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Alors que sort en librairie Sérotonine (Flammarion), le dernier roman de Michel Houellebecq, nous avons retrouvé un texte que ce dernier avait publié il y a 16 ans dans la prestigieuse Nouvelle Revue française. Fidèle à sa réputation, le romancier ne mâchait pas ses mots. Décapant.
« La littérature ne sert à rien. Si elle servait à quelque chose, la racaille gauchiste qui a monopolisé le débat intellectuel tout au long du XXe siècle n’aurait même pas pu exister. Ce siècle, bienheureusement, vient de s’achever ; c’est le moment de revenir une dernière fois (on peut du moins l’espérer) sur les méfaits des “intellectuels de gauche”, et le mieux est sans doute d’évoquer Les Possédés, publié en 1872, où leur idéologie est déjà intégralement exposée, où ses méfaits et ses crimes sont déjà clairement annoncés à travers la scène du meurtre de Chatov. Or, en quoi les intuitions de Dostoïevski ont-elles influencé le mouvement historique ? Absolument en rien. Marxistes, existentialistes, anarchistes et gauchistes de toutes espèces ont pu prospérer et infecter le monde connu exactement comme si Dostoïevski n’avait jamais écrit une ligne. Ont-ils au moins apporté une idée, une pensée neuve par rapport à leurs prédécesseurs du roman ? Pas la moindre. Siècle nul, qui n’a rien inventé. Avec cela, pompeux à l’extrême. Aimant à poser avec gravité les questions les plus sottes du genre : “Peut-on écrire de la poésie après Auschwitz ?” ; continuant jusqu’à son dernier souffle à se projeter dans des “horizons indépassables” (après le marxisme, le marché), alors que Comte, bien avant Popper, soulignait déjà non seulement la stupidité des historicismes, mais leur immoralité foncière. »
Michel Houellebecq, « Sortir du XXe siècle », La Nouvelle Revue française, avril 2002.
Crédit photo : Fronteiras do Pensamento/Wikimedia (cc)
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