S’ils ne le savaient pas, ils le savent maintenant : les femmes et les hommes de la classe dominante les méprisent. Si bien que les Gilets jaunes appartiennent  à la catégorie des « invisibles ». Mais, depuis trois mois, ils ont entrepris de montrer qu’ils existent.

Avec le mouvement des Gilets jaunes, on a vu réapparaître  le mépris de classe. «  C’est en effet un des grands mérites des Gilets jaunes d’avoir été un révélateur de ce mépris de classe qui, sous l’effet de la peur, peut-être, ou plus certainement de la morgue de celui qui n’a aucune envie de transiger sur ses privilèges, s’est exprimé de manière décomplexée », explique David L’Épée (Éléments, février – mars 2019).

Gaël Le Bohec (LRM), le député de Redon, n’a pas été voir les Gilets jaunes

Les Gilets jaunes ont fréquemment regretté que les élus ne cherchent pas à discuter avec eux. C’est ce que raconte, par exemple, Gaël Le Bohec (LRM), député de Redon : «  Je n’ai pas été les voir à Redon, là où ils sont mobilisés. En revanche, j’en ai croisé plusieurs dans les différents événements, notamment les Sainte barbe auxquels j’ai participé ces derniers temps. J’ai alors pris le temps de discuter avec eux. » (Ouest-France, Redon, jeudi 29 novembre 2018). Le député en a donc « croisé plusieurs » (sic). Et il a même « pris le temps de discuter avec eux ». C’est tout simplement miraculeux ! C’est à ce genre de détail que l’on comprend la cassure existant entre les élites et les classes populaires.

Éric Le Boucher : « Les Gilets jaunes n’arrêteront pas l’Histoire »

Mais il y a plus fort que Le Bohec. C’est le cas de l’éditorialiste Éric Le Boucher : « Les Gilets jaunes n’arrêteront pas l’Histoire ; ils n’arrêteront que la France. La crise peut être salutaire s’ils rompent avec l’immobilisme populiste et se mettent à s’engager non plus pour résister, mais pour inventer avec leurs compagnons de lutte, avec leurs élus, avec l’État, les transports, les habitats, la consommation du XXIème siècle » (Les Échos, 7 – 8 décembre 2018).

Évidemment, Le Boucher n’est pas payé pour savoir que la grande ambition des Gilets jaunes est de vivre dignement et de pouvoir nourrir leur famille. Quant à « inventer (…) la consommation du XXIème siècle », cela ne fait pas partie de leurs revendications immédiates, leurs préoccupations commentent, en général, le 20 de chaque mois.

Dans le mépris de classe, le meilleur s’appelle Bernard-Henri Lévy

Dans le mépris de classe, le meilleur s’appelle Bernard-Henri Lévy, « philosophe » de son état. S’il reconnaît qu’on a affaire à un « vrai mouvement social », c’est pour ajouter immédiatement qu’il est « animé par des passions tristes, mortifères, nihilistes ». Et de dénoncer les « intellectuels qui, comme Emmanuel Todd ou Christophe Guilluy, expliquent tout par le fossé entre la France d’en haut et la France d’en bas, la France périphérique et la France des métropoles, etc. » (Les Échos, 11 – 12 janvier 2019).

Mais BHL demeure optimiste car « autant la séquence Gilets jaunes fut souvent mortifère et nihiliste, autant cette séquence « grand débat » est un beau moment de fraternité républicaine et de recherche en commun des solutions » (JDD, 27 janvier 2019). Ce sera surtout un « beau moment » d’escamotage des grands problèmes de l’heure. Pas question de s’attaquer aux sujets tabous aux yeux des libéraux de gauche et de droite.

B. M.

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