La Bretagne ne vote pas comme l’ensemble de la République française. Ainsi le Rassemblement national n’y est arrivé qu’en troisième position, après les listes Loiseau (LREM) et Jadot (EELV), aux élections européennes. Pourtant on observe une progression significative du vote RN dans les zones rurales.

En troisième position

La Bretagne n’a jamais été une terre riche en électeurs pour le Front national, bien que son président, Jean-Marie Le Pen, soit un enfant de la Trinité-sur-Mer. Aujourd’hui on peut faire le même constat pour le Rassemblement national. Une confirmation récente à l’occasion des élections européennes : la liste soutenue par Marine Le Pen réalise seulement 16,59 % des suffrages exprimés en Bretagne (5), contre 23,3 % à l’échelon national, soit une différence de sept points.

Des communes rurales éloignées des grandes villes et de la côte

Pourtant une observation fine des résultats permet d’observer une progression nette dans de nombreuses communes. En effet, sur les 1 418 communes que compte la Bretagne (5), 471 ont placé la liste de Jordan Bardella en tête. Soit 142 sur 347 dans les Côtes-d’Armor, 49 sur 278 dans le Finistère, 98 sur 336 en Ille-et-Vilaine, 63 sur 207 en Loire-Atlantique et 119 sur 250 dans le Morbihan.

En règle générale, nous avons affaire à des communes rurales, souvent du rural profond, éloignées des grandes villes et de la bordure maritime, et situées en Bretagne intérieure. De communes souvent en perte de vitesse, vieillissantes, mourant à petit feu. Là, l’effet « Gilets jaunes » s’est combiné avec le mécontentement du monde rural. Dans ces communes « contestataires », on trouve aussi bien Locarn, siège de l’institut où se réunissent les patrons bretons, que Scrignac, commune communiste où fut assassiné l’abbé Perrot. Mais aussi la Chapelle-de-Brain où se trouve la résidence secondaire du néolibéral Alain Madelin. Sans oublier les cités ouvrières, anciennes chasses gardées du PCF, comme Donges, Montoir-de-Bretagne, Trignac et Lanester. L’exception confirmant la règle, une commune en bonne santé économique a « mal voté » : La Gacilly, commune mise sous cloche par la famille d’Yves Rocher – conséquence d’un mécontentement local.

Plus de suffrages qu’en 2014

En apparence, le FN-RN n’a pas progressé d’une élection européenne à l’autre en Bretagne (5) : 16,90 % en 2014 et 16,59 % en 2019. Mais tout change si on considère le nombre de suffrages obtenus : 248 804 en 2014 et 296 793 en 2019, ce qui signifie une progression de 47 989 vois, ce qui n’est pas insignifiant.

Bernard Morvan

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