En utilisant les services du « Bon coin » Bertrand Plouvier (LR) pourrait trouver des gens capables de l’aider à bâtir son « projet politique » pour mars 2020. Être en mesure d’élaborer un simple programme – percutant et efficace – serait déjà pas mal… Savoir parler aux gens est un art difficile.

Rude métier que celui de leader de la droite à Rennes. Condamné à perpétuité à jouer le conseiller municipal d’opposition, notre homme se réveille tous les six ans à la veille des élections municipales. C’est le triste sort de Bertrand Plouvier (LR), agent général d’assurances de son état (AXA).

Des bases électorales insuffisantes

Tout le monde est au courant : les bases électorales de la droite à Rennes sont insuffisantes pour prétendre s’installer à l’hôtel de ville. Les résultats de deux consultations électorales récentes le prouvent. Au second tour des dernières élections municipales (30 mars 2014), Nathalie Appéré (PS) l’emporte facilement avec 55,83% des suffrages (48  sièges), tandis que la droite doit se contenter de 44,17% des suffrages (13 élus) ; cette dernière est devancée de 6 800 voix. Au premier tour de l’élection présidentielle (23 avril 2017), François Fillon n’arrive qu’en troisième position (16,53%). L’effet « métropole » veut que Rennes soit une ville sociologiquement « de gauche » qui a plébiscité Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle (88,40%). Pour toutes ces raisons, la messe est dite pour Bertrand Plouvier mê s’il dispose d’un socle de 15 000 voix (Fillon en avril 2017).

Puisque l’essentiel est de participer à la compétition de 2020, Plouvier se doit de monter une liste. Exercice difficile lorsqu’on manque de musculature. En effet il y a liste et lliste : faire appel à 61 « militants » encartés tous fiers de se secouer pour la cause ou bien trouver 61 « bons » candidats en leur faisant miroiter un poste d’adjoint, ce n’est pas la même chose. Dans le deuxième cas, parler de victoire n’étant pas crédible, les « volontaires » ne se bousculent pas au portillon ; les bourgeois n’ont pas le sens du sacrifice !

Cette réalité oblige Plouvier à tourner autour du pot lorsqu’on l’interroge sur sa liste : « Nous sommes dans la phase de préparation du projet politique. Ensuite viendra le temps de désigner un candidat. » (Ouest-France, Rennes, 30 – 31 mars 2019). Et comme il faut bien meubler la conversation, il ajoute que son groupe (Alternance 2020) « va définir un projet en allant à la rencontre des habitants. Comme en 2013, nous voulons donner la parole aux Rennais. » (Ouest-France, Rennes, 30 – 31 mars 2019). Sans militants habitués à militer – des vrais, pas des adhérents, pas des supporters -, l’opération semble difficile. Aller « à la rencontre des habitants » exige en effet de la main-d’œuvre.

Un électorat de droite âgé

Faute de dynamique à droite, l’opération « cherche candidats » se présente mal pour Plouvier. Et ce ne sont pas les élections européennes qui vont réchauffer l’ambiance. C’est ce que montrent les sondages portant sur les intentions de vote. La liste des Républicains apparaît faiblarde : 13% (Harris Interactive, Le Figaro, lundi 25 mars 2019) et 12% (Ipssos, Le Monde, mardi 26 mars 2019).

À cela, il faut ajouter que l’électorat de droite n’est pas aujourd’hui porteur d’avenir. « Le « noyau dur » de LR, ces électeurs qui demeurent fidèles envers et contre tout, est composé, selon le directeur général adjoint de l’institut de sondages IFOP, Frédéric Dabi, d’une tranche d’âge en particulier : celle des 65 ans et plus . La liste LR pour le scrutin européen « dépasse son étiage moyen de 13% sur cette catégorie d’âge avec un score de 23% ». « Il y a aujourd’hui une surreprésentation des retraités dans l’électorat LR, avec une petite avance pour les femmes », précise M. Dabi. ». Ce n’est pas une surprise puisque « 62% des électeurs de François Fillon étaient des gens inactifs de plus de 65 ans », selon Jérôme Sainte-Marie, président de la société d’études Pollingvox » (Le Monde, vendredi 5 avril 2019).

Lorsqu’on a fait le tour du problème, on ne peut qu’admirer celles et ceux qui monteront dans le bateau de Bertrand Plouvier, « chef de file de l’opposition municipale » en mars 2020 ; il faudra beaucoup de désintéressement.

Bernard Morvan

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