François Ruffin, avec les Gilets jaunes et à gauche toute, mais…

François Ruffin, le turbulent député de la France insoumise, rédacteur en chef du journal Fakir, était en Bretagne vendredi et samedi dernier pour une série de conférences-débats afin de présenter en avant première son film J’veux du soleil, une sorte de roadmovie dans la France des Gilets jaunes. Ce documentaire engagé avec de multiples témoignages d’hommes et de femmes « donne la parole à ceux qui ne l’ont pas ». Le film a été projeté en présence de Ruffin à Nantes et Rennes, sans lui à Brest car il se sentait « trop fatigué » mais, selon Ouest-France, c’était « trop loin pour lui ».

À Nantes, après la projection au cinéma Le Concorde, François Ruffin a pris la parole à la salle de l’Égalité. Plusieurs centaines de personnes s’y pressaient jusqu’au dehors. Un public français, très populaire.

Une détestation sans limite de Macron

Amiénois comme Emmanuel Macron – ils ont tous deux fait leurs études secondaires au lycée des jésuites La Providence, comme les fils de la bourgeoisie locale –, François Ruffin voue au chef de l’État une détestation sans limite, une véritable haine. Pour lui : « il est hors sol, c’est le transhumanisme et la Silicon Valley ». Pendant une heure il ne va cesser de s’en prendre au président de la République, oubliant la promotion de son film en citant seulement des extraits de son violent pamphlet qu’il lui consacre, Ce pays que tu ne connais pas.

Ruffin considère que la France est gouvernée par « une oligarchie qui a fait sécession » et il va marteler à plusieurs reprises leurs noms : Drahi, Arnaud, Niel, Lagardère, sans oublier bien sûr les Rothschild. Prudent, dans son livre Ruffin avait écrit : « Autant prévenir d’emblée vos sous-entendus : la synagogue, l’église ou le temple, je m’en fiche bien » ; il ajoute pour la salle : « de toute façon dieu est mort ! ». Pendant vingt ans Macron n’a cessé de « séduire la caste » pour parvenir à la tête de l’État. « Les grands intérêts financiers voulaient le pouvoir politique, aujourd’hui, ils l’ont entièrement avec lui ».

« La chienlit c’est lui ! »

Comme dans la tragédie grecque, Macron est l’incarnation de « l’hubris », il est en sécession, il n’a jamais eu de relation avec le peuple, d’une « immoralité criante », il a rompu le contrat social. Ruffin ajoute : « la chienlit c’est lui ! ».

Pour le député de la France insoumise – qu’il ne citera jamais, ni Mélenchon d’ailleurs – les Gilets jaunes ont gagné un round, mais il faut continuer en « ralliant la masse, la masse » et les « forteresses Drahi, Niel s’effondreront comme des châteaux de sable ». Si Ruffin s’affirme marxiste et partisan de la lutte des classes, il reconnaît qu’il y a « un divorce interne aux classes populaires » opposant les « Blancs » de la périphérie aux « banlieues », les classes éduquées aux prolétaires, Paris à la province.

Il s’agit avant tout de « décrocher le soutien de la classe intermédiaire éduquée » dont il déplore le silence et qu’il invite « à se bouger pour se solidariser aux Gilets jaunes » ; ce qu’il nomme lapidairement : « les prolos plus les profs ».

« L’arme révolutionnaire c’est l’espérance »

Sa solution, va-t-il conclure, « c’est le Front populaire, la rue et les urnes » ajoutant, lyrique, « la politique, c’est les coups, la chaleur et les chants (…) l’arme révolutionnaire, c’est l’espérance ».

Sans aucun doute très ambitieux, François Ruffin est aussi très démagogue avec son public. Il est populaire et il le sait. Parmi les sympathisants de gauche, il arrive en tête, devant Jean-Luc Mélenchon, selon le dernier sondage IFOP.

Fin 2018, un discours dans lequel il cite Étienne Chouard comme principal artisan du référendum d’initiative citoyenne, avait suscité une polémique dans les médias qui le détestent. Interrogé à Nantes sur ses thèses, il préfère botter en touche : « pas de réponse, pas de polémique ». Pour Abel Mestre du Monde « d’autres sorties de M. Ruffin ont jeté le trouble parmi ses camarades », sa présentation d’Emmanuel Macron comme « l’homme des cinq cents familles qui se gavent » renvoie, selon lui, au mythe des deux cents familles cher à l’extrême droite.

François Ruffin ou l’anticapitalisme national ? Nous le saurons rapidement.

F.C.

Photo : Thierry Ehrmann/Fmickr (cc)
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