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Il doit y avoir un juste milieu entre refuser des projets mal ficelés appuyés par le capitalisme de connivence – comme l’était sans conteste l’ex-futur aéroport de Nantes – et bloquer tous les projets d’avenir.
D’un trait de plume, Johanna Rolland a rayé de la carte le nouveau stade du FC Nantes – il est vrai que les mésaventures judiciaires de Kita lui offraient le prétexte rêvé pour se sortir d’un dossier mal engagé.
Une série de projets abandonnés successivement
Les mésaventures du stade de la Beaujoire ne peuvent qu’étonner. Tout comme la série d’abandons successifs : la tour, puis les logements qui rendaient le projet rentable, la destruction de l’ancien stade, et maintenant tout ce qui restait du projet.
Pendant plus d’un an, de nombreuses parties, y compris peu représentatives, se sont exprimées, bien souvent pour bâcher le projet – qui avait au moins un point commun avec l’aéroport de Notre-Dame des Landes : disposer d’appuis politiques et financiers. Une base naguère solide, mais devenue honnie dans une société où dégagisme et esprit « anti-tout » obèrent toute initiative. Si bien que supporters, riverains et autres militants n’ont proposé qu’une chose : que rien ne change. Quant à l’intérêt commun, il est passé à la trappe.
Donc la municipalité dépensera quand même six millions d’euros pour maintenir le stade à niveau – ce n’est pas elle qui fixe les normes. Ces dernières ne cessent d’évoluer, au rythme du foot business, mais aussi des constructions nouvelles – un stade neuf est une construction obligée pour toute métropole qui se respecte.
À un an des municipales, que reste-t-il vraiment au bilan de Johanna Rolland ?
L’abandon du YelloPark donne aussi de l’eau au moulin d’une éventuelle candidature En Marche, comme celle qu’avait annoncée Hervé Grélard dans nos colonnes. Johanna Rolland aura quand même réussi à transformer, nolens volens, ce qui devait être consensuel en terrain de bataille. Comme du reste pour d’autres dossiers – la rénovation de la ville (au prix du sacrifice des arbres), la collecte des ordures, l’art municipal (avec un Arbre aux Hérons hyper-coûteux qui semble lui aussi bénéficier de connivences politiques fortes qui ont le don de hérisser bien des riverains), l’insécurité…
À un an des municipales, que reste-t-il vraiment au bilan de Johanna Rolland ? Les lignes Chronobus, lancées bien avant elle… et qui ne lui ont certainement pas apporté la popularité dont bénéficiait son prédécesseur auprès des agents de la TAN (et de la ville) ? Ou la rénovation de la gare, elle aussi lancée bien avant elle et limitée – une fois mis de côté les travaux de verdure et de rénovation de la ligne de tram 1 – à la construction d’une passerelle qui servira à séparer les flux de départs et d’arrivée ? La réfection des Salons Mauduit au prix du massacre d’un patrimoine qui pouvait être largement sauvé ?
L’opposition de la droite et du centre s’est en tout cas moquée à bon compte de la « bouffonnerie ridicule, symbole de l’absence de vision et du mépris des Nantais », que constituait le feuilleton de la gestion du YelloPark par Johanna Rolland. Cette dernière semble en effet très attachée à donner à la droite, emmenée par Laurence Garnier, de solides arguments de campagne.
« Le nouveau renoncement aura au moins le mérite d’éviter que notre ville ne devienne la risée de la presse nationale avec le ridicule projet du double stade », écrit ainsi l’opposition de centre-droit. « Pendant cet intermède de 3 mois et demi, le leitmotiv de la présidente “pas un euro d’argent public pour le foot business” est un mensonge aux Nantais. […] Étape ultime, symbole de l’absence totale de vision de la présidente de Nantes Métropole : elle saisit au vol l’occasion de l’enquête fiscale qui touche la situation personnelle de Waldemar Kita pour décider, toujours unilatéralement, d’abandonner purement et simplement le projet. Une précipitation qui en dit long sur la qualité du projet ».
Et d’en dresser l’amer bilan : « Cette farce n’a que trop duré. Les Nantais méritent que leur maire ait un peu plus de vision et de cohérence. Le mandat de Johanna Rolland restera dans l’histoire et dans la tête des Nantais celui des projets ratés : Notre-Dame des Landes en 2018, le nouveau stade en 2019 ».
Sans oublier les rénovations « provisoires » soi-disant « participatives » guère réussies rues Gaston Turpin, Courson et Saint-Charles, ratées place Saint-Félix (jardinières et tâches de peinture ont du être retirées trois mois après leur installation), avortées rue des Hauts Pavés et place Viarme après la levée de boucliers des commerçants et riverains l’automne dernier.
Et ce n’est probablement pas tout : le nouveau projet de rénovation du musée Dobrée par le conseil départemental s’est pris un recours, non suspensif, par l’association Nantes Patrimoine – il est vrai que l’extension en verre du manoir de la Touche ne cadre guère avec les bâtiments historiques. La réouverture prévue en 2021 semble en péril. D’ici là, la malédiction se poursuit pour Johanna Rolland : entre levées de boucliers catégorielles et ras-le-bol des Nantais, chaque projet qu’elle engage semble se transformer en champ de bataille. Pas gagné pour la réélection…
Louis-Benoît Greffe
Crédit photo : DR
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