Ce mardi, les agents de la SEMITAN rejoignaient l’appel national syndical et faisaient grève, mais surtout à cause des problèmes récurrents d’insécurité. Des agents nous en disent plus sur leur quotidien. Témoignages.

« On devient des robots, les gens ne nous saluent plus et ont envers nous un irrespect total ». Sur la ligne 11, ce conducteur est blasé et triste. « Ils sont dans leurs écouteurs, c’est la société du chacun sa merde ». Lui-même a été « agressé il y a une semaine, pont du Cens. Je suis passé devant une automobiliste, elle a bloqué mon bus et m’a insulté, elle m’a dit qu’elle me défoncerait la prochaine fois qu’elle me voyait, etc ».

Il y a deux semaines sur le réseau, « une conductrice de bus a été agressée. Elle regardait un accident de voie publique, les personnes qui remplissaient le contast, l’une d’elles lui a envoyé un pain à travers la vitre ouverte ». Quant aux « insultes, ça devient notre quotidien. Quand on fait une journée blanche à cause des incivilités, on se fait allumer. Il y a au moins une agression grave par semaine, nos syndicats ne bougent pas, et comme la Métropole refuse de bouger aussi pour des raisons politiques, ça ne fait qu’empirer ».

Cette autre conductrice fait « tout le réseau. La situation ne cesse d’empirer. Il y a des raisons d’argent et de politique de ne pas faire attention aux agressions, de ne pas en parler, il faut qu’à Nantes tout le monde soit gentil pour ne pas décourager les gens qui s’installent. Quand on voit les responsables, ils nous disent qu’il n’y a pas de moyens de nous donner plus de moyens – il y en a bien pour faire l’arbre aux Hérons et diverses expériences coûteuses et inutiles ! »

En contact avec les responsables politiques en général et Johanna Rolland en particulier, ce délégué syndical affirme en privé : « Johanna, on ne peut rien lui dire. Elle n’en a rien à faire de nos problèmes. Quand on prend le temps de lui expliquer, ça ne donne rien, autant pisser dans un violon ». Dur ? « Réaliste. Elle parle, elle fait de belles promesses et rien n’avance ».

Ce conducteur lui aussi en a marre. « Dimanche [17] une équipe de contrôle a été agressée vers 15 heures sur le C5 à Vincent Gâche : le contrôle se passait mal hors du bus, un automobiliste s’est arrêté et a tenté de casser la gueule à tout le monde. Il y a deux jours [le 19] un contrôleur a été agressé avec un Taser. Il y a une semaine, il y a eu une agression avec un couteau – encore une, car il y en a de plus en plus régulièrement ».

Un de ses collègues abonde : « on a beaucoup de problèmes dans les quartiers dits sensibles, mais en fait ça peut se passer n’importe où sur le réseau. Nombre des agresseurs sont bourrés ou sous drogues, ils se foutent de tout. Et Johanna Rolland, notre patronne, ne veut rien changer pour des raisons politiques. On est abandonnés de tous ».

Louis Moulin

Photo : DR
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