Réseaux sociaux et une partie de la presse locale se sont déchaînés à mots très crus envers le restaurant de la Fontaine aux Bretons, à Pornic, après qu’une fillette de 22 mois ait avalé du détergent servi par erreur à la place de jus de pomme. Gravement atteinte, la fillette risque de perdre son œsophage. Le GNI (groupement national des indépendants de l’Hôtellerie-Restauration) Grand Ouest essaie de désamorcer la polémique.

Dans un communiqué envoyé aux adhérents du GNI Grand Ouest, ce dernier explique « Il y a quelques jours, une fillette a été intoxiquée par un produit d’entretien dans une restaurant de la côte.  Si la victime semble désormais hors de danger, elle gardera longtemps tout comme sa famille, les séquelles de cet accident. Depuis, les médias se font le relais de ce drame, chaînes nationales, presse écrite etc… Les réseaux sociaux quant à eux offrent une large tribune à toutes les ignominies, principalement de ceux qui ne connaissent ni les protagonistes, ni les faits, ni le métier. Chaque année, près de 1 300 personnes décèdent d’une intoxication domestique (source INVS). Parmi les auteurs d’abjects commentaires, combien peuvent se prévaloir de la certitude que jamais rien ne se produira à leur domicile ? Combien ont la certitude d’être à l’abri d’une erreur humaine aux conséquences dramatiques et irréversibles? ».

« Nous connaissons bien cet établissement », explique le GNI, « ainsi que les hommes et femmes qui le composent. Le personnel a récemment suivi des formations dans nos locaux, le restaurant est suivi par un laboratoire indépendant qui réalise des prélèvements et autres contrôles censés garantir l’innocuité de son fonctionnement. Le projet d’entreprise est axé sur une réflexion globale de l’impact de l’Homme sur son l’environnement, la co-construction du projet d’entreprise avec les salariés, la permaculture etc ».

Un enchainement d’erreurs humaines

Cependant, « ce tragique accident est survenu. Ce qui semble être une erreur humaine, ou un enchaînement d’erreurs, doit en premier lieu nous faire prendre conscience de notions importantes : aussi évidentes et banales que puissent apparaître certaines vérifications, précautions, certains autocontrôles, il ne faut jamais rien admettre comme étant acquis quand il s’agit de sécurité, des clients comme des équipes. Les procédures doivent être sans cesse rappelées, travaillées et les écarts strictement sanctionnés », relève le GNI.

Un proche du dossier explique : « on avait choisi de ne pas communiquer dans un premier temps. Mais devant le déballage sur les réseaux sociaux, et la haine, on l’a fait ». En effet, « ce restaurant a une orientation autour du bio, ce ne sont pas des bouteilles de jus qu’on débouche devant le client, toutes prêtes et industrielles, ils les font maison ».

Une équipe effondrée

Il reconnaît « une négligence personnelle » du premier employé qui a commencé par mettre du détergent dans un récipient utilisé par le service – qu’un second employé a rentré par automatisme dans un frigo – « en même temps si ce genre de récipient abritait habituellement du jus de pomme, il n’avait aucune raison d’en douter », et dont un troisième s’est servi pour faire le verre de jus. « Mais il est inadmissible qu’on y associe l’établissement tout entier, dont les équipes sont traumatisées,  marquées au fer rouge par ce qui s’est passé. Là, certains cassent l’établissement gratuitement, en ignorant tout du contexte – un coup de feu [cœur du service, quand tout arrive et tout est fait en même temps], le manque de personnel. L’équipe du restaurant est effondrée, elle est sens dessus dessous ».

Présidente du GNI Grand Ouest et restauratrice, Catherine Quérard explique que « La Fontaine aux Bretons se fait démonter sur les réseaux sociaux. Certes, il y a eu une accumulation d’erreurs personnelles qui ont conduit à un drame ; nous sommes très malheureux de ce qui est arrivé à cette jeune fille » qui pourra bientôt respirer seule, mais ne pourra pas être alimentée par l’œsophage avant plusieurs semaines.

Plus de 1 000 décès par an par intoxication domestique

«Cependant nul n’est à l’abri d’erreurs chez soi. Il s’est passé quelque chose d’incroyable, où la personne qui a mis le produit chimique dans un récipient prévu à la consommation n’avait tout simplement aucune culture du danger des produits chimiques et a fait un acte incompréhensible, le tout dans le contexte d’un coup de feu. Nous avons beaucoup de mal à recruter et à former des saisonniers, et il faut à chaque instant une vigilance de tous les instants ».

« Je connais le dirigeant », poursuit-elle, « qui est très traumatisé. Il va tout faire pour dédommager la famille, il a fait appel à des sociétés pour revoir toutes les procédures. Il est très investi. Son équipe est très traumatisée. C’est comme un crash d’avion. Il y a un avant et un après ».

Chaque année, il y a plus de 1 000 décès par intoxication domestique. L’affaire de la Fontaine aux Bretons – qui heureusement ne se solde pas par un décès – rappelle que l’erreur est humaine, et toujours possible.

LBG

Crédit photo : Daniel Jolivet/Flickr (cc)
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