À propos de l’ouvrage Les guerres du Sahel de Bernard Lugan. C’est avec un grand intérêt que j’avais lu du même auteur son Histoire de l’Afrique. Connaisseur amateur du Sahel (ayant vécu au Tchad vers 1975), je me suis emparé avec vélocité de ce nouvel ouvrage et je n’ai pas été déçu, bien au contraire.

L’auteur nous propose un historique complet des conflits depuis les origines dans cette partie du monde souvent caricaturée et méconnue des Européens. Loin de l’idée qui voudrait que, par exemple, les guerres actuelles se résument entre les méchants islamistes et les bons alliés des Européens (des Français surtout), nous sommes plongés dans une complexité où se mêlent ethnies (toujours plus que prégnantes en Afrique), religions (islam, animisme, catholicisme, protestantisme), races (« Blancs au Nord », Noirs au Sud), mode de vie (pasteurs nomades vs agriculteurs), inimitiés historiques entre clans et tribus (Arabes vs Touaregs vs Toubous, etc.) et luttes pour le contrôle des routes de la drogue (cocaïne arrivant d’Amérique et exportée vers l’Europe) ou de la main d’œuvre exploitée par des nouveaux marchands d’esclaves…

Le livre est composé de 13 chapitres augmentés d’une riche bibliographie et de nombreuses cartes pertinentes. En un peu plus de 200 pages c’est une véritable somme inédite qui nous est proposée et qui ravira tous ceux qui s’intéressent à cette partie de l’Afrique et à la complexité des relations entre ses peuples, héritage de l’histoire ancienne puis de la colonisation et surtout des découpages artificiels qui en découlèrent lors des indépendances. Sur ce substrat se greffent l’explosion démographique incroyable et les politiques hors sol menées par les leaders politiques africains et européens.

Un important livre à conseiller à tous ceux qui sont intéressés par la géostratégie de l’Afrique.

Eric Abgraal

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Les guerres du Sahel – Bernard Lugan.

Ce livre est disponible uniquement via l’Afrique réelle, ici

35 € pour une livraison en France (Colissimo suivi) – 41 € pour l’Europe – 46 € pour le reste du monde

Pour faire le point sur ce livre, mais aussi sur les points chauds actuels en Afrique, nous avons interrogé Bernard Lugan.

« Nos jeunes officiers supérieurs ne sont pas formés. »

Breizh-info.com : Pourquoi avoir souhaité écrire ce livre sur les guerres du Sahel ? Qui cibliez-vous en particulier en terme de lectorat ?

Bernard Lugan : Les destinataires principaux sont les militaires français engagés au Sahel. Ils n’ont pas de préparation ethno-géo-historique lorsqu’ils partent. J’ai voulu montrer en rassemblant sur un livre toute la longue durée de l’histoire du Sahel. Son originalité géographique et ses originalités humaines, de façon à ce qu’ils puissent avoir un élément de référence pour comprendre au-delà des clichés qui sont donnés sur la question.

Breizh-info.com : N’est-ce pas le problème actuel pour comprendre les conflits modernes, y compris pour les soldats ? On a l’impression que les gouvernements n’expliquent pas à leurs troupes ce qu’il s’est passé sur la longue durée dans les pays où ils vont. Et qu’ils arrivent non préparés…

Bernard Lugan : Les troupes arrivent comme le SAMU arrivent sur un accident. Ils soignent les gens sur l’accident, mais ils ne voient pas ce qu’il s’est passé avant et pourquoi l’accident a eu lieu. Le problème en plus des unités tournantes, c’est qu’elles tournent pour 4 ou 6 mois et découvrent à chaque fois le pays. Il n’y a plus cette permanence que nous avions avant, des unités pré-positionnées, qui faisaient que les gens connaissaient parfaitement l’endroit. Il faut des unités tournantes mais elles doivent être formées. Ce n’est plus le cas car il n’y a plus d’enseignement africaniste à l’école de guerre ni à Coëtquidan. J’ai été mis sur la touche, ce qui fait que nos jeunes officiers supérieurs ne sont pas formés.

Ils reçoivent simplement des consignes sur la saison des pluies, le prix des tomates sur le marché, mais ils n’ont pas la formation sur les populations qu’ils vont voir. Il est évident que s’ils sont projetés en milieu Toubou, ce n’est pas le même comportement qu’il faut avoir que dans le milieu Dogon, Bambara ou Peul. C’est essentiel, c’est ce qu’il manque. C’est pour cela que j’ai fait ce livre, pour qu’il soit manuel et élément de référence pour les troupes et pour les gens qui s’y intéressent.

Breizh-info.com : Passons à la situation en Algérie. Quelle est votre analyse sur la démission de Bouteflika et sur l’annonce de nouvelles élections ?

Bernard Lugan : Le système est en place, et se maintient en place. Ils ont sacrifié le clan Bouteflika, et les oligarques autour, pour maintenir l’essentiel du système. L’armée est en place, l’administration est en place. Les manifestants vont-ils se satisfaire de cela ? Ils se sont faits voler leur révolution.

Breizh-info.com : Vous avez lancé vos cours en ligne, en débutant par l’Afrique du Sud. Est-ce une alternative à l’Afrique réelle, car format d’avenir ? Quel succès rencontrez-vous ?

Bernard Lugan : Plusieurs centaines d’abonnés déjà. Le prochain cours portera sur le Sahel, pour comprendre. Un cours plus long, plus structuré, qui va intéresser tout le monde. C’est complémentaire avec l’Afrique réelle, qui est la revue papier, avec de l’analyse et de l’actualité mensuelle.

Ce système de vidéos permettra de toucher un plus grand nombre. Quand j’ai eu l’occasion de parler sur un ou deux sites Internet, en vidéo, j’ai eu 150 000 à 200 000 visites. Quand je vends un livre en librairie je fais 2 000 exemplaires. Donc je pense qu’il faut profiter de cette opportunité Internet pour faire passer nos messages.

Le format papier est intéressant, mais pour une clientèle limitée, ou pour des références comme le livre que je viens de faire sur le Sahel. Mais pour le quotidien, pour l’analyse quotidienne, Internet est la meilleure solution.

Breizh-info.com : Quels sont les points chauds à suivre en Afrique dans les prochains mois selon vous ?

Bernard Lugan : Vous avez l’Algérie bien entendu. La Libye. Toute la région sahélienne. Mais aussi le Soudan qui part en vrille actuellement, avec la question du Centrafrique qui est liée. Toute la région des Grands lacs bouge également. Tout bouge en Afrique. La fin de l’histoire est une plaisanterie.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR [cc]
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