Le mot « race » doit-il disparaître de la Constitution ? L’Assemblée avait voté une motion en ce sens en juin 2018. Elle n’est pas encore passée dans la Loi fondamentale. La recherche allemande en hématologie risque de rendre cette rectification désuète. Les données pathogéniques et thérapeutiques liées à l’afflux de migrants montrent en effet qu’il devient nécessaire de distinguer, par exemple dans les greffes, les groupes d’origine des donneurs et ceux des receveurs, pour vérifier leurs compatibilités. Ce qui revient à intégrer, dans les caractérisations des cellules sanguines, des données raciales et ethniques dépassant de loin les seuls facteurs rhésus ou HLA classiques. C’est indispensable pour être assuré de ne pas commettre d’impair dans une transfusion péri-opératoire, ou dans une greffe de moelle indispensable à la plupart des traitements de cancers sanguins.

L’Allemagne à la recherche de dons de sang de migrants

Dans un article intitulé « À la recherche de dons de sang de migrants », le site de la Deutchslandfunk (Radio Allemagne) notait ainsi que, pour les migrants ayant besoin de sang ou de cellules souches, « le bon donneur fait souvent défaut, parce que ses cellules ont des propriétés rarement représentées ici ». D’où l’ouverture d’un programme de recherches dénommé Blustar, cofinancé par l’Union Européenne (UE) via le Fonds Européen de Développement Régional (Feder), et appelant les migrants d’origine turque, syrienne ou africaine à venir donner leur sang pour enrichir les données permettant le classement des compatibilités entre tissus donneurs et tissus receveurs.

Le cas de Sercan

Le cas d’un certain Sercan (prénom d’origine turque) est cité. Leucémique à l’âge de 26 ans, il a été greffé en cellules sanguines à l’hôpital universitaire d’Essen, et souffre depuis d’éruptions cutanées et de démangeaisons thoraciques. C’est un effet secondaire de la greffe. Pour le comprendre, il faut rappeler que les caractéristiques des cellules sont d’origine génétique, et que les propriétés des cellules du sang et celles des cellules souches sont typées. Si elles ne sont pas suffisamment proches entre donneur et receveur, le système sanguin du premier, passé dans le corps du second, peut lutter contre le non-soi dans lequel il a été transféré.

Le Dr Kordelas, immunologue à Essen, assure : « Au cours des trois dernières années, nous avons eu davantage de patients issus de l’immigration, avec des maladies du sang qui ne sont pas aussi courantes chez nous et exigent pourtant une transplantation. » Il ajoute : « Cela vaut pour les personnes arrivées récemment en Allemagne, du Proche et du Moyen-Orient, ou d’Afrique, autant que pour les Turcs qui vivent ici depuis plusieurs années. Il est nécessaire d’être bien analysé et typé pour devenir donneur de cellules souches. » Et tout autant pour être receveur compatible.

Dans le cas de ‘Sercan’, la compatibilité n’était pas de 100 % mais de 90 à 95 % environ, ce qui est à l’origine des intolérances dont il souffre. Son cas n’est pas isolé, et le nombre de receveurs potentiels en attente de transfert dépasse largement celui des donneurs appropriés et répertoriés.

Que dira la loi française ?

L’Allemagne n’est évidemment pas le seul pays concerné. Un article publié en 2012 dans la revue Bone Marrow Transplantation (‘Transplantation de moelle osseuse’) évoquait déjà les « Disparités raciales dans la transplantation des cellules hématopoïétiques aux États-Unis ». La même équipe de l’hôpital de Minneapolis (Minnesota) évoquait en 2014, dans la revue Leuk Lymphomia (‘Leucémie et Lymphome’) l’« Importance de l’appartenance ethno-raciale des donneurs dans une greffe de cellules hématopoïétiques, pour l’adulte non-apparenté et du sang de cordon allogène ».

Ce qui est ici en jeu n’est évidemment pas l’origine géographique ou sociopolitique des individus, mais une part de la variabilité génétique propre à leur groupe d’origine, principalement celle des Complexes majeurs d’histocompatibilité (CMH, ou système de reconnaissance du soi). Les expériences étrangères sur ces thèmes font l’objet de nombreux travaux et publications, indispensables pour mettre au point les tests nécessaires dans la préparation des greffes ou des transfusions. La loi française et les commissions dites « d’éthique » autoriseront-elles chez nous l’introduction de critères ethniques ou raciaux dans les classifications des cellules sanguines, des moelles osseuses, et des propriétés afférentes des systèmes immunitaires ? La question reste ouverte.

Jean-François Gautier

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