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Les mots-clés de Franck Louvrier depuis le 26 mai : « ouverture », « rassemblement », « élargir ». Pour gagner les élections municipales à La Baule, il aura besoin d’enrichir son vocabulaire avec un autre mot : popularité.
Une ville en or pour la droite
La Baule est une ville en or pour la droite – sociologie oblige. Au premier tour de la présidentielle de 2017, François Fillon y obtient 45,04 % des suffrages, devant Emmanuel Macron (25,05 %). Mais les difficultés commencent à apparaître lors des élections législatives. Au premier tour (11 juin), Sandrine Josso (LREM) devance Franck Louvrier (LR) : 41,42 % pour elle, 34,99 % pour lui. Au second (18 juin), Mme Josso parvient à dominer difficilement M. Louvrier : 50,54 % contre 49,46 % à La Baule.
Malgré ce manque d’enthousiasme des électeurs baulois pour sa personne, Franck Louvrier, sarkozyste pur jus, s’y voyait déjà : il rêvait de devenir le maire de La Baule en mars 2020. Pour ce faire, il avait préparé le terrain. S’étant arrangé pour devenir président de la fédération LR de Loire-Atlantique, il était bien placé pour que sa liste reçoive l’investiture du parti et fasse figure, de ce fait, de liste officielle de la droite. Ce qui pouvait permettre de contrer les notables de l’actuelle municipalité qui auraient été tentés de monter une liste « droite dissidente », utilisant l’argument de la « défense des intérêts locaux », avec comme sous-entendu « Tout sauf Louvrier ».
Afin d’effectuer sa campagne dans des conditions favorables, il avait même obtenu de Christian Estrosi un job peu contraignant à Paris. Un job susceptible de lui accorder beaucoup de temps libre pour labourer le terrain : « directeur de la communication et des relations institutionnelles de la Métropole Nice-Côte d’Azur ». Une combine entre sarkozystes…
Changement de discours après les européennes
Tout cela semblait bel et bon jusqu’aux élections européennes du 26 mai. Patatras ! La bonne ville de La Baule donne la préférence à Nathalie Loiseau (34,57 %), laissant François-Xavier Bellamy seize points derrière (18,11 %). L’électorat de droite a découvert les charmes du progressisme ! En bon politicien, Franck Louvrier change immédiatement son fusil d’épaule et tient un discours approprié : « L’important, c’est de rassembler le plus largement possible (…) Notre seul choix, c’est d’élargir au maximum. C’est la stratégie de Macron ; ce doit être la nôtre. J’aurai d’ailleurs sur ma liste aux municipales, à La Baule, des LREM et des gens de gauche. » (Presse Océan, mercredi 29 mai 2019). « Paris vaut bien une messe », disait Henry IV en se convertissant au catholicisme. Une semaine plus tard, Louvrier confirme son virage. D’abord un « big bang du sol au plafond » s’impose au parti, selon lui. Ensuite, il prône « l’ouverture et le rassemblement » ; il souligne l’importance de la dimension locale et « la capacité des élus locaux à rassembler des profils différents autour d’eux ». Il a également une petite idée sur la recomposition de « la droite » qui passera, à l’entendre, par la priorité donnée aux thématiques « de la sécurité et de l’écologie » (Presse Océan, mardi 4 juin 2019). Bizarrement il n’a rien à dire sur l’immigration, l’emploi et les impôts locaux, trois sujets qui passionnent les électeurs.
Prêt à s’allier avec le diable
On l’aura compris, Louvrier est prêt à s’allier avec le diable pourvu que ça lui ouvre les portes de l’hôtel de ville de La Baule. Traduction en langue de bois : « ouverture » et « rassemblement ». Se découvrir subitement « Macron – compatible » avec Agir lui faciliterait grandement la tâche en lui permettant de conserver son statut de candidat « officiel ». Mais il lui faudra compter avec des « amis » de l’actuelle municipalité qui n’ont pas l’intention de céder la place au « Parisien ». Sans oublier Sandrine Josso (LREM), conseillère municipale d’opposition à Herbignac et député de la circonscription, qui s’est installée à La Baule depuis un an. Elle aussi louche vers la mairie, l’actuel maire, Yves Métaireau (LR), ne se représentant pas. Mais elle a démissionné de La République en marche. C’était peut-être avant le 26 mai ? En tous les cas, la commission nationale de LREM analysera les candidatures dans toutes les communes de plus de 9 000 habitants. Donc La Baule. « Il n’y a donc eu aucune investiture donnée ou refusée ce jour à La Baule », indique Stéphane Gachet, référent départemental du parti présidentiel (Presse Océan, samedi 1er juin 2019).
Une certitude, le cas de La Baule sera tranché à l’Élysée. Louvrier y a ses entrées (copain avec Macron) et pèse évidemment plus lourd que Josso.
Bernard Morvan
Crédit photo : DR
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