Le squat de migrants dans le gymnase de l’ancien collège Jeanne Bernard, qui appartient au diocèse de Nantes, dans le quartier Beauséjour, risque de se pérenniser. Et ce bien que le diocèse ait demandé en Préfecture que les lieux soient libérés. Pire, le quartier risque de subir la double peine… car le diocèse avait prévu que l’ancien collège devienne un centre d’accueil de mineurs isolés étrangers – reconnus comme tels – sous l’égide de l’association Saint-Benoit Labre.

L’évêché de Nantes est en effet favorable de longue date à l’immigration de masse mais affirme désormais ne pas avoir les moyens de prendre en charge le squat qui accueille 70 migrants, mais dont le volume pourrait permettre de faire venir bien plus de monde.

Le 27 octobre, la fondation la Providence et la direction diocésaine de l’Enseignement catholique de Loire-Atlantique, à qui appartiennent les lieux, ont publié un communiqué commun pour motiver leur demande d’expulsion. « Une convention a été passée avec l’association Saint-Benoît Labre en accord avec le conseil Départemental pour accueillir et héberger très prochainement des migrants mineurs dans la partie viable des locaux […] l’autre partie des bâtiments est trop vétuste pour loger des personnes en toute sécurité […] la configuration du site ne permet pas d’envisager une occupation partagée des migrants mineurs et des migrants adultes ».

Les militants pro-migrants d’extrême-gauche soutiennent en revanche que des aménagements sont possibles pour séparer physiquement le gymnase du reste. Mais l’association Saint-Benoît Labre s’est opposée, selon nos informations, à la cohabitation des majeurs et des mineurs migrants. Elle avait prévu de rénover la cuisine et le réfectoire et d’installer les mineurs étrangers isolés dans des bungalows dans le gymnase.

Une réunion in situ a eu lieu le 30 octobre, le matin, entre les représentants du propriétaire et les occupants. « Toutefois les maigres degrés gagnés à l’intérieur ne valent pas grand-chose au vu des températures de cette fin d’automne. Les représentants en ont fait l’expérience et sont repartis convaincus de l’importance de rétablir chauffage et eau chaude ». Par ailleurs, une réunion avait lieu entre la Préfecture et l’association Saint-Benoît Labre, le même jour. Selon les militants pro-migrants, la fondation la Providence, donc le diocèse, a aussi porté plainte pour effraction – ce que nous confirme Xavier Brunier.

Nous avons interrogé ce dernier. Diacre permanent et délégué épiscopal à la Solidarité, il suit le dossier sensible pour le diocèse.

Breizh Info : Xavier Brunier, les militants qui soutiennent et ont installé le squat affirment qu’il est possible de faire coexister sur place le squat des migrants majeurs et l’accueil prévu de mineurs isolés étrangers. Est-ce vrai ?

Xavier Brunier : Ça nous paraît difficile, mais rien n’est arrêté.

Breizh Info : Cependant des riverains sont assez agacés par le flou de la situation et l’occupation du gymnase, que leur répondez-vous ?

Xavier Brunier : C’est comme partout, il y a des riverains contents qu’ils aient trouvé un toit, et d’autres qui aimeraient qu’ils trouvent un toit ailleurs.

Breizh Info : Est-ce que le diocèse a fait une demande d’expulsion ?

Xavier Brunier : Oui, mais la mise en œuvre ne dépend pas que du diocèse, des discussions sont en cours.

Breizh Info : En laissant la situation telle quelle, vous n’avez pas la crainte de donner de faux espoirs aux migrants, dont certains, déjà expulsés de Suisse ou d’Italie, ne sont de toute façon pas régularisables en France dans l’état de la loi ?

Xavier Brunier : Plus que de donner de faux espoirs, on a la crainte de mal faire les choses. Nous sommes en recherche d’humanité.

Breizh Info : Le diocèse a-t-il des missions spécifiques aux migrants, outre la Pastorale des Migrants ?

Xavier Brunier : Non, le diocèse n’a pas d’action spécifique aux migrants mais quand il y a des situations de grande précarité, on voit comment faire face. Cela dit on n’a pas les moyens de l’État ou des collectivités territoriales

Breizh Info : Il y a pourtant le foyer diocésain Saint-Jean, animé par un militant très investi dans l’accueil des migrants, et comme vous l’expliquiez dans nos colonnes il y a trois ans, sert des repas halal et ferme pendant le Ramadan.

Xavier Brunier : Il sert des repas sans porc, nuance. Et ne ferme pas à Ramadan. Il y a trois ans, ça tombait pendant l’été où il y avait moins de bénévoles, on avait fermé, c’était une bonne raison, mais là il était ouvert. Il y c’est vrai beaucoup de petites associations impliquées dans l’accueil de migrants [y compris dans le cadre paroissial] ou d’autres précarités. On s’adresse à toutes les personnes en situation difficile, avant tout.

Breizh Info : Certains nous signalent que le Grand séminaire est à moitié vide et quitte à vouloir accueillir les migrants, ce serait bien de les mettre au chaud dans des locaux équipés, puisqu’il y a de la place.

Xavier Brunier : C’est faux. Il est loin d’être vide, nous sommes en cours de réorganisation et à l’issue il sera quasiment plein comme un œuf.

Breizh Info : Puisque des structures du diocèse sont impliquées dans la volonté d’accueillir les migrants, pourquoi ne logerait-on pas des migrants chez les prêtres, diacres et autres bénévoles du diocèse qui le réclament tant ?

Xavier Brunier : On le fait déjà. C’est le réseau Welcome, 200 familles, lancé par la Pastorale des Migrants et le Secours catholique. Si ce n’est pas une initiative du diocèse, ça…

Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe

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