surpopulation

« Notre planète ne peut accueillir de façon durable et avec un niveau de vie correct que 3 à 4 milliards d’individus ». Tels sont les propos que nous livre Denis Garnier, responsable de l’association Démographie responsable, association humanitaire, au sens premier du terme, dont l’objet est le suivant :

En incitant à l’autolimitation de la natalité, notre association a pour objet d’œuvrer pour la stabilisation de la population humaine, voire sa diminution sur le long terme. Excluant tout ce qui ne respecterait pas les droits humains ou qui remettrait en cause la liberté de procréer, notre démarche passe par une bonne information de chacun(e) sur les conséquences de la pression démographique pour les générations futures, les autres espèces et l’environnement.

En parallèle à cette bonne information, nous nous donnons entre autre pour mission de soutenir toutes les initiatives en faveur de l’instruction, condition nécessaire à la compréhension par tout être humain des dangers écologiques liés à la surpopulation.

Une association écologiste donc, qui a sans doute cerné avant tout le monde en France l’enjeu majeur pour la préservation, demain, de notre planète.

Nous l’avons interrogé suite au rapport alarmant de l’ONU sur les perspectives démographiques mondiales à venir.

Breizh-info.com : Que vous inspire le rapport évoquant la démographie mondiale à venir, et notamment l’explosion démographique en Afrique et en Asie ?

Denis Garnier (démographie responsable) : Les projections de l’ONU y sont en très légère baisse par rapport à celles d’il y a 2 ans à la même époque. En gros, moins 30 millions d’humains en 2050 et moins 300 millions en 2100, par rapport à ce qui était annoncé en 2017, ce qui donnerait donc en arrondissant 9,7 milliards de personnes sur la planète au milieu du siècle et 10,9 milliards à  la fin de celui-ci. C’est évidemment une meilleure nouvelle que l’inverse, mais c’est encore beaucoup trop, puisque sur la base de l’empreinte écologique, notre planète ne peut accueillir de façon durable et avec un niveau de vie correct que 3 à 4 milliards d’individus.

Breizh-info.com : Pourquoi dites vous que notre planète ne peut accueillir de façon durable et avec un niveau de vie correct que 3 à 4 milliards d’individus ? Quels sont vos arguments ?

Au moment de la COP23, 15.000 scientifiques du monde entier, dont 1.000 français, ont publié un appel dans lequel ils listaient treize mesures pour contenir le réchauffement et stopper les dégradations environnementales : deux d’entre elles concernaient la démographie.

La première faisait référence au planning familial et à l’éducation des filles, quant à la seconde elle proposait de déterminer une population soutenable de la planète, c’est-à-dire le nombre d’humains que la Terre peut accueillir de façon durable en n’utilisant que ses ressources renouvelables.

De notre côté, à Démographie Responsable, nous avons essayé de répondre à cette question en utilisant l’indicateur écologique le plus communément admis aujourd’hui, à savoir l’empreinte écologique* (consommation plus absorption des déchets) et son alter ego la biocapacité (ressources renouvelables disponibles), toutes deux étant ramenées à des surfaces évaluées en hectares. Se fondant sur ces seuls paramètres, l’exercice a donc évidemment ses limites.

Nous sommes ainsi partis du principe que chaque pays devrait être en équilibre avec lui-même et donc avoir une empreinte égale à sa propre biocapacité. Attention il ne s’agit pas d’autarcie, les pays continuent évidemment à commercer, mais en gros ce qui rentre équilibre ce qui sort. Ensuite on a considéré que les pays devraient avoir un niveau de vie équivalent, pour éviter toute jalousie entre eux.

Enfin, on a choisi un niveau de vie compris entre la biocapacité  moyenne de la planète (1,7 hectares) et son empreinte moyenne (2,9 hectares), ce qui semble justifié car il paraît difficile de sortir de ces limites sans être trop bas en terme de niveau de vie ou trop haut en terme d’empreinte.

Chaque valeur choisie entre ces deux bornes a donné le nombre d’habitants que le pays peut accueillir. Plus le niveau de vie est ambitieux, plus le nombre d’habitants est faible.
Et pour chaque valeur on a regardé ce que cela donnait globalement pour la planète. Finalement, cela conduit à une « population soutenable » comprise entre 4,4 et 7,4 milliards d’habitants.

Cependant, comme dans le cas étudié au-dessus il est conseillé à un grand nombre de pays déjà densément peuplés de faire décroître leur population, on peut raisonnablement s’interroger sur le fait de laisser la population des pays créditeurs croître au prétexte qu’ils ont d’importantes réserves de ressources renouvelables  (cas des Canada, Russie, Brésil, RDC,…).
Et donc en faisant le réajustement suivant : les pays favorisés par la nature n’augmentant pas leur effectif, la population finalement obtenue au niveau mondial (et qualifié ici de « population optimale ») se situerait entre 3 et 4,1 milliards.

Il est bien évident que si, à partir d’une concertation internationale de toutes les parties, un consensus était obtenu sur le sujet, de tels effectifs ne pourraient être atteints sans contrainte qu’au siècle prochain, et ce sur la base de familles ne dépassant pas volontairement les 2 enfants.

Voici le lien vers l’article détaillé que j’ai rédigé sur le sujet.
https://www.demographie-responsable.org/notion-de-population-soutenable-et-de-population-optimale.html

Breizh-info.com : Les Etats africains et asiatiques ne semblent pas prendre la mesure de l’explosion de la démographie sur leur continent. Que faut-il faire selon vous ?

Denis Garnier (démographie responsable) : En fait, il n’y a pas que dans les pays développés que l’on s’inquiète de ces questions. Je rappelle que l’été dernier, les parlementaires de la CEDEAO (Communauté Économique Des États de l’Afrique de l’Ouest) se sont prononcés pour que les taux de fécondité de leur région soient ramenés à 3 enfants par femme d’ici à 2030. Ceci étant, pour y arriver, il faudrait une mobilisation massive des chefs d’État des dits pays et aussi de la communauté internationale en temps que contributeur financier. Il faudrait donc, comme l’a suggéré l’ancien président Sarkozy, mettre en place des COP sur la démographie avec des engagements contraignants à la fois pour les pays donateurs (sur le financement du planning familial et l’éducation), mais aussi pour les pays bénéficiaires de ces aides en ce qui concerne un rythme de baisse de la fécondité négocié en amont.

Breizh-info.com : Les Etats européens semblent également passifs face à ces rapports successifs qui font état de la plus grande menace planétaire en gestation. Pourquoi la lutte contre le réchauffement climatique et pas la lutte contre la surpopulation en Afrique et en Asie ?

Denis Garnier (démographie responsable) :  Les états européens essaient, sans grand succès il faut bien le reconnaître, d’agir sur le court terme, et il est vrai qu’une baisse drastique des émissions de CO2 aurait un effet significatif sur le réchauffement futur. Ceci étant, ils omettent de s’intéresser à la question démographique car toute action dans cette direction relève du moyen et du long terme. Leur erreur étant que c’est justement parce que les résultats sont longs à venir qu’il faut s’en préoccuper dès aujourd’hui.

L’autre raison moins glorieuse est que nous vivons dans l’ère de la repentance et que nos politiques et intellectuels ont peur d’être qualifiés de néo colonialistes, voire pire, d’où leur inaction dans ce domaine.

Breizh-info.com : Est-il vrai que l’Europe va connaitre quant à elle un hiver démographique l’obligeant à recourir à de fortes migrations ? N’y a t’il pas d’autres alternatives ?

Denis Garnier (démographie responsable) :  L’Europe, enfin l’UE est une région avec des densités (en hab/km2) parfois fortes. On peut citer les Pays-Bas (407), la Belgique (365), le Royaume-Uni (272), l’Allemagne (233), l’Italie (201), ce qui nous semble déjà bien élevé  par rapport à la France (118). Qu’on en juge : nous serions 200 millions de français avec la densité belge et cela peut donner à réfléchir quand on est dans le métro, les encombrements ou sur une plage… Et donc, même une baisse de la population européenne ne nous affolerait pas, du moins si elle n’était pas immédiatement compensée par la venue de personnes extra-européennes, processus qui annihilerait l’aspect bénéfique de cette décroissance à la fois démographique, mais aussi économique et même en terme d’émissions de GES.

Breizh-info.com : Quels sont les enjeux pour les prochaines décennies ?

Denis Garnier (démographie responsable) : Les peuples européens et en particulier le peuple français doivent se mobiliser autour de ces questions afin de faire prendre conscience aux politiques en place de l’urgence du sujet.

Breizh-info.com : Parlez nous de votre colloque. Et de ses conclusions ?

Denis Garnier (démographie responsable) : Nôtre colloque du mois de mai dernier rassemblait des scientifiques spécialistes du climat et de la biodiversité. Tous les intervenants ont convenu que la croissance démographique à joué un rôle significatif dans le réchauffement et l’effondrement de la biodiversité. Nous serons amenés dans les prochains mois à réitérer ce genre d’événement puisqu’il a connu un certain succès.

Pour retrouver ces conférences, rendez vous sur la chaine Youtube de l’association.

Propos recueillis par YV

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