Anne Danjou est la présidente de l’association Bien Vivre en Anjou, qui lutte contre la méthanisation dans sa région et à travers toute la France. Elle a répondu aux questions de Breizh Info sur ce phénomène autour duquel les polémiques se multiplient…

Breizh-info.com : Pouvez-vous nous présenter l’association Bien Vivre en Anjou en quelques mots ?

Anne Danjou : C’est une association qui a pour but de défendre l’humain, le patrimoine naturel et construit, et l’environnement, les lieux où l’on vit. Elle a vu le jour il y a un an et demi. Au début nous n’étions qu’un petit collectif mais nous nous sommes rendu-compte que cela ne servait absolument à rien parce que les services de l’état ne nous entendaient pas du tout, donc on a décidé de créer une association et ça a tout de suite changé la donne. Nous avons été reçus en sous-préfecture et en préfecture et la DREAL (Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) nous a pris au sérieux.

Breizh-info.com : Pour les non-initiés, qu’est-ce que la méthanisation ?

Anne Danjou : La méthanisation, c’est produire du gaz à partir de déchets. On appelle ça du biogaz mais ça n’a rien de bio. Nous ne sommes pas contre la méthanisation mais nous nous rendons compte sur le terrain qu’il y a énormément de dérives puisque les pouvoirs publics ne sont pas capables de la surveiller et de la contrôler, ils n’ont rien mis en place pour ça, ce qui fait que les DREAL encouragent les agriculteurs à installer des méthaniseurs mais sans surveiller ensuite, pas plus d’ailleurs qu’ils ne surveillent les groupes industriels comme Suez. Ils n’ont pas les moyens humains de les surveiller car il y a de moins en moins de fonctionnaires, ils partent aussi du principe que la méthanisation est à la mode alors ils ferment les yeux.

Breizh-info.com : Qu’est-ce que les méthaniseurs et en quoi sont-ils nocifs ?

Anne Danjou : Cela ne devrait pas s’appeler un méthaniseur mais un réacteur de méthanisation. Celui-ci permet de produire du gaz, c’est nocif car il n’y a pas de contrôle au niveau des fuites de gaz. Il faut savoir que le gaz est extrêmement volatil et que les méthaniseurs, dans la mesure où ils contiennent de l’hydrogène sulfuré, sont très corrosifs, et au bout de quelques années des fissures et des déchirures apparaissent sur les cuves de méthanisation, ainsi que sur les conduits et sur les bâches. Cela provoque des fuites importantes de gaz toxique voire mortel, du méthane, de l’ammoniac… En général, quand vous dites à un Maire qu’il y a un danger, qu’il y a matière à inquiétude, il répond que tout est sous contrôle. Nous avons interrogé WWF qui est devenu partenaire de GRDF, ils nous ont répondu qu’il n’y a pas de minimum ou de maximum de pourcentage de fuite autorisé, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de contrôle aujourd’hui en France. On nous a dit que les pouvoirs publics n’ont pas encore mis de protocole en place. Sachez que le méthane est 25 fois plus un gaz à effet de serre que le CO2, donc il ne faut pas nous dire que c’est bien pour la planète.

Breizh-info.com : Des initiatives contre la méthanisation comme la vôtre apparaissent dans plusieurs régions de France depuis quelques mois, y a-t-il eu un événement déclencheur ?

Anne Danjou : Il n’y a pas eu d’élément déclencheur. Monsieur Hulot, quand il était ministre, a déréglementé les ICPE, les installation classées pour la protection de l’environnement, donc des méthaniseurs peuvent aujourd’hui s’installer sans étude d’impact et sans enquête publique. Les agriculteurs sont poussés à en installer parce que les chambres d’agriculture, les pouvoirs publics, les DREAL et la FNSEA les poussent vers ce modèle. Ils pensent pouvoir faire de l’argent mais un grand nombre sera ruiné. Il y a énormément de nuisances, c’est une infection, il y a des odeurs pestilentielles qui rendent les riverains complètement fous, dont la vie devient un enfer. Cela se passe partout en France, des associations comme la nôtre ont donc vu le jour partout dans le pays et se sont mis en relation sur internet. On s’est rendu compte que les DREAL ne remplissent leur rôle nulle part. Ils cherchent à isoler les opposants aux méthaniseurs.

Breizh-info.com : Est-ce que cela provoque des problèmes de santé ?

Anne Danjou : Oui, cela entraîne des problèmes ophtalmologiques, des problèmes respiratoires, des nausées…c’est l’enfer ! Certains des gaz provoquent  parkinson, Alzheimer, des cancers… Je rappelle qu’il n’y a pas de contrôle et que les usines peuvent dégazer autant qu’elles le souhaitent ! Il faut aussi imaginer les conséquences sur les sols à cause des produits chimiques.

Breizh-info.com : Quelle est la situation en Bretagne ?

Anne Danjou : Je dirais qu’en Bretagne c’est un petit peu mieux qu’ailleurs dans la mesure où il y a une super association qui s’appelle Eau et Rivières de Bretagne qui a déjà tiré la sonnette d’alarme de façon importante. En comparaison, en Pays de Loire, la DREAL annonçait la mise en place de 1 500 méthaniseurs en trois ans…

Breizh-info.com : Comment votre association mène-t-elle la lutte et quel poids avez-vous ?

Anne Danjou : Nous avons un petit peu de poids en Anjou. il y a ici une usine qui s’appelle Méta Bio et qui appartient à Suez, qui a bénéficié d’un laisser faire épouvantable, mais ils se sont pris trois arrêté de mise en demeure depuis que l’association existe. Il n’y avait aucun contrôle là-bas, donc nous avons porté plainte auprès du procureur de la République d’Angers.
On a écrit à la préfecture, qui a égaré notre courrier, on a donc envoyé une copie, le préfet a fini par nous recevoir et on lui a exposé toutes les anomalies qu’il y avait dans l’usine. Le préfet s’est rendu compte qu’il n’y avait aucune analyse d’effectuée et qu’elle s’était autorisée plusieurs épandages illicites. Il leur a donc demandé toutes les vérifications que notre association réclamait.

Breizh-info.com : Quelles sont vos prochaines échéances ?

Anne Danjou : Il y a un salon du biogaz à Rennes qui commence le 30 janvier. Nous souhaitons alerter les agriculteurs, sur les risques mais aussi sur le fait que les méthaniseurs ne sont pas rentables. On veut les prévenir que lorsqu’ils feront faillite, ce sont les banques et les groupes industriels qui récupéreront leurs terres. Les alerter est donc une priorité.

Liens utiles:
Association Bien Vivre En Anjou ABVEA Méthanisation
Collectif National Vigilance Méthanisation CNVM
Collectif Scientifique National Méthanisation raisonnée 

Propos recueillis par Alexandre Rivet

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