Paul KLOBOUKOFF, auteur du livre « Rénover la gouvernance économique de la France », et membre de l’Académie du gaullisme, nous adresse un texte à propos du bilan économique 2018 et des perspectives 2019 pour la France. Nous le reproduisons ci-dessous, dans sa version résumée (la version intégrale étant disponible ici, sur téléchargement).

La dynamique de croissance cassée par Macron et ses « réformes »

Après une longue torpeur, la France a retrouvé une dynamique de croissance à l’automne 2016. Le Produit intérieur brut a bondi de + 0,6% au 4ème trimestre et une timide inversion de la « courbe du chômage » a commencé… sous la présidence de Hollande. Sur la lancée,  le PIB a ensuite gagné + 0,8%, + 0,6%, + 0,6%, puis + 0,7% au cours des quatre trimestres de 2017. Les comptes annuels de la nation ont fait état d’un taux de croissance inespéré de + 2,3% entre 2016 et 2017. En fin 2017, l’Insee prévoyait une croissance de l’ordre de + 2% entre 2017 et 2018.

Un fastueux présent avait ainsi été offert par François à son dévoué et fidèle collaborateur Emmanuel, devenu président en mai 2017. Un cadeau d’autant plus appréciable que, suivant la croissance, les rentrées fiscales battaient des records dès le début de 2018, tandis qu’aussitôt au pouvoir, Macron s’était employé à remplir les goussets des plus riches, les premiers de cordée, et à chambouler la fiscalité, à surtaxer les retraités, les classes moyennes et l’immobilier, à mettre sous séquestre les ressources des collectivités locales… sans indiquer et, apparemment, sans savoir précisément où tout cela conduirait et ce que cela impliquerait.

En mars 2018, l’Institut a revu à la baisse ses prévisions pour le début de l’année 2018, s’attendant à une consommation « en demi-teinte », consécutive au choc fiscal (hausses de la CSG, des taxes sur les carburants et le tabac), au gel des retraites et des salaires dans la fonction publique, notamment. L’exécutif n’a pas entendu ces réserves. En avril, il a présenté à la Commission européenne un « programme de stabilité » basé sur des perspectives de croissance plus fortes que celles de la loi de finances pour 2018 promulguée en décembre 2017 (qui étaient de + 1,7%) et une trajectoire des finances publiques 2018-2022 revigorée. Le PIB devait croître de + 2% en 2018 et de + 1,9% en 2019, puis de + 1,7% par an de 2020 à 2022. Des prévisions qu’il a qualifiées de « prudentes ». Le secteur marchand devait créer 250 000 postes en 2018 et encore 225 000 en 2019 (contre 240 000 en 2017). L’emploi total devait progresser de +  1 % en 2018, de + 0,8% en 2019 et en 2020. Quant au chômage ? Je n’ai pas trouvé d’objectif chiffré dans les 82 pages du programme. L’exécutif s’y est engagé à réduire la dépense publique à 56% du PIB en 2018, puis à 54,9 % en 2019 pour descendre à 51,7% en 2022. Le taux des prélèvements obligatoires (PO) devait être abaissé à 45% en 2018, à 44,0% en 2019, puis maintenu à 44,3% de 2020 à 2022. Il n’était donc pas dans ses intentions de relâcher de sitôt la pression fiscale. Dans ces conditions, le déficit public devait être ramené à 2,3% du PIB en 2018, puis à 2,4% en 2019, avant de se résorber en fin de quinquennat. Autre promesse : la baisse du ratio dette publique/PIB à 96,4% en 2018, 96,2% en 2019, puis à 94,7% en 2020 et à 89,2% en 2022.

Las, en décembre, les comptes nationaux trimestriels ont montré une rupture et une croissance en berne depuis le début de l’année 2018 : de + 0,2% au 1er trimestre, + 0,2% au 2ème et + 0,3% au 3ème. Et l’Insee a prévu + 0,2% au 4ème trimestre… en tenant compte d’un possible impact macroéconomique de – 0,1% de la « crise des gilets jaunes ». Ainsi, entre 2017 et 2018  la hausse du PIB serait de + 1,5%, grâce à la croissance déjà acquise à la fin de 2017. Tandis que pendant les douze mois de 2018, la croissance se limiterait à + 0,9%. Les créations d’emploi dans le secteur marchand ne seraient que de 107 000. Aussi, le taux de chômage (au sens du BIT), qui était de 8,9% au 4ème trimestre 2017, est remonté à 9,1% au 4ème trimestre 2018.

Le déficit des échanges extérieurs de la France monterait de 0,57% du PIB en 2017 à 0,92% du PIB  en 2018, selon les prévisions datant d’octobre du FMI. L’absence d’une véritable stratégie industrielle, le soutien financier apporté sans contreparties aux grandes entreprises, de plus en plus transnationales, ainsi que la surévaluation de l’euro pour l’économie française, ne sont pas étrangers à cette faiblesse structurelle.

Dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2019 présenté en septembre 2018, les dépenses publiques et les PO  inscrits pour l’année 2018 sont de près de 20 milliards € supérieurs à ceux de 2017. Et le déficit public, qui était chiffré à 2,6% du PIB, a été porté à 2,7% le 17 décembre par l’Assemblée nationale.

Le dérapage de la dette publique est très préoccupant. Son montant brut s’élevait à 2 218,4 Mds € à fin 2017 et représentait 96,8% du PIB. Au 28 décembre, il atteignait 2 344,9 Mds €, soit 99,5% du montant du PIB 2018.  Ainsi, au cours de l’année, la dette publique a cru de + 126,5 Mds €. C’est énorme ! Surtout pour une croissance du PIB qui n’atteindrait pas + 1% au cours de l’année. Décidément, les mesures macroniennes coûtent très cher à la France. Pourquoi un tel silence sur ces contreperformances de la gestion économique de notre pays ?

Des perspectives 2019 poussives habitées par la méfiance

L’Insee prévoit une progression du PIB de + 0,4% au 1er trimestre 2019, de + 0,3% au 2ème trimestre et un acquis de croissance de seulement + 1% à l’été 2019. Aussi, même si le PIB croissait de + 0,4% au 3ème et au 4ème trimestre 2019, le taux de croissance entre 2018 et 2019 ne serait que de + 1,3%, d’après le chef du service de conjoncture de l’Institut. Ce pronostic prend en compte les dernières mesures annoncées en faveur du pouvoir d’achat (hausse de la prime d’activité, baisse de la CSG pour les retraités aux revenus modestes, défiscalisation des heures supplémentaires), dont l’Institut attend une augmentation de + 0,5% du revenu disponible des ménages. La question principale serait de savoir si ce supplément de revenu va être dépensé pour la consommation ou s’il va grossir l’épargne, le moral des ménages étant  bas. L’investissement des entreprises continuerait à augmenter, mais à un rythme en baisse, + 0,6% par trimestre d’ici l’été. La balance du commerce extérieur serait encore déficitaire. Au premier semestre, la production industrielle stagnerait et les entreprises ne créeraient que 64 000 emplois, malgré la transformation du CICE (Crédit d’impôt compétitivité emploi) en diminution des cotisations patronales.

Pourtant, la loi de finances (LDF) pour l’année 2019, promulguée le 28 décembre 2018, est basée sur une prévision de croissance de + 1,7% entre 2018 et 2019. Réaliste, sincère ? La LDF prévoit de limiter la dépense  publique à 54% du PIB, le taux des prélèvements obligatoires à 44,2% et le déficit public à 3,2%. Difficile à croire, puisque le 16 décembre nous avons pu lire ces propos du  nouveau président de l’AN, Richard Ferrand : « Nous assumons d’avoir un déficit plus élevé que prévu – sans doute à 3,4% du PIB ». «  Il s’agit d’un pic conjoncturel, non d’une trajectoire structurelle. La transformation du CICE en baisse des charges pérenne représente un effort exceptionnel estimé à 0,9%. Nous serons donc à 2,5% en 2020 ». Bien sur, bien sur ! Et, pas de problème, puisque le Commissaire européen Pierre Moscovici a jugé le budget « pas irréaliste » et « limité et acceptable ».

Les hausses du pouvoir d’achat annoncées: des leurres pour gogos ?

Après avoir augmenté (en volume) de + 1,1% en 2017, les dépenses de consommation des ménages n’ont cru que de + 0,8% en 2018. Elles « rebondiraient » de + 1,4% en 2019. Ces faibles hausses sont liées  à celles du pouvoir d’achat (PA) du Revenu disponible brut des ménages, qui a été laminé par le retour de l’inflation. Elles sont chiffrées à + 1,4% en 2017, autant en 2018 et (peut-être) jusqu’à + 2% en 2019, grâce aux mesures décidées par le chef d’Etat. La population de la France augmentant de près de + 0,6% par an, les gains de PA par personne sont donc limités à + 0,8 % par an entre 2016 et 2018 et pourraient dépasser + 1% en 2019… en moyenne. C’est peu ! Et les pertes de CA dont se plaignent des commerçants ne sont sans doute pas imputables aux seules « violences » des gilets jaunes.

D’autant plus que les grands et presque seuls bénéficiaires de la redistribution orchestrée par Macron sont les très riches et, parmi eux, les 1 à 2% de la population, les ultra-riches. A l’opposé, les grands perdants en terme de pouvoir d’achat sont les contribuables des classes moyennes et, parmi eux, plus particulièrement, les retraités.

Tel qu’il est défini par l’Insee, le PA du revenu disponible brut des ménages, évalué à 1 389 milliards (Mds) € en 2017, ne tient pas compte de la dévalorisation de l’argent liquide qu’ils détiennent et des dépôts sur leurs comptes bancaires. Un magot de 1 499 Mds € à fin 2017 qui a perdu de sa valeur en 2017, en 2018, et qui continuera à se dévaloriser au moins jusqu’à 2020 si la politique punitive, répressive, de rémunération de l’épargne ne change pas.

D’après la Banque de France, le taux moyen de rémunération des dépôts bancaires des ménages a été de 0,89% de septembre à novembre 2018. Le prix moyen de la consommation des ménages ayant augmenté de + 1,4 %, le magot ci-dessus a été dévalorisé de – 0, 5 à – 0,6%, soit de – 7,5 Mds € à – 9 Mds €. Nette de cette amputation, la hausse du PA a donc été inférieure à + 0,9%. Voilà aussi pourquoi la consommation des ménages a  peu progressé en 2017 et en 2018. Beaucoup de ménages ont « économisé » pour tenter de maintenir  la valeur réelle de leur épargne.

Pénaliser l’épargne des ménages pour les pousser à consommer (et fournir de l’argent à vil prix aux banques) s’est avéré être et reste une erreur de stratégie. Surtout lorsqu’elle est associée au blocage des salaires dans la Fonction publique et des pensions des retraités, dont nombre ont aussi souffert de la hausse de la CSG, sans compensation.

En fait, la réforme des retraites, prétendument à l’étude, est mise en pratique depuis plus de deux avec l’objectif premier d’abaisser le niveau des pensions de façon à réduire leur « coût » global. Double peine, la pénalisation de l’épargne vient interdire aux retraités et ceux qui approchent de l’âge de la retraite de recourir à la solution de sauvetage que constituerait pour eux la « capitalisation » spontanée et individuelle. C’est une erreur de politique économique et sociale de plus, car, inévitablement, l’abaissement recherché des pensions ne pourra pas se passer de plus de capitalisation. Il vaudrait mieux le reconnaître, reconsidérer la question et « réformer » en conséquence.

Paul KLOBOUKOFF

Le 18 janvier 2018

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