Emmanuel Macron l’a écrit : « Pour moi, il n’y a pas de questions interdites »

La lettre d’Emmanuel Macron aux Français présentait plusieurs inconvénients : trop longue, trop générale, ne correspondant pas aux attentes des classes populaires. Le Président ne sait pas parler au peuple ; il croit parler à des énarques. Dans ces conditions, le mécontentement des Gilets jaunes demeure ; on s’en rend compte chaque samedi.

Emmanuel Macron a donc envoyé une longue lettre aux Français afin de leur expliquer les tenants et les aboutissants  du « Grand débat national ». La rédaction du Figaro a entrepris de relever les mots qui brillent par leur absence dans cette missive : président, Mélenchon, Le Pen, Wauquiez, Faure, procréation médicalement assistée, Union européenne, impôt sur la fortune, Gilets jaunes, pouvoir d’achat (mercredi 16 janvier 2019). Pourtant, tout le monde (Président et journalistes) a oublié le mot-clé qui se trouve à l’origine de l’affaire des Gilets jaunes : la ruralité. Donnée que les urbains ignorent systématiquement.

« Blabla », « enfumage », « grand n’importe quoi »

Le plus souvent, la réaction des Gilets jaunes à cette lettre est négative : « Blabla », « enfumage », « grand n’importe quoi ». Voilà de quoi décevoir un Macron qui affirmait : « Pour moi, il n’y a pas de questions interdites ». Et les Bretons ne sont pas moins virulents dans leur critique de la prose élyséenne.

A tout seigneur, tout honneur, commençons par Jacline Mouraud, l’accordéoniste de Bohal (près de Ploërmel) : « On a l’impression que Macron dit sa messe et qu’il répond lui-même à toutes les questions. C’est « chassez le naturel, il revient au galop » : la seule once d’empathie que j’ai cru déceler chez lui, c’était dans son discours du 10 décembre. Mais là ? Il est à des années-lumière de nous. Pourquoi n’a-t-il jamais reçu de « gilets jaunes » d’ailleurs ? Il a peur de nous ou quoi ? Chirac ou Mitterrand, eux, il y a longtemps qu’ils l’auraient fait ! »

« Pas un mot sur les blouses blanches !  »

Comme nombre de Gilets jaunes, elle regrette qu’il n’y ait « pas un mot sur l’ISF » dans cette lettre : « Car nous, ça y est, les efforts, on les a tous faits ! Aux riches de les faire maintenant ! Je sais bien que l’ISF rapporterait très peu, mais la symbolique est là : Macron va être obligé de le rétablir. » Et « pas un mot sur les blouses blanches ! », regrette-t-elle encore. Alors qu’ils sont dans une merde monstre dans les Ehpad, et que tout notre système de santé se délite… » (Le Figaro, mardi 15 janvier 2019).

Une observation : « Jacline » se trompe lorsqu’elle affirme que « l’ISF rapportait très peu ». Il a rapporté 4,23 milliards d’euros dans les caisses de l’État en 2017. Avec sa transformation en « impôt sur la fortune immobilière », la recette tombe à 1,2 milliard en 2018. Soit un manque à gagner pour l’État de 3 milliards d’euros (Le Monde, mercredi 5 décembre 2018).

« Les gens attendent des faits, pas de la littérature ! »

André Bourlard (Lorient) va droit au but : « De toute façon, ici, personne n’en parle : les gens attendent des faits, pas de la littérature ! » Dans une vidéo sur sa page Facebook, Maxime Nicolle (Saint-Brieuc), alias Fly rider, étrille cette « lettre de Manu » et « un débat déjà biaisé ». « Pas un mot sur Benalla, sur la fraude fiscale des grosses entreprises, sur les gens qui crèvent la dalle, pas un mot sur le RIC, pas un mot sur le recul des privilèges, fustige-t-il. Il essaie de faire une leçon de morale comme si on était des enfants et que c’est papa qui parlait » (Le Figaro, mardi 15 janvier 2019).

Évidemment, ceux qui voient le mal partout auront compris que le « Grand débat national » relève de la tambouille politicienne. En occupant le terrain pendant deux mois avec cette grosse ficelle, Macron et Philippe espèrent bien qu’à fin mars la contestation des Gilets jaunes aura pris fin. Mais ce geste de « bonne volonté » a un effet immédiat positif : il permet au président de regagner quatre points dans le baromètre Ifop-JDD (20 janvier 2019). A la question : « Êtes-vous satisfait ou mécontent d’Emmanuel Macron comme président de la République ? », 27% des personnes se déclarent satisfaites, contre 23% en décembre. C’est toujours ça de gagné !

Bernard Morvan

Crédit photo : Thomas Bresson/Wikimedia (cc)
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