Mardi vers 9h45, un détenu de 27 ans, Mickaël Chiolo, français converti à l’islam en 2010, qui purge une peine de 30 ans à Condé sur Sarthe pour enlèvement, séquestration suivie de mort et vol avec arme, ainsi qu’apologie d’acte de terrorisme, a attaqué deux surveillants avec deux couteaux en céramique, alors qu’il était en unité de vie familiale avec sa compagne, puis s’y est retranché.

Finalement interpellé – sa compagne est morte dans les échanges de tirs, il a expliqué vouloir venger l’auteur de l’attentat de Strasbourg (5 morts). Suite à cette attaque, FO Pénitentiaire a lancé un large mouvement de contestation dans les prisons.

Les deux surveillants sont grièvement blessés mais leurs jours ne sont pas en danger. FO-Pénitentiaire a dénoncé une attaque « terroriste » et appelé à des blocages de prisons dès ce mercredi. Si selon le ministère seuls 18 établissements ont été bloqués, d’après FO-Pénitentiaire près du tiers des prisons en France ont été touchés à des degrés divers par le mouvement. A Nantes ce matin, une cinquantaine de surveillants se sont rassemblés, « une agréable surprise » pour William Cozic, délégué FO-Pénitentiaire Nantes, « d’autant que l’UFAP [ex-syndicat majoritaire] ne participait pas au mouvement ».

L’an dernier, le mouvement historique des surveillants pénitentiaires, achevé en queue de poisson par la signature d’accords entre le syndicat alors majoritaire (UFAP) et le ministère, avait commencé aussi avec une série d’agressions liées à des motifs terroristes – trois surveillants avaient été agressés par un islamiste allemand, lui aussi converti, à Vendin le Vieil. Et déjà à l’époque, l’arrivée de plusieurs dizaines de djihadistes dans la prison de Condé sur Sarthe, établie sur le même modèle que Vendin le Vieil, inquiétait alors que les problèmes de sécurité y étaient légion.

Cette année, la loi des séries semble continuer d’agir : l’après-midi du 5 mars, un détenu a donné un coup de couteau à la gorge d’un surveillant à Château-Thierry (Aisne). Officiellement, il s’agit d’un « cas psychiatrique », autrement dit d’un détenu « déséquilibré ». Mais selon les syndicats il s’appellerait Abdallah Boumezaar et a été condamné à la perpétuité pour le meurtre de deux gendarmes. Ce dimanche, un autre surveillant a été attaqué à coups de fourchette par un détenu de Roanne (Loire) et a été blessé à la tête.

Maintenant que le syndicat le plus déterminé de l’an dernier est devenu majoritaire, le mouvement a bien des chances de repartir. « On reprend nos revendications de l’année dernière », nous confirme William Cozic, « d’autant que Mme le ministre [Nicole Belloubet] a décidé d’ignorer nos revendications – tout juste on s’est fait livrer ce matin même, et en urgence, des gilets pare-lames. Ce qui pourrait pousser les détenus à viser la gorge, plutôt que le ventre ».

« Le problème, c’est qu’on est plus fouillé pour rentrer dans un stade de foot ou un aéroport qu’une prison. »

Pour le surveillant, « ce n’est pas les gilets qui vont sauver des vies. Le problème, c’est qu’on est plus fouillé pour rentrer dans un stade de foot ou un aéroport qu’une prison. Pour les visiteurs, il y a des portiques, mais les couteaux en céramique n’y sonnent pas, pas plus que les explosifs ou la drogue. Et comme on n’a plus le droit de faire des fouilles au corps, n’importe quoi rentre dans la détention ».

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Le scandale des projections d’aliment, de drogue, de portables

A Nantes en particulier, les surveillants ont rajouté dans leurs revendications l’épineux problème des projections, « soixante en moyenne le week-end, cette fois surtout de la viande – promotion chez le boucher – un peu de drogue et des téléphones. On nous promet au mieux un filet anti-projections fin 2021. C’est un scandale. Les politiciens qui nous dirigent sont complétement déconnectés des réalités du terrain ». Le mouvement est reconduit pour ce jeudi matin, « et on continuera tant qu’on aura des troupes, ou que le ministre nous entende ».

Les revendications de FO se déclinent en deux volets. Sur le plan sécuritaire : « Classification des établissements permettant l’orientation ciblée des détenus, renfort des effectifs et comblement des organigrammes, formation initiale maintenue à 8 mois et formation continue adaptée à la prise en charge des profils de détenus, réforme législative quant à la sécurité et la prise en charge des détenus, équipement des Quartiers Spécifiques par des tenues pare-coups, Pistolet à Impulsions Électriques [des tasers pour calmer et éventuellement dissuader les détenus violents], cellules dotées de passe-menottes, dotation en équipements adaptés aux Personnels participant aux missions extérieures, développement des brigades cynotechniques ».  Par ailleurs le syndicat émet aussi des revendications de revalorisation des salaires, des primes et de hausse catégorielle.

LBG

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