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Du fait de l’éloignement et de la distension des liens commerciaux entre l’UE et la Russie depuis la crise de Crimée en 2014, l’on s’attend logiquement à trouver fort peu de produits russes dans les magasins français. Pourtant, il suffit de se saisir d’une boîte de rillettes de Saint-Jacques fabriquées à Concarneau et portant l’insigne Produit en Bretagne pour en trouver.

Produites à Concarneau, les rillettes de Saint-Jacques vendues sous la marque Les Mouettes d’Arvor indiquent sur le couvercle l’espèce précise et l’origine. Et l’on trouve « Chlamys Albidus. Russie ». En réalité, il ne s’agit pas de coquille Saint-Jacques (Pecten Maximus) mais d’une espèce voisine et moins chère, le pétoncle, souvent utilisée dans les plats préparés. Mais depuis 1996, aucune importance : l’OMC a tranché un différend entre la France et le Canada en permettant la dénomination commerciale « Saint-Jacques » aux espèces voisines (Chlamys, Argopecten, Placopecten, Patinopecten…).
Sur ce, les pétoncles russes peuvent bien venir du bout du monde ; si la Russie ne représente qu’une faible partie des importations françaises (22 tonnes sur les 18.700T de noix de Saint-Jacques et pétoncles importées en France en 2014), la pénurie et la hausse des prix en Europe ont poussé quelques opérateurs à aller s’approvisionner au plus loin.
En effet, outre Fjord Import (Boulogne-sur-Mer), Sovintex (Paris), le luxembourgeois Fraimer a passé un accord avec un armement russe basé dans les iles Kouriles… un archipel russe revendiqué par le Japon, situé à l’est de Vladivostok dans le Pacifique.
« L’accord passé avec eux porte sur trois conteneurs de 22,5 tonnes en taille 80/100 et 100+ au kilo, voire davantage selon les disponibilités jusqu’à la fin de la pêche en avril 2016. Il s’agit d’un pétoncle de l’espèce Chlamys albidus surgelé mer, dont la teinte naturelle beige ne convenait pas jusqu’à présent aux acheteurs européens. Vu les difficultés d’approvisionnement, la donne est en train de changer », expliquait en 2015 un responsable de Fraimer au magazine Produits de la Mer.

L’importateur était alors aussi en train de s’assurer un contrat exclusif avec un armement pour des noix de Saint-Jacques plus grosses (10/20 au kilo), mais encore s’approvisionner à Mourmansk en mer Blanche pour des noix moyennes (40/60 et 60/80 au kilo).
Depuis, le filon russe a été abondamment exploité. Aujourd’hui, quatre coquilles Saint-Jacques sur cinq (ou pétoncles) importés en France viennent de Russie, Vietnam, Argentine et surtout Pérou – près de 8000 T par an qui vont alimenter la grande distribution française, toutes enseignes confondues. Certaines sont régulièrement contaminées par l’hépatite A ou l’E.Coli, la production péruvienne a d’ailleurs été placée sous surveillance par l’UE – elle est centrée dans la baie de Sechura dont les villes et villages n’ont ni routes, ni tout-à-l’égout.
Les marins bretons qui pêchent la coquille apprécieront cette « trahison »…
Crédit photo : DR
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