L’incendie de Notre-Dame de Paris remet en lumière les problématiques de sécurité sur les chantiers nantais – et notamment ceux du patrimoine. Or, il est inquiétant de constater qu’à Nantes en particulier, de sérieux progrès sont à faire.

Six mois après l’incendie, les reliques des Enfants nantais en libre service… ou presque

Il y a presque quatre ans, la toiture de la basilique Saint-Donatien était ravagée par un incendie, à la suite probablement d’un accident avec un chalumeau – comme la cathédrale de Nantes en 1972. Six mois plus tard, un lecteur de Breizh Info pénétrait sans difficulté dans le chantier, peu, voire pas sécurisé… pour y constater que même les reliques des Enfants nantais, morts à la fin du IIIe siècle, n’avaient pas été évacuées malgré leur grand intérêt au moins archéologique – pour les agnostiques.

« Les travaux n’avaient commencé qu’en octobre, mais en décembre encore, les abords de l’édifice me semblaient peu voire pas gardés, à part l’entrée principale. Je me suis dit qu’en passant par le cimetière, je tomberais sur une entrée secondaire non sécurisée. Effectivement, une porte latérale était juste rabattue, pas fermée à clé comme elle aurait dû l’être », explique-t-il.

« Je suis donc entré par là et j’ai vu une basilique où il y avait beaucoup d’eau par terre… des flaques même, il pleuvait dedans en fait, mais rien n’avait été enlevé. Ni les chaises, ni les tableaux, tout baignait dans l’huile… enfin dans l’eau. Je suis allé immédiatement à la crypte, où à mon grand étonnement le reliquaire était en place… avec les reliques. Qui sont les plus anciennes de Nantes. Qu’on y croie ou non, elles ont une importance historique énorme, mais visiblement personne n’en avait rien à faire », continue-t-il.

« Après avoir pris des photos de tout ça, je suis remonté dans l’église, dont j’ai fait tranquillement le tour – il y avait des ouvriers sur la tribune mais ils ne m’ont pas vu – puis j’ai emprunté un colimaçon pour accéder d’abord au triforium du transept sud, puis au pourtour de la toiture – au ras de la charpente qui avait brûlé. J’en ai fait non moins tranquillement le tour, et je n’ai fini par tomber sur une présence humaine que vers la tribune, avant de redescendre l’escalier de la tribune et de sortir par l’entrée principale du chantier ».

Après quoi, « je me suis mis en devoir d’appeler la mairie et l’évêché, en leur disant que j’avais fait mon devoir de citoyen et de journaliste en entrant sur les lieux, et en constant l’absence de sécurité – ainsi que le défaut d’évacuation des reliques, et que je le faisais encore en les alertant pour qu’ils fassent la mise en sécurité plutôt qu’en publiant mon témoignage. J’ai appris au passage que la paroisse s’était vu interdire l’accès à la sacristie, intacte, mais sur laquelle pouvaient tomber des débris de la toiture – si bien que les reliques n’ont pas été évacuées alors et le contenu de la sacristie non plus ».

Après avoir menacé de porter plainte, mairie et évêché ont fini par faire le nécessaire. « Quand je suis revenu trois semaines plus tard pour inspecter les abords de l’église, j’ai constaté avec joie que les abords de l’église ont vu leur sécurité renforcée, les portes latérales fermées et des détecteurs de présence installés. Depuis, la sécurité de l’accès chantier a été très nettement renforcée du côté de la place. Et le parapluie étant installé, il ne pleut plus dedans. Mais enfin le fait seul d’avoir eu à y rentrer et ensuite à insister lourdement pour qu’ils fassent le nécessaire, c’est tout de même dingue. Fou d’incompétence et de pusillanimité même ».

Un tailleur de pierres : « la sécurité sur les chantiers du patrimoine, c’est une grande illusion »

Il est tailleur de pierres pour une entreprise qui le fait travailler sur des chantiers du patrimoine partout dans le Grand Ouest. Nous ne divulguerons ni son identité, ni sa fonction exacte. Mais son témoignage est capital et indique que le cas de Saint-Donatien, ouverte à tous vents ou presque six mois après l’incendie, n’est pas du tout isolé.

« Généralement, plus il y a de mesures de sécurité prises et plus il y a de failles. On en fait des tonnes pour le montrer aux riverains ou aux décideurs politiques – généralement c’est du pareil au même, mais en fait derrière le roi est nu. Et on peut entrer même par hasard. Souvent, les plus grosses failles sont liées à un désir de simplification – par exemple rendre les accès plus pratiques pour les ouvriers qui les empruntent sans cesse, ou mettre sur le compte-rendu le nom et les coordonnées de tous les intervenants – c’est pratique pour tout le monde, surtout pour celui qui veut se faire passer pour quelqu’un d’autre ».

Il y a aussi les nécessités du culte : « Quand on maintient le culte, il y a intérêt à bien barricader la zone de chantier. Généralement, qui trop embrasse mal étreint : on n’a besoin que des accès au clocher mais on barre la moitié de la nef avec des barrières. Hélas, y en a toujours une qui est mal fixée – ou démontée volontairement car il reste du matériel paroissial de l’autre côté – et donc on peut rentrer dans l’enceinte du chantier par la partie qui reste ouverte au public, parfois en dehors des messes. Autant ne rien faire du tout ».

« Tout le monde s’en fout…»

Il se fait plus précis. « Actuellement, il y a un gros chantier sur Nantes. Des travaux très lourds, fermeture au culte, etc. Cependant les accès au chantier sont protégés par le même code, qui figure sur les compte-rendus de chantier : c’est un non-sens ! Pareil, ils ont fait un Fort Knox sur la place qui bouffe la moitié des stationnements – autant dire que dans le quartier, on est populaires ! –  et mis des barrières pour englober les accès latéraux, mais elles sont régulièrement démanchées et les portes latérales parfois ouvertes – c’est n’importe quoi. Ils auraient mieux fait de murer carrément ces portes de l’intérieur avec des planches, puisqu’il n’y a plus de culte de toute façon, plutôt que de piquer six places de stationnement de chaque côté et 20 devant pour ne même pas réussir à assurer la sécurité des lieux ».

« Et ce n’est que l’accès simple aux bâtiments. Parfois on voit des friches qui sont mieux protégées que les chantiers – souvent, par peur des squats ou des voleurs de câbles. C’est quand même le comble ! Sur un chantier on laisse du matériel, des métaux, il y a des parties dangereuses, des échafaudages, du vide… mais tout le monde s’en fout. On ne prend même pas en compte le risque d’une intrusion, qui peut être le fait d’un groupe de jeunes qui veut visiter ou se griller des clopes là haut, vue sur la ville, mais aussi de voleurs ou autres ».

Ailleurs, ce n’est pas mieux. « Je me souviens d’un chantier sur Paris où le cadenas d’accès au chantier – heureusement dans une sorte de cour – avait été perdu. Du coup il y avait un gros fil électrique tressé, passé dans les anses du cadenas. C’est resté comme ça longtemps, deux mois peut être, jusqu’à ce qu’on aie une intrusion et un gros vol de matériel. Sur un autre site dans les mêmes conditions on s’est fait piquer les plans – ça au moins, ça se remplace ».

Émilie Lambert

Crédit photo : Yhs/Wikimedia (cc)
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