Le Stade Rennais ne gagnera pas la Ligue Europa en cette saison 2018-2019, après son élimination, litigieuse, face à Arsenal (3-1 à l’aller pour le Stade Rennais, 3-0 au retour pour Arsenal bien aidé par l’arbitre et l’UEFA).

Par contre, le Stade Rennais, au niveau des supporteurs notamment, a frappé un grand coup dans le monde des tribunes en Europe.

Après le déplacement à Séville, la marée rouge et noire (plus de 6000 rennais venus en train, ferry, avion, stop, bus, voiture..) qui a débarqué à Londres durant quelques jours l’a démontré. Nous y étions.

Arsenal – Stade Rennais : « Un jour il y a longtemps, je suis tombé fou de toi …»

Mercredi 13 mars 2019. Nantes. Aéroport. Pour les supporteurs rennais, partir de Nantes et s’envoler vers la Coupe d’Europe, c’est un bras d’honneur adressé aux rivaux de toujours concernant la suprématie bretonne. Certains supporteurs ne se gênent d’ailleurs pas pour y aller de quelques commentaires à l’occasion du trajet en avion, dans lequel l’ambiance est déjà là. Les hôtesses servent de la bière hors de prix. Les supporteurs chantent, le vent est évité, l’atterrissage et le décollage se font sans trop de problèmes. Cela ne sera pas le cas de supporteurs partis de Lorient et de Rennes en avion (et même de Suisse !), tout comme ceux ayant rejoint les terres de la perfide Albion via le ferry. Mal de mer garanti !

Quelques heures plus tard, tout ce beau monde, arrivé la veille du match contre Arsenal, déambule déjà dans la capitale de l’Angleterre. Le premier gros rassemblement, la première grosse soirée, se fera au Ice Warf, dans le quartier de Camden Town, qui est passé d’un quartier punk dans les années 70 à un quartier moitié bobo, moitié toxico…et assez crado ! Supporteurs, ultras du RCK, indépendants s’y retrouvent pour une première soirée pour se chauffer un peu, en attendant l’arrivée des renforts prévus le lendemain. L’alcool coule à flot tandis que chacun essaie de digérer comme il peut la malbouffe ingurgitée en apéritif (Londres n’est pas vraiment la capitale de la gastronomie…)

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« C’est Roazhon Coupe d’Europe » chantent les uns. « Un jour il y a longtemps, je suis devenu fou de toi » chantent les autres, qui, le temps de cette soirée, et surtout de celle du lendemain, ont choisi le Stade Rennais plutôt que leur éventuelle compagne.

Mauvais point pour ce bar de Camden tout de même : interdiction de chanter, sous peine de ne plus être servi et même d’être viré. Sécurité à moitié à cran malgré la bonne ambiance régnante.

A l’image d’une ville gavée de caméras et de policiers (ce qui n’empêche pas un taux de délinquance et de trafics impressionnants surtout quand on s’éloigne des zones 1 et 2 de la ville), l’ambiance est à la surveillance généralisée. Ambiance Minority Report, dans une ville qui semble en plus avoir laissé en chemin bon nombre de ses compatriotes, eu égard du nombre de SDF qui s’entassent dans les rues, dans l’indifférence manifeste la plus totale.

Rideau, dodo, malgré un sommeil difficile à trouver, car demain « this is football » !

Arsenal – Stade Rennais : « Depuis le temps a passé, et je suis toujours là »

Jeudi 14 mars. Londres. 11h. Emirates Stadium.

Le quartier est calme quand on sort à la station Arsenal. Les vieux baroudeurs et les quelques novices partis découvrir les lieux tôt le matin marchent en se souvenant de l’ancien stade mythique d’Highbury, remplacé par « l’Emirates Stadium », dont le nom rappelle que les grands clubs de football en Europe appartiennent désormais à ceux qui décident du prix de votre essence, mais aussi…du prix exorbitant des places dans les stades de football qu’ils possèdent désormais ( Un abonnement à l’année à Arsenal coûte au minimum un SMIC Français. Nous avons payé 22 euros notre place pour le match Arsenal-Rennes).

Malgré le côté artificiel et anti-historique de cette nouvelle construction, il faut reconnaitre que c’est joli. Mais bien calme pour le moment.

Un petit tour à la boutique d’Arsenal pour le souvenir, et il est temps de rejoindre le peuple rennais, qui est arrivé en masse. ET que l’on découvre, à Picadilly, à Camden, à Shoreditch. Londres, c’est grand, mais ils sont des milliers, et se retrouvent rapidement grâce aux réseaux sociaux.

Venus de toute la Bretagne, de région parisienne, de Suisse, d’Europe, par amour des rouges et noirs et du Stade Rennais. Certains ont été de toute la campagne européenne. D’autres n’avaient plus mis un pied au stade depuis des années.

Pour les connaisseurs des déplacements européens de supporteurs, les rennais se sont clairement mis au niveau, avec ce déplacement de Séville puis celui d’Arsenal, des grands clubs en Europe. Liverpool, le Celtic Glasgow, les Rangers, les anglais en général qui drainent des milliers de fans. En France, il n y a pas des masses de déplacement, surtout en huitième de finale, à avoir drainé autant de monde. Chapeau. Il n y a que les allemands, comme le montre le déplacement de plus de 12 000 fans de Francfort la semaine dernière à Milan, qui soient devant niveau déplacement massif.

Tout ce peuple rennais se retrouve sur les coups de 16h-17h du côté de la station Highbury & Islington. Mauvaise nouvelle pour ces assoiffés : les pubs environnants refusent de servir quiconque se revendique rennais. Pas grave, ce sont les superettes locales qui en feront les frais. 4 cannettes de 50 cl autorisées par personne, cela devrait faire l’affaire jusqu’au match !

Ces retrouvailles entre cette armée rouge et noire sont festives. « Aux armes » chantent les uns. « Depuis le temps a passé, et je suis toujours là » chantent les autres. Le temps de quelques heures, il n y a plus de classes sociales. Il n y a plus de jeunes, plus de vieux. Plus de gentils et de mauvais garçons. Plus d’ultras, plus de fans, plus de moins ultras. Il n y a que des supporteurs du Stade Rennais, qui font la fête, qui ont laissé pour une journée ou deux les soucis du quotidien à la maison, et qui s’apprêtent à réaliser un cortège jusqu’au stade, qui impressionnera les Gooners (supporteurs d’Arsenal) présents sur le long chemin menant au stade de l’Emirat d’Arsenal (puisque c’est ainsi qu’il faut l’appeler).

Un cortège mené par les ultras du RCK, qui seront les vrais chefs d’orchestre de l’ambiance exceptionnelle qui s’emparera du stade durant tout le match, malgré trois buts dans la musette pour le Stade Rennais. De grands tifos à domicile, une grosse ambiance à l’extérieur, qui dit mieux ?

Une défaite au goût amer, mais une fête d’enfer !

Dans le stade, ambiance non stop. Avant match, pendant le match, après le match. Fumigènes à gogo. Et tant pis pour l’amende, de toute façon, l’UEFA n’aime pas le Stade Rennais (Lacazette titularisé, match inversé, hors jeu sur le deuxième but, refus d’un surplus de billets vendus…). Les fans d’Arsenal sont inaudibles, c’est Rennes qui joue à la maison. A faire rentrer sur le terrain jusqu’à la famille Pinault pour venir saluer les supporteurs.

Dommage que sur le terrain, les joueurs se soient transformés en fantômes, méconnaissables comparé au match aller ou aux deux rencontres contre Séville. Tant pis, l’essentiel est ailleurs. Le peuple rennais est en feu dans les tribunes. Quelque chose est né.

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Fini les déplacements à 1 (il y a quelques années, l’ancien président du RCK était parti seul en Coupe Intertoto pour suivre le SRFC contre un club d’Israël) ou à 10. Désormais, sans même se le dire, les supporteurs du Stade Rennais se sont faits ce 14 mars la promesse de revenir, par milliers, à chaque fois que Rennes jouerait en Coupe d’Europe. Parce que c’est comme ça, parce que c’est « Roazhon Coupe d’Europe » comme chantaient certains.

Derniers instants tous ensemble, avant de se dire au revoir. Derniers verres. Pour continuer la fête, une journée, deux journées, trois journées pour certains. Avant d’espérer, une victoire en Coupe et un ticket pour revenir en Europe l’an prochain. Avant peut être, un jour, que les joueurs du Stade Rennais donnent tout durant une saison et offrent à leurs supporteurs le niveau qui est le leur : celui de la Ligue des Champions.

Dans l’avion qui nous ramène à Nantes ce vendredi, les chants ont laissé place à la gueule de bois pour certains, mais aussi et surtout à la satisfaction d’avoir vécu, entouré d’un peuple rouge et noir, un grand moment d’histoire du Stade Rennais.

To be continued…

YV

Crédit photos : breizh-info.com
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