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Breizh-info a retracé voici quelque jours le parcours de La Délivrance, statue d’Émile Oscar Guillaume qui retrouvera sa place en bas du square du Maquis de Saffré ce 11 novembre. Cette statue avait été sculptée en 1914 sous le nom de La Victoire (ses bras levés en V célébraient la victoire de la Marne, en septembre 1914). La paix revenue, le quotidien Le Matin avait décidé d’en faire exécuter plusieurs exemplaires, sous le nom de La Délivrance cette fois. Dans son édition du 17 octobre 1919, le journal expliquait : « Il a paru au Matin que la statue de la Délivrance devrait prendre place dans toutes les villes de France et de Belgique, enchaînées pendant des mois, parfois des années, et aujourd’hui libres »
Onze de ces villes avaient accepté le cadeau proposé par le quotidien : Amiens, Bruxelles, Colmar, Liège, Lille, Metz, Reims, Mézières, Saint-Quentin, Strasbourg et Verdun. La plus empressée avait été Lille, où le premier exemplaire de la statue avait été dévoilé le 19 octobre 1919. « Votre délicate initiative contribuera à sceller à jamais dans le passé les heures inoubliables de ces années terribles », avait écrit le maire de Lille au Matin. Malgré ce « à jamais », la statue avait vite été remisée. Selon certains, elle aurait été revendue en 1927 à Nantes, ce que conteste Roland Biguenet, spécialiste d’Émile Guillaume : la statue nantaise a été achetée en direct au sculpteur assure-t-il. Du moins, la Délivrance nantaise est visible en place publique. Que sont devenues les autres ?
Des Délivrance par centaines ?
En réalité, elles ne sont ni dix ni onze mais des dizaines, voire des centaines, dans de multiples formats : la statue a longtemps figuré au catalogue de la fonderie Barbedienne. N’importe qui, homme ou institution, pouvait s’en procurer une copie. C’est ainsi que la plus connue se trouve depuis 1927 à… Londres, pas plus enchaînée que Nantes en 14-18. Installée au Henlys corner, tout près du boulevard circulaire nord de la métropole, elle a été donnée au bourg de Finchley par Lord Rothermere, cofondateur du Daily Mail et du Daily Mirror, qui deviendrait plus tard un chaud partisan d’Adolf Hitler. Il l’avait achetée à Guillaume en 1920.
Une autre Délivrance, plus petite, est installée à Chéroy, dans l’Yonne, devant la mairie. Ce n’est pas non plus l’un des onze exemplaires du Matin : cette statue d’un coût de 5.474 francs a été achetée par la commune au sculpteur en 1920 pour servir de monument aux morts. Un autre exemplaire de taille réduite a été donné en 1921 à la commune du Caire, dans les Alpes-de-Haute-Provence, également comme monuments aux morts.
Une des onze statues du Matin, celle de Metz, est aujourd’hui signalée dans le parc de la Natation messine, complexe sportif de Longueville-lès-Metz. Christiane Pignon-Feller, de la Société des amis des arts et du musée de la Cour d’Or a mené l’enquête : brièvement installée dans les salons de la mairie de Metz en 1920, la statue avait disparu dans une remise avant d’être exposée dans un musée puis de réapparaître en plein air à une date inconnue. Deux autres des onze Délivrance sont encore attestées : celle de Mézières, remisée « dans un coin obscur de la mairie » et celle de Liège, en Belgique, « en dépôt au siège social de Meusinvest », une société locale d’investissement.
D’autres exemplaires plus petits passent de temps en temps en vente publique. L’un d’eux, qui avait appartenu à Aristide Briand, a été acheté par la Ville de Nantes pour le château des ducs de Bretagne en 2008. Un autre, incomplet (l’épée manquait), a été vendu à Drouot 1.700 euros en 2015. Un exemplaire de 94 cm de haut a été vendu l’an dernier par un antiquaire de Bath, en Angleterre ; le prix annoncé était de 2.750 livres sterling (un peu plus de 3.000 euros).
L’historien nantais Xavier Trochu en dira peut-être plus lors de sa conférence à la médiathèque de Nantes (salle Jules-Vallès) sur La Délivrance le 13 novembre à 18h00.
Illustration : La Délivrance d’Émile Guillaume à Finchley (Londres) par Martin Addison, [CC] BY-SA 2.0, via Wikipedia
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