Je me souviens d’une discussion que j’avais engagée vainement à Rennes, il y a quelques années (en 2014), dans le bureau de Vincent CHAMARET, Directeur de B.C.I (Bretagne Commerce International). B.C.I est une association remarquable (que beaucoup de régions françaises et européennes cherchent à imiter) subventionnée et chargée par la Région Bretagne de fédérer les actions afin de promouvoir les Exportations mais aussi le développement des investissements productifs étrangers en Bretagne.

Le sujet de notre discussion portait sur l’exportation des produits bretons et le peu d’assistance que la Région Bretagne apportait aux exportateurs bretons dans le secteur complexe de la logistique et principalement du Transit Maritime International.

De mon point de vue, et je n’ai pas changé d’avis depuis, les exportateurs bretons souffrent des contraintes logistiques qui leur sont imposées par la géographie mais aussi de la complexité, parfois de l’opacité des formalités et solutions à l’Export. De nombreuses petites et moyennes entreprises ne sont pas en possibilité de recruter un Responsable Export ou un spécialiste en Transport et en Transit international pour chercher et trouver le moyen de transport le plus adapté et le plus compétitif… Souvent, c’est le patron lui-même qui s’y colle après sa journée « normale » de travail…

Quand le patron ne peut pas ou ne souhaite pas travailler sur la solution c’est son « transporteur ou transitaire préféré » qui est approché pour faciliter l’ensemble des démarches et rechercher le meilleur rapport qualité-prix transport depuis l’entreprise de départ vers le client destinataire à l’étranger.

Mais l’intérêt du Transitaire n’est pas toujours le même que celui de l’Exportateur. Une Agence de Transit filiale d’un grand groupe international respectera les instructions de son Siège Europe localisé à Paris, Anvers ou Rotterdam et chargera, de préférence, les marchandises qui lui sont confiées en fonction de ses propres intérêts, de ses accords commerciaux négociés auprès des Compagnies maritimes et Transporteurs routiers…

Il n’est donc pas rare de voir un produit breton confié à transporteur ou transitaire étranger pour être finalement embarqué dans un Port d’Europe du Nord. A l’Exportateur Breton qui s’interroge on répondra qu’il n’y avait pas de solution au départ des Ports Bretons !

Et alors, allez-vous me dire !

C’est là que je reviens à notre discussion avec Vincent CHAMARET… Laquelle discussion prend aujourd’hui toute son importance en raison de la très difficile situation économique de nos entreprises en Bretagne, de leur perte extraordinaire de compétitivité à l’Export (principalement pour l’agroalimentaire), des nouvelles contraintes administratives et normes imposées et des procès en sorcellerie intentés aux transporteurs routiers bretons qui, bien évidemment, polluent volontairement l’air que nous respirons quand ils transportent les marchandises exportées…

Comme si la SNCF et le fret ferroviaire, totalement délaissés depuis tant d’années en France et en Bretagne, étaient en mesure de traiter de façon efficace, compétitive et pérenne nos exportations !

J’expliquais alors à Vincent que je ne comprenais pas pourquoi un produit breton exporté par voie maritime à l’International devait dans 90 % des cas être transporté vers les Ports du Havre, de Rouen, de Dunkerque, d’Anvers ou de Rotterdam et d’ailleurs afin d’être embarqué sur des navires de ligne vers sa destination finale Outre-Mer ?

En 2019, 5 ans plus tard, je ne comprends toujours pas pourquoi personne ne se préoccupe en Région Bretagne de ce problème majeur pour notre économie, nos exportateurs et nos exportations. Pour moi et certainement aussi pour de nombreux Bretons, un produit Breton doit s’exporter depuis un Port Breton. Pourquoi ?

  • Pour diminuer les coûts de préacheminement depuis l’entreprise de départ vers le port d’embarquement et renforcer ainsi la compétitivité de nos produits à l’International. Donc, développer encore les exportations, renforcer l’emploi et même l’augmenter en Région Bretagne ! Il est évident qu’un conteneur transporté vers Brest coûte moins cher en transport routier qu’un trajet vers la Belgique ou les Pays-Bas ! Sauf à faire intervenir des transporteurs roumains, bulgares ou serbo-croates en situation de « cabotage » plus ou moins légale…
  • Pour créer de l’emploi et des richesses en Bretagne dans ces nombreuses filières logistiques plutôt que d’en créer en Belgique, Pays-Bas ou Allemagne. Transporteurs, chauffeurs, manutentionnaires, logisticiens, gestionnaires de stocks… Plus il y a de conteneurs à l’Export plus il y a de besoins en techniciens et logisticiens ! Partout !
  • Pour stimuler la compétitivité de nos ports trop longtemps délaissés par le pouvoir régional socialiste et l’Etat : Montoir de Bretagne (le bien nommé !) mais aussi Lorient, Brest, Roscoff, Saint-Malo… L’afflux de conteneurs à l’Export permettra déjà d’amortir plus facilement les investissements déjà parfois réalisés et de diminuer ainsi les coûts opérationnels des Ports concernés et réduira aussi les coûts de livraison des produits et matériels dont nous avons besoin par des importations maritimes directes !
  • Pour réduire notre empreinte carbone : Moins on roule, moins on pollue… Même les écologistes ne trouveront rien à redire à ce projet ! 95 % des échanges économiques mondiaux sont réalisés par la mer. Le transport maritime est 3 fois moins polluant que la route et 15 fois moins que l’avion… Exporter depuis un Port Breton signifie des millions de kilomètres parcourus en moins par la route chaque année !
  • Pour renouer avec notre passé prestigieux, notre histoire maritime, notre culture, créer des vocations, rapprocher les continents, les Hommes… Rappelons-nous de la Compagnie des Indes (créée par Colbert), de la construction du Port de L’Orient (aujourd’hui Lorient), de ces Messieurs de Saint-Malo et de leurs navires qui commerçaient sur toutes les mers du globe…

Sans oublier la construction navale civile et militaire, la réparation navale… Et de la dynamique générale qui s’ensuivrait : Investissements nouveaux, travaux dans le bâtiment, entrepôts, extensions portuaires, en bref et enfin : Du vrai développement économique et pas de l’assistanat…

Certains mauvais esprits me diront que c’est irréalisable car les Compagnies Maritimes Internationales ne veulent pas venir à Brest, Lorient, Roscoff ou Saint-Malo…  Mais si elles ne viennent pas aujourd’hui c’est bien parce qu’elles n’ont rien à y charger ou à y décharger ! Qu’il n’y a aucune politique mise en œuvre pour les séduire et les « accrocher » ! Offrons-leur nos exportations et notre fret et nous verrons bien si elles ne répondront pas à la demande en proposant une offre adaptée aux besoins des entreprises de Bretagne. Dans la compétition mondiale qu’elles se livrent, aucune compagnie maritime ne refuse en ce moment un volume de fret significatif et bien payé !

La preuve en est avec notre lait à destination de la Chine. Nos acheteurs chinois ne se sont-ils pas prononcés pour venir à Brest charger directement le lait ? Par une Compagnie Maritime chinoise ? Où en est-on d’ailleurs Monsieur le Maire de Brest ?

Le vrai problème, il y en a un, c’est que nos politiques, socialistes pour la plupart, s’en contrefichent éperdument ! Allez expliquer à un professeur, un inspecteur des impôts ou autre fonctionnaire, peut-être compétent dans son domaine, élu démocratiquement bien sûr et en charge de nos Mairies, Départements et de notre belle Région Bretagne ce qu’est une économie dynamique et compétitive sur les marchés intérieurs et extérieurs !

La plupart n’y comprennent rien ! le monde de l’Entreprise et de la compétitivité à l’International est un « Nouveau Monde ». Il reste à l’explorer ! Sans doute à la façon de Christophe Colomb… (voir ma Tribune précédente) * En organisant de belles missions de prospection à l’International, payées par le « Con-Tribuable » et toujours sans aucun résultat économique tangible ! En pays socialiste le « retour sur investissement » est un gros mot ! La « culture de résultat » un non-sens !

Et même si la Région Bretagne devait contribuer financièrement et exceptionnellement quelque peu au soutien-développement de cette filière logistique Export, ne vaut-il pas mieux payer pour des emplois en Bretagne ? Assurer pour des années l’avenir de nombre de nos enfants plutôt que de les laisser sans espoir et dans l’obligation, eux, de s’exporter dans le monde entier !

D’ailleurs, le retour sur cet investissement régional serait garanti par des emplois en plus, une augmentation du Chiffre d’Affaires des entreprises du Secteur Logistique et les Taxes correspondantes… Une participation de l’Etat pourrait aussi s’envisager !

Le Cluster Maritime Français n’écrit-il pas que le Secteur Portuaire, s’il venait à être développé par l’Etat, pourrait générer 150 milliards d’euros de C.A et 1 million d’emplois en France d’ici 2035 !

Le sursaut doit venir dès maintenant par une mobilisation des acteurs économiques, des électeurs qui doivent prendre conscience des enjeux pour notre Région Bretagne !

Comment comprendre aussi qu’une fois le Brexit appliqué, les marchandises en provenance ou à destination d’Irlande et du Royaume-Uni passeront devant nos ports pour aller se faire charger ou décharger dans les ports de Belgique ou des Pays-Bas alors qu’il aurait été possible de « capter », en grande partie, ce nouveau marché qui nous tendait les bras !

Bien évidemment personne n’est « responsable » de ce fiasco ! Ni à Paris ni en Région Bretagne ! Il y a des moments où j’échangerai bien un Professeur d’Histoire contre un Professeur de Géographie !

Comment comprendre que la grande majorité des produits importés en Bretagne, qui passent au large de la Bretagne, transitent par les Ports Européens du Nord avant d’être transportés par la route jusqu’à leur destinataire final en Bretagne ?

Une fois de plus l’absence d’anticipation et de vision de nos élus socialistes est terrifiante !

Mais qui sera surpris ?

Des milliers d’emplois nouveaux sont possibles dans nos territoires, dans nos villes, dans nos ports ! A nous de le vouloir et de faire bouger les lignes avant les prochaines élections régionales… Et après… Avec une nouvelle équipe compétente à la barre… Je l’espère !

Michel BRELIVET

*  Sir Winston Churchill disait : « Christophe Colomb fut le premier socialiste : Il ne savait pas où il allait, il ignorait où il se trouvait… Et il faisait tout cela aux frais des contribuables ».

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