La principale force d’opposition à la politique menée par Matteo Salvini concernant la question migratoire est l’Église catholique italienne. Mais les églises sont désertées par les fidèles et le ministre de l’Intérieur remplit les places lors de ses meetings.

Les paroisses ont écouté les appels du pape François sur les migrants. Selon les chiffres donnés par la Conférence épiscopale italienne [CEI – ndt] qui a publié le vade-mecum pour l’accueil des « réfugiés » et des « demandeurs d’asile », sur environ 95 000 migrants logés dans les divers centres d’accueils ordinaires et extraordinaires et dans le système national de protection des demandeurs d’asile et des réfugiés, diocèses, paroisses, familles et communautés religieuses accueillent déjà plus de 22 000 migrants dans près de 1 600 structures.

Dans le vade-mecum, la CEI affirme que « si l’accueil possède des caractéristiques considérées comme commerciales au sens de la législation en vigueur, le régime général envisagé pour de telles formes d’activités est appliqué ». Avec ce document, la CEI veut traduire concrètement l’appel du souverain pontife à loger dans toutes les paroisses d’Europe au moins une famille de réfugiés, comme cela a déjà eu lieu au Vatican. Le document émis par les évêques italiens veut « aider à identifier les moyens d’élargir le réseau d’accueil ecclésial pour les demandeurs d’asile et les réfugiés arrivant dans notre pays, conformément à la législation en vigueur et en collaboration avec les Institutions. Il s’agit d’un geste concret et gratuit, un service, un signe d’accueil qui s’ajoute à beaucoup d’autres menés en faveur des pauvres (chômeurs, familles en difficulté, personnes âgées seules, mineurs non accompagnés, personnes handicapées, sans-abris…) présents dans nos églises : un supplément d’humanité et la volonté de vaincre les peurs et les préjugés ».

L’Église accueille les migrants de manière parfaitement inconditionnelle

Depuis ce rapport fait en 2015, la situation s’est aggravée. L’Église qui accueille les migrants de manière parfaitement inconditionnelle et au mépris du bien commun, rentre donc actuellement en conflit avec le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, qui depuis son élection, il y a un an, cherche à mettre bon ordre à cet arrivage massif de clandestins. Et dès le mois de juin 2018, le Libero Quotidiano en fait le constat : au lieu de prêcher le salut des âmes, les prêtres préfèrent sermonner Salvini. « Depuis des temps immémoriaux, les prêtres, désintéressés de la vie dans l’Au-delà, ne se préoccupent plus que de la vie au-delà des mers. Ils ne répandent plus la parole de l’Évangile, mais préfèrent signer des recours. Et bien peu soignent les brebis perdues ; ils accueillent plutôt les moutons (noirs) venus d’ailleurs. » (19/06/2018)

Il n’est donc pas surprenant que des dizaines de prêtres, désormais prêts à échanger leur chaire contre des tribunes électorales, aient rédigé avec des intellectuels, des théologiens et quelques laïcs, une longue lettre destinée au sommet de la CEI, pour dénoncer la montée constante en Italie « d’une culture caractérisée par le rejet, la peur des étrangers, le racisme, la xénophobie ; une culture adoptée et diffusée même par des représentants des institutions, qui poussent à maltraiter les migrants, dénigrer ceux qui ont moins ou qui viennent de loin, exploiter leur travail et les marginaliser ».

« Il n’est pas possible d’être chrétien et dans un même temps de refuser les migrants »

Dans un même temps, les plus de 600 signataires de cette missive contestent « les instrumentalisations de la foi chrétienne avec l’utilisation de symboles religieux comme le crucifix, le chapelet ou des versets de la Sainte Écriture parfois blasphématoire ou offensive ». La référence implicite, certes, mais bien présente, est faite à Matteo Salvini qui d’une main repousse les immigrés et de l’autre tient le chapelet. Attitude jugée hypocrite et presque sacrilège parce qu’il existe une « incompatibilité profonde entre le racisme et le christianisme » et qu’il « n’est pas possible d’être chrétien et dans un même temps de refuser les migrants ».

Un véritable homme de foi, disent-ils, accueille à outrance, ouvre les portes à tous ceux qui viennent de l’autre côté de la Méditerranée, « secourt et assiste ces derniers ». Mais pas seulement : il croit que chaque migrant est Dieu lui-même car « on peut identifier le Christ à travers eux ». D’où la requête faite aux évêques d’une prompte intervention pour  « dissiper les doutes et clarifier de quel côté doit se positionner le chrétien ». Ainsi, soit avec Salvini, soit avec l’Église et donc contre Salvini.

Et pourtant cet appel qui se veut humaniste, tourné vers l’autre, et plein de charité chrétienne, se couronne par de nombreux faits d’abus sexuels de la part de ces prêtres qui les accueillent, tel que le cas de Don Sergio Librizzi qui avait contraint des migrants à se prostituer, en leur expliquant qu’ainsi il leur serait plus facile d’obtenir des papiers, ou celui de Don Antonio Zanotti (fondateur de la communauté d’accueil des réfugiés « Oasi 7 » à Bergame) qui avait été accusé d’avoir contraint un migrant à avoir des relations sexuelles avec lui en échange d’argent.

Pourquoi les places où se produit Salvini sont pleines et les paroisses désertes ?

Décembre 2018 : meeting de Salvini à Rome…

Devant un tel scénario de prêtres se disant bons chrétiens et qui de fait n’ont rien de catholiques, on comprend pourquoi les places où se produit Salvini sont pleines et les paroisses désertes.

À Gênes, Don Paolo Farinella est un habitué des actions coup de poing contre la politique de Matteo Salvini. À Noël, il avait fermé son église (la paroisse de San Torpete ) pour protester contre le décret Sécurité : « Si Jésus avec Marie et Joseph se présentaient chez nous pour célébrer sa naissance, avec ce décret immonde de Salvini, il serait arrêté à la frontière et renvoyé dans son pays en tant que migrant économique » (sic).

Un mois après, aux micro de la Zanzara sur Radio 24, il recommence : « Salvini a les mains pleines de sang, il faut lui fermer toutes les églises, il ne peut y entrer tant qu’il ne s’est pas repenti à genoux ! […] Il va contre le droit international et contre la constitution et pour cela il doit être condamné ». Pour Don Farinella, c’est un « génocide », « Salvini a un côté fasciste, Mussolini faisait la même chose. L’histoire ne se répète pas, mais Salvini est un fourbe qui utilise toutes les bassesses pour gagner les prochaines élections ». Et il invite les catholiques à se révolter contre ce gouvernement et surtout contre le ministre de l’Intérieur : « ceux qui se taisent sont aussi coresponsables. Comme le M5S, bien sûr ».

Sur Twitter, Matteo Salvini lui répond : « Si ça c’est un “prêtre”… je souris et je continue consciencieusement, avec tout mon cœur et ma raison à travailler ».

Autre fait assez marquant, à Castelfranco, à la messe de 11 h 30, Don Claudio Migloranza, depuis sa chaire a attaqué Matteo Salvini, dans un discours politique n’ayant rien à voir avec la messe du jour. Toutefois, les fidèles ont peu apprécié : parmi eux se trouvait Giorgio Vigni, vice-président de l’association Pro-vie de Trévise qui, de même que d’autres fidèles, s’est levé et est sorti de l’église en signe de protestation (ils sont ensuite rentrés, le sermon terminé). Ce n’est pas la première fois, et à chaque fois, les fidèles se sont rebellés. Giorgio Vigni conclut en demandant « vous voulez donc des paroisses vides ? ».

Il n’y a là qu’un léger échantillon : les cas sont de plus en plus nombreux qui n’obtiennent toutefois pas l’effet escompté. Et les prêtres ne sont pas les seuls à recourir à une opposition frontale à la politique du ministre de l’Intérieur italien, les évêques critiquent eux aussi et rédigent des textes pour expliquer aux fidèles ce qu’ils doivent penser.

Monter les fidèles contre Matteo Salvini

Tous travaillent de concert, entre le Vatican, les évêques et les prêtres de paroisse pour monter les fidèles contre Matteo Salvini et leur faire accepter l’idée de toujours accueillir plus – cependant avec peu de réussite. Guider les fidèles dans leur vie spirituelle, les aider à vivre et témoigner de leur foi dans cet Occident toujours plus déchristianisé, exercer vraiment et pleinement leur ministère sont des tâches complètement délaissées au profit d’un club politique et d’un matérialisme tenant plus de l’ONG que de la religion, et qui plonge les fidèles dans l’embarras.

Mais Salvini ne se laisse pas faire et répond de manière très directe à cette Église qui lui fait opposition. En effet, c’est de manière quasi permanente que Matteo Salvini entre en conflit direct avec le Pape. Lorsque le Pape avait rencontré un iman français, le ministre de l’Intérieur avait trouvé cette initiative œcuménique contre-productive : « En demandant à dialoguer avec l’islam, le pape ne rend pas un bon service aux catholiques ».

De même en ce qui concerne les paroles du souverain pontife sur le « racisme diffus et lattent » qu’il avait constaté dans les transports publics, Matteo Salvini avait répondu sur Facebook : « Le pape François se lamente car quand il prend le bus à Rome et que montent en même temps des Roms, les chauffeurs préviennent les passagers de “faire attention à leur portefeuille”. Cher Souverain Pontife, malgré tout le respect que je te dois, je dis quand même “bon travail” aux chauffeurs ».

Il a aussi invité le pape à aller voir les personnes préretraitées sans ressources de Turin, plutôt que de rencontrer la communauté rom : « Cela me fait plaisir que le pape François à Turin ait trouvé du temps pour rencontrer les Roms. Je suis sûr qu’il aura aussi rencontré les préretraités sans ressources de Turin ! ».  

Salvini affirme ne pas vouloir attaquer le pape mais défend sa politique tournée vers la défense des Italiens, ce qui est pour lui un devoir envers le peuple qui l’a élu. Ainsi, tout en se montrant ferme sur les principes, en rappelant à leurs devoirs le pape et le clergé, il tente tout de même d’apaiser les relations tendues avec une Église qui ne tolère pas sa politique.

Traduction : Hélène Lechat

Sources : Il Fatto Quotidiano (13/10/2015), Libero Quotidiano (19/06/2018), Il Giornale (23/01/2019), Vox News (10/12/2018), Libero Quotidiano (18/12/2018), Il Giornale (06/10/2018), Cristianità (9/03/2019)

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