CMDO, éviction de force des opposants…

Un autre texte de la même brochure donne une définition – qui se dit caricaturale mais ne l’est pas tellement – du membre du CMDO classique : « toi qui es le plus souvent un homme blanc, hétéro (et ça se sait), cisgenre bien sûr. Tu manques visiblement de rien, a des papiers, vis dans un certain confort, n’a jamais subi la précarité sans l’avoir choisie. Tu as fait des études (et ça se sent), au moins tu entends quelque chose à la rhétorique politique, sais manipuler les mots à l’oral et à l’écrit. Tu n’es ni vieux, ni mineur, et rentre dans les normes facilement. En somme tu fais partie de ce micro pourcentage de personnes qui ne subissent presque rien de ce système que tu critique tant […] en somme ce monde il est fait pour toi […] Tu es notre bourgeois ».

Emilie Lambert

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