Le 3 février aura lieu le Superbowl, la finale du championnat de football américain. Celle-ci opposera les New Englands Patriots, un club basé à Boston, aux Los Angeles Rams. Pour ce match hors du commun, nous vous proposons une rapide présentation des deux équipes mais surtout une explication des règles, de l’envers du décor du sport professionnel américain, avec un brin de politique. Les passionnés de NFL ou les curieux auront également quelques conseils « ciné ».

Comment les Patriots et les Rams se sont qualifiés pour le Superbowl…et qu’est-ce que c’est ?

Les premiers se sont qualifiés pour cette prestigieuse finale pour la 3ème saison consécutive et même pour la 9ème fois en 18 ans. Vainqueurs en 2001, 2003, 2004, 2014 et 2016, ils avaient dû s’incliner l’année dernière face aux Philadelphia Eagles.
Leur joueur phare est la quarterback Tom Brady, considéré par beaucoup comme le plus grand joueur de l’histoire de la discipline. Il a cette fois encore été décisif en distribuant des ballons millimétrés, et les Patriots l’ont emporté 37-31 face aux Kansas City Chiefs.

Quelques unes des plus belles actions de Tom Brady…

Pour les néophytes, un quarterback dirige l’attaque et délivre les passes pour ses coéquipiers qui inscrivent les touchdown. Pour ceux qui ignorent les règles et les modalités, une équipe de football américain est composée de 11 joueurs différents pour les phases de jeu défensives et offensives. Des configurations particulières peuvent être mises en place lors des situations de coups de pied. Les remplacements sont illimités.
Un touchdown rapporte 6 points (+ 1 point supplémentaire en cas de transformation, règle semblable à celle du rugby). Pour le marquer, il faut franchir la ligne d’en-but après avoir parcouru la moitié de terrain adverse. L’équipe qui attaque a 4 tentatives pour franchir 10 yards (environ 9 mètres). Si elle y parvient, elle a droit à une nouvelle série de ce genre pour progresser jusqu’à l’en-but. Vous avez saisi ? Si ce n’est pas le cas, rendez-vous sur cette page où les règles sont expliquées en détails et avec brio !
Détail important : un match se joue en quarts-temps de 15 minutes, même si la durée effective est bien plus longue avec les différents arrêts de jeu (et les pauses publicitaires, mais nous y reviendrons).

Les outsiders de cette finale seront les Los Angeles Rams, qui sont quant-à eux venus à bout des New Orleans Saints, non sans mal et avec une grosse polémique à la clé. Une action défensive jugée par la plupart des observateurs et des fans comme illicite aurait dû leur coûter la victoire avant la fin du temps réglementaire. Les arbitres en ont décidé autrement, ne sifflant aucune faute et envoyant tout le monde en prolongation quelques minutes plus tard. Les Rams n’ont pas laissé passer une telle opportunité. Ils se sont imposés grâce à un field goal (coup de pied) à 57 yards (environ 52 mètres, soit une très longue distance !) transformé par leur kicker Greg Zuerlein. Score final, 26-23.

Ce 53ème Superbowl rappellera celui de 2002 lors duquel les Patriots avaient battu les Rams, déjà avec l’aide de Tom Brady. Mais à l’époque, les Rams évoluaient non pas à Los Angeles, où ils ont emménagé seulement en 2016, mais à Saint Louis. Les équipes de sport professionnel américain sont des franchises. Il arrive occasionnellement qu’elles changent de ville au gré des enjeux économiques.  Les Rams sont l’un des exemples les plus extrêmes. C’est à Cleveland, dans l’Ohio, qu’ils ont été fondés en 1937 avant de déménager à Los Angeles en 1946, à Saint Louis en 1994 et  à nouveau à Los Angeles il y a 3 ans.
La NFL comporte 32 franchises divisées en deux conférences. Les Patriots représenteront l’American Football Conference tandis que les Rams représenteront la National Football Conference.

Les Rams ont déménagé plusieurs fois mais avaient déjà évolué à Los Angeles de 1946 à 1994

Le match sera diffusé en direct sur TF1 dans la nuit du 3 au 4 février prochain, décalage horaire oblige. La chaîne retransmettant habituellement la NFL, beIN Sports, proposera également le match à ses abonnés, avec une couverture qui plaira davantage aux connaisseurs. Le foot US n’est pas le sport américain le plus suivi dans l’hexagone. Il est par exemple loin derrière le basket. Il a tout de même de nombreux amateurs et un site spécialisé très complet, touchdownactu.com. Un championnat de foot US a également lieu en France. Sachez ainsi que le club le plus couronné est le Flash de La Courneuve avec 11 titres. Les meilleurs clubs bretons n’évoluent qu’en troisième division. On y trouve en effet les Dockers de Nantes, les Licornes de Saint-Brieuc, les Mariners de Vannes et le Tonnerre de Brest, que n’aurait pas renié Hergé.

Derrière la NFL, argent et politique

Nous avons vu l’aspect sportif du Superbowl et de la NFL, mais le championnat nord-américain et sa finale ont d’autres facettes.

Le Superbowl est ainsi la rencontre sportive la plus suivie aux Etats-Unis chaque année avec plus de 110 millions de spectateurs. C’est ainsi l’occasion pour les plus grandes marques de toucher le plus grand nombre de consommateurs potentiels. Les publicités se vendent à prix d’or. Les 30 secondes d’antenne reviennent à près de 5 millions de dollars.
Le soir du match, des records de vente de pizzas, de bières et autres denrées alimentaires sont enregistrés. 1,3 milliards d’ailes de poulet seront dévorées ce soir-là.
En 2018, il fallait payer en moyenne 5 700 dollars soit 4 600 euros pour arracher une place au stade.
La popularité du foot US n’échappe à personne. C’est par exemple à la mi-temps d’un match de saison régulière que Disney avait décidé de diffuser une bande annonce exclusive de Star Wars épisode 8 en octobre 2017, l’un des films les plus attendus à l’époque.

Le Superbowl 2019 aura lieu dans le flambant neuf et ultra-moderne Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta

Mais ce qui a fait le plus parler de la NFL depuis deux ans est certainement l’opposition entre le président Donald Trump et une partie des joueurs afro-américains du championnat.

Lors de l’été 2016, période où démarrait la nouvelle saison, le joueur des San Francisco 49ers Colin Kaepernick a initié un mouvement de protestation contre le racisme que subiraient les afro-américains aux Etats-Unis. Rapidement, plusieurs joueurs lui ont emboité le pas et repris son geste de protestation : Kaepernick reste en effet un genou au sol lors de l’interprétation de l’hymne américain, qui précède toutes les manifestations sportives au pays de l’oncle Sam.

Colin Kaepernick, rebelle…mais en Une du Time

Ces revendications, du moins leur forme, ont déplu à beaucoup de fans de foot US, ayant la réputation d’être plus « Républicains » que « Démocrates ». Par contre, elles ont reçu le soutien des équipementiers, des médias, d’autres sportifs d’autres disciplines comme le basketteur LeBron James et bien sûr du camp Clinton. Mais quelques mois plus tard,  c’est Donald Trump qui débarquait à la Maison Blanche. La guerre a commencé immédiatement, le nouveau président ne goûtant pas vraiment aux critiques antipatriotiques des athlètes.
Parmi ses « punchlines », retenons en deux. Dans la première, solennelle mais provocatrice, il estimait « honteux que des joueurs s’agenouillent pendant l’hymne national alors que des jeunes soldats perdent des bras et des jambes pour défendre le pays ». La seconde, offensive et même carrément insultante, suggérait que « ces fils de putes doivent être virés ».

Preuve que les joueurs afro-américains n’ont pas convaincu tout le monde, Tom Brady en personne s’affichait avec une casquette « Make America Great Again » durant la campagne du trublion milliardaire.

Une jolie casquette rouge dans le casier de Tom Brady, la star des New England Patriots

En avril dernier, Amnesty International a remis un prix à Colin Kaepernick pour son « engagement militant » et  son « courage exceptionnel ». Le Time et Nike lui ont également rendu hommage. Les quelques athlètes qui avaient soutenu Trump, comme Brady ou le basketteur Spencer Hawes, n’avaient pas eu droit à de tels honneurs pour leur contribution politique mais plutôt à des menaces, des insultes et des moqueries.

Al Pacino, Tom Cruise, Will Smith…le foot US au cinéma

Hollywood a tellement souvent utilisé le football américain comme support de ses films qu’il serait quasi-impossible d’en faire une liste exhaustive. Celui qui a la meilleure réputation est peut-être L’Enfer du dimanche, sorti en 1999. Dans celui-ci, Al Pacino (Scarface, L’Impasse, Donnie Brasco, Heat…) joue un vieil entraîneur qui tente de mener l’équipe de Miami et sa jeune vedette ingérable jusqu’au sommet. Le discours de motivation qu’il proclame à l’occasion d’une rencontre décisive est un modèle du genre, et même une référence cinématographique phare des années 90.
Notez que pour la version française, le commentateur des matchs que l’on entend dans le film est doublé par George Eddy, célèbre journaliste sportif franco-américain officiant sur Canal+.

Changement de registre avec Jerry Maguire (1996), où l’on retrouve un acteur brillant mais qui n’a pas tout à fait l’allure d’un footballeur américain, Tom Cruise. Il interprète en fait un agent de joueur manipulateur qui décide de se remettre en question, laissant éclater sa sensibilité…et tombant amoureux. La romance est un élément important du film, cela pourra peut-être donner envie à votre conjointe de s’intéresser au sport !

Le Plus Beau des combats (2000) est une œuvre hollywoodienne typique. Les Noirs et les Blancs d’une équipe de jeunes se détestent, se font des crasses (surtout les Blancs, évidemment) puis se pardonnent et se réconcilient pour remporter la victoire. Un scénario classique mais qui a rencontré un franc succès, basé qui plus est sur une histoire vraie datant de 1971. Le point fort est incontestablement la bande originale signée Trevor Rabin.

Enfin, l’un des plus récents est aussi l’un des plus sérieux et polémique. Seul contre tous (2015) retrace l’histoire vraie du neurologue pathologiste Bennet Omalu (joué par Will Smith), qui a œuvré au début des années 2000 pour dénoncer les risques de la pratique du football américain. Ce sport chéri par les Etats-Unis provoque chaque année de graves blessures, des lésions (notamment des encéphalopathies traumatiques) voire des décès, tant les chocs à la tête sont violents malgré le port du casque et d’une tenue aux allures de véritable armure.

Difficile pour un homme d’attaquer l’une des ligues professionnelles les plus populaires du monde, mais le docteur Omalu l’a fait. En vain ou non, difficile de l’estimer, mais il aura au moins permis de mettre sur la place publique un réel problème. Le foot US, contrairement à ce qu’il tente de faire croire, n’est pas toujours étincelant. Cela finit parfois à l’hôpital ou en fauteuil roulant….

Alexandre Rivet

Crédit photos : DR
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