La presse française a largement rendu compte de la tuerie de masse commise à El Paso (Texas) le 3 août par un blanc de 21 ans, Patrick Crusius. Elle s’est beaucoup moins intéressée à celle commise le lendemain à Dayton (Ohio) par un Blanc de 24 ans, Connor Betts. Cette tuerie-là n’a fait « que » dix morts, contre vingt-deux à El Paso. Mais Betts était tout aussi déterminé et équipé que Crusius. Simplement, il a été abattu plus vite par des gardes armées.

Pourquoi un éclairage si vif sur l’un et si peu sur l’autre ? Manifestement, parce que la fusillade d’El Paso a été commise par un « suprémaciste » blanc, visait des Latinos et a été une occasion de s’en prendre au président Trump, accusé d’en être l’un des inspirateurs. Ce dont Donald Trump se défend, bien entendu. Alors que Betts, lui, n’était pas seulement un psychopathe tel que l’a décrit Ouest France mais aussi un militant de gauche actif sur l’internet.

Les fusillades de masse sont spectaculaires, donc médiatiques, mais ne représentent qu’une petite partie de la criminalité américaine. Il s’est passé des choses ailleurs qu’à El Paso et Dayton le week-end dernier. Celui-ci avait été déclaré « Ceasefire week-end » (week-end de cessez-le-feu) à Baltimore ; le 200e homicide de l’année y a été enregistré dimanche. Au cours du même week-end, soixante personnes ont été victimes d’armes à feu dans la seule ville de Chicago.

Les auteurs des tueries de masse : des Afro-américains dans la majorité des cas

Contrairement à l’impression répandue en France, les fusillades de masse ne sont pas une spécialité de l’extrême-droite blanche. On peut le dire avec certitude grâce au recensement minutieux établi par un site anti-armes à feu, Mass Shooting Tracker. Le journaliste Daniel Greenfield s’est penché sur ces statistiques dans un article publié par le site Frontpage Mag. « Non, les fusillades de masse ne sont pas un problème d’homme blanc », écrit-il. En réalité, les actes commis depuis le début de l’année et qui ont fait au moins quatre tués ou blessés, et dont l’auteur est connu, ont été commis à 51% par des Noirs, 29% par des Blancs et 11% par des Latinos. Les Blancs forment 61% de la population des États-Unis, les Afro-américains 12,7%.

La veille de la fusillade d’El Paso, la justice texane avait annoncé dans un communiqué l’arrestation de William Patrick Williams, un Noir de 19 ans qui préparait une tuerie de masse dans un hôtel de Lubbock. Il disposait d’un fusil d’assaut AK+47 et de dix-sept chargeurs approvisionnés. Il avait acheté son fusil chez un armurier, comme la loi l’y autorise, en fournissant des informations personnelles, comme la loi l’y oblige. Et ce sont ces informations qui ont permis son arrestation préventive. Le délinquant sérieux se fournit plutôt auprès des trafiquants…

Les lecteurs français n’ont pas entendu parler de William Patrick Williams, mais pas non plus d’auteurs de tueries bien réelles comme les frères Dean ou DeWayne Antonio Craddock, fonctionnaire noir qui a tué treize personnes à Virginia Beach le 31 mai. Pour être juste, les lecteurs américains n’ont pas tous été mieux informés : dressant le portrait de l’assassin, le New York Times ne disait rien de ses origines. Alors qu’il soulignera à l’envi celles de Patrick Crusius, bien entendu.

E.F.

Crédit photo : DR — photo d’illustration : après une précédente tuerie aux Etats-Unis.
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