Rennes. Nathalie Appéré veut devenir « World mayor 2018 » : elle le mérite !

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Oubliez la question des migrants et des mineurs isolés étrangers qui multiplient les larcins à Rennes, la capitale bretonne. Oubliez l’explosion du coût de l’immobilier, les trafics qui s’étendent des quartiers au centre ville, ou encore les couacs que connait l’université de Rennes 2 année après année. Nathalie Appéré, maire de Rennes, est en lice pour devenir « World Mayor 2018 » c’est à dire, « modestement », le meilleur maire du monde. Au risque de rendre jalouse Johanna Rolland, sa collègue de Nantes.

Ce titre honorifique est réservé cette année aux femmes – sans que cela ne suscite de grandes envolées en raison de la discrimination de fait que cela implique. Le World Mayor Award est une récompense maintenant annuelle accordée par City Mayors qui s’adresse aux maires du monde entier. Elle est basée sur « la qualité avec laquelle les maires sont au service de leurs administrés (bien-être, etc.) mais aussi sur leur contribution au développement des villes, nationalement et internationalement. Les organisateurs insistent sur le fait que le jugement est totalement libre et que cette élection n’est ni orientée par une velléité publicitaire ni commerciale. Le choix des gagnants est basé sur le nombre de voix que les maires reçoivent par l’intermédiaire du site Web de City Mayors et la qualité et la passion des commentaires qui soutiennent leurs candidatures.»

En réalité, il suffit de consulter la liste des candidats sélectionnés pour se rendre compte qu’il ne s’agit que de maires de grandes ou moyennes villes, majoritairement européennes (1 maire africain et 4 maires asiatiques, 20 maires blanches sur 26 candidates, vous avez dit là encore discrimination ?) et de tendance « progressiste », c’est à dire « ouverts » , ici aux réfugiés, là aux droits des homosexuels, là encore à la sacro-sainte « tolérance ». Les votes sont ouverts à tous, par internet, sur le site de la fondation.

Voici la liste de toutes les sélectionnées en 2018

« S’opposer aux lois de leurs nations »

Voici quelques extrait du code d’éthique de l’organisation : «  Les maires doivent exercer la fonction de maire pour le bien commun de leurs communautés tout en s’abstenant de toute action susceptible de nuire à d’autres communautés ou au monde en général. Ils assument l’entière responsabilité de tout acte accompli par eux-mêmes ou par les membres de leur administration. Les maires ne doivent pas discriminer des individus ou des groupes en raison de leur politique, leur race, leur religion, leur sexe, leur handicap ou leur orientation sexuelle. Les maires doivent soutenir et faire respecter la lettre et l’intention des lois de leurs villes et nations ainsi que les lois internationales pertinentes. Ils exigent de tous les membres de leur administration le même degré de respect de la loi (…) Les maires sont libres de s’opposer aux lois de leurs villes et de leurs nations lorsque ces lois contreviennent à la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies …»

Les derniers gagnants furent le flamand Bart Sommers en 2016, Naheed Nenshi (Cagliari) en 2014 et Iñaki Azkuna (Bilbao) en 2012.

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« Je me méfie d’une vision essentialiste qui voudrait nous assigner à notre genre.»

Voici quelques extraits choisis motivant l’engagement de Nathalie Appéré :

« Je suis devenue Rennaise, sur le tard, à 18 ans. Originaire d’une petite ville de Bretagne, j’étais « montée à la capitale » comme le font beaucoup de Bretonnes et de Bretons, pour y poursuivre des études de sciences politiques (…) L’adoption d’un second frère venu d’Asie, à une époque où la diversité de notre société n’était pas la même, où les regards et les mots sur les différences pouvaient être blessants, a forgé, en parallèle, mon refus viscéral du racisme et des discriminations.

J’ai travaillé à la mise en place d’une carte appelée « Sortir ! » qui permet aujourd’hui à 34 000 habitants de la métropole d’assister à des spectacles, d’aller au cinéma, d’accéder à la piscine ou d’être licencié dans un club sportif. Autant d’activités que leurs faibles revenus leur interdisaient auparavant (…)

C’est aussi à ce moment que s’est bâti un nouveau dispositif d’hébergement d’urgence, qui permet à des familles migrantes, d’être logées dans le parc immobilier de la Ville. Depuis, nous avons étoffé nos outils pour pallier les insuffisances de l’État qui est pourtant compétent en la matière. Je ne veux qu’aucun enfant ne passe ne serait-ce qu’une nuit dans les rues de notre ville. Nous prenons aujourd’hui en charge quotidiennement l’hébergement de près de 450 personnes. Mais cela ne suffit malheureusement pas. Je souhaite que soit créé rapidement un nouveau centre d’hébergement d’urgence et je suis prête à y engager fortement notre Ville.(…)

La plupart des crises qui traversent nos sociétés, qu’elles soient sociale, économique, politique ou écologique, s’enracinent dans l’oubli du collectif, dans l’impasse de l’individualisme, dans l’absence d’horizons communs (…)

La progression de l’abstention, la défiance vis-à-vis des élus, le désespoir qui s’exprime par les extrêmes n’appellent pas à moins de démocratie. Ils ne doivent pas conduire les élus à se cadenasser dans leurs bureaux et leurs certitudes. Ces périls exigent au contraire de prendre des risques. Ils demandent de davantage faire confiance à l’intelligence, à l’expérience, à l’expertise des habitants. Le participatif n’est pas l’ennemi du représentatif, il en est devenu le corollaire indispensable.(…)

Les citoyens rennais sont devenus, par eux-mêmes, les premiers acteurs du défi sans doute le plus essentiel, le plus fondamental de notre époque, celui de la conversion écologique. C’est une force ! Car la bataille climatique nécessite, elle aussi, de sortir des logiques individualistes pour réinscrire nos vies dans un destin collectif. Elle ne pourra se gagner sans convaincre la population que la clé est autant dans le changement des habitudes individuelles et que des règles de notre vie commune. Il s’agit d’entraîner sans brutaliser.

Mais le temps presse pour conjurer la catastrophe. Les scientifiques ne cessent de nous alerter qu’il sera bientôt trop tard. « Il n’y a pas de planète b » mais il est possible de faire émerger des « villes b », des villes résilientes, résistantes, libérées de la dépendance au pétrole. Nous, les maires, sommes en première ligne pour impulser cette indispensable refondation. Elle concerne toutes les fonctions urbaines : les transports, les logements, l’alimentation, la santé…(…)

Comme toutes les femmes en politique, j’ai parfois dû subir le poids des préjugés et la bêtise du sexisme. Mais plus on a voulu m’abaisser, plus j’ai eu envie de lever la tête. Plus on a voulu me réduire à des clichés, plus j’ai tenu à les faire mentir. C’est encore un des moteurs de mon engagement, même si j’ai eu la chance, immense en politique, qu’on croie en moi.(…)

Je ne pense pas que les femmes exercent différemment leurs mandats. Je me méfie d’une vision essentialiste qui voudrait nous assigner à notre genre. En revanche, nous avons une responsabilité particulière envers les jeunes femmes qui, souvent saisies par le doute et le manque de confiance, hésitent à se lancer en politique.(…)

Martine Aubry et Anne Hidalgo sont aussi, parait-il, dans la course pour le fameux titre. Soyons justes : à ce concours qui pourrait aussi s’intituler, in french, « élection du maire le plus bobo et métropolitain de l’année », Nathalie, Martine et Anne ont toutes leurs chances…

Crédit photos : DR
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