Catherine Salles est agrégée de Lettres Classiques, docteur d’État en Lettres Classiques, et enseignante à l’université Paris X-Nanterre en Latin, civilisation classique. Elle vient de publier un ouvrage, une biographie de Néron, aux éditions Perrin. Nous l’avons interrogé.

Depuis deux mille ans, aucun empereur romain, à l’exception d’Auguste, n’a suscité autant d’études que le dernier représentant de la famille impériale julio-claudienne. Tour à tour historiens, dramaturges, romanciers, cinéastes, selon leur sensibilité et leurs convictions, ont choisi Néron comme sujet de leurs œuvres.

Pline l’Ancien n’avait pas hésité à mettre sur le même plan Caligula et Néron, qualifiés par lui de « fléaux du genre humain ». Considéré comme l’Antéchrist par les chrétiens, Néron a offert la figure la plus emblématique du crime et de la perversité. Néron a été un assassin, sacrifiant en particulier son frère Britannicus, sa mère Agrippine, son épouse Octavie, et bien d’autres victimes éliminées au gré de sa politique. Néron a aussi procédé à la première persécution des chrétiens. Personnage obscur et complexe, Néron ment, assassine, extermine, guidé par la crainte des réactions de son entourage et du peuple romain.

C’est ce règne étonnant, à la fois terrifiant et burlesque, que décrit ce livre. Au passage, Catherine Salles tord le cou à quelques idées reçues et explique que Néron n’est pas responsable de l’incendie de Rome.

Néron – Catherine Salles, éditions Perrin, 288 pages, 23 euros.

Nous avons interviewé Catherine Salles, ci-dessous :

Breizh-info.com : Qui était Néron ? (Sa lignée, ses ancêtres, ses descendants.)

Catherine Salles : C’est le dernier représentant de la dynastie des premiers empereurs de Rome, les Julio-Claudiens (Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron).  Il est issu des grandes familles aristocratiques de Rome. Sa mère Agrippine, épouse de l’empereur Claude, le pousse au pouvoir et, pendant les premières années de son règne, exerce en fait le pouvoir.

Breizh-info.com : Pourquoi est-il un des empereurs qui a sans doute le plus marqué la postérité ?

Catherine Salles : Néron a marqué la postérité, car il est devenu l’exemple de la cruauté des empereurs. Mais on ne prête qu’aux riches ! Certes il a fait tuer sa mère Agrippine, son frère Britannicus, sa femme Octavie, et beaucoup de Romains qui s’opposaient à lui. Cependant les cinq premières années de son règne ont été très positives, de bonnes mesures, sur les conseils de ses deux professeurs, Sénèque et Burrus.

On l’a accusé à tort d’avoir mis le feu à Rome. C’est faux. L’incendie a sans doute été accidentel et Néron s’est fort bien comporté pour neutraliser ce sinistre qui s’est déchaîné pendant dix jours et a détruit les quartiers du centre de Rome.

Néron a été surtout un homme de spectacles, étant lui-même chanteur, comédien, cocher de cirque. Il a progressivement subordonné toutes ses activités à sa conception d’un pouvoir lié à l’esthétisme, ce qui déplaisait à une partie de ses sujets.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a particulièrement intéressée, surprise, dans l’étude du personnage ?

Catherine Salles : Néron est un être fascinant, détestable par bien des côtés, mais intelligent.

Breizh-info.com : Avez-vous d’autres livres sur le sujet qui vous ont particulièrement plus récemment et que vous conseilleriez à nos lecteurs ?

Catherine Salles : Il y a un livre que je conseille : celui de Virginie Girod, Agrippine. Sexe, crimes et pouvoir dans la Rome impériale, Paris, Tallandier, 2015.

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