Étape estivale annuelle à Goult, joli village perché du Luberon. Moins couru que le célébrissime Gordes, Goult a le charme de ces villages légèrement assoupis qui conservent encore une vie locale authentique. Face à la place de l’Église se tient un bistrot qui sert des repas depuis des lustres, à savoir le Café de la Poste.

L’ombre de la belle Adjani…

Ah le Café de la Poste ! L’ombre de la belle Adjani, donnant la réplique à Alain Souchon, plane encore dans ces lieux où fut tourné L’été meurtrier, sombre polar tiré du roman éponyme de Sébastien Japrisot. L’établissement est resté « dans son jus », ce qui fait son charme. On y vend des journaux, du tabac et bien sûr des boissons diverses. On peut même y faire son loto, assis sur des banquettes qui ont vu passer du monde. Les toilettes – « à la turque » (!) pour les hommes – valent le détour. De l’authentique donc, pas frelaté pour un sou.

C’est sur la terrasse, à l’abri des parasols, que les choses sérieuses se passent. C’est là que viennent déjeuner artisans du coin, résidents locaux – souvent américains – et touristes de passage.  Depuis des lustres, c’est notre étape obligatoire. Il faut dire que la table était bonne et, qualité dans un Luberon très touristique, bon marché. Le crespéou – gâteau d’omelettes d’herbes et de légumes, empilés par couches superposées, qui se déguste froid – est encore dans notre mémoire. Mais ça, c’est du passé. Au fil des ans, et des changements de propriétaires, la cuisine – qui reste bonne – a perdu de son originalité. Sans parler du service, aimable et efficace du temps des anciens propriétaires, devenu cette année pour le moins confus et désorganisé…Tenir une salle, c’est un métier !

Lors de notre dernier passage, en ce mois de juillet,  nous avions choisi deux « salades provençales » – des herbes et des légumes bien choisis accompagnés d’une vinaigrette tout en subtilité – et un seul « café gourmand » – superbe.  Un repas léger, donc, canicule oblige. Avec une bouteille d’eau et deux cafés (parfaits), l’addition se montait à 50 euros. Pas vraiment donné donc.

Au cœur de  la Provence chère à Giono

Changement complet de décor quelques jours plus tard. Toujours dans le Luberon, mais du côté de Forcalquier cette fois, au cœur de  la Provence chère à Giono, Le Couvent des Minimes, à Mane, est un hôtel 5 étoiles planté au milieu des champs de lavande. Piscine, spa, rien de manque au bonheur des (heureux) clients. À côté du restaurant « gastronomique », un « bistrot » propose tous les jours, dans une très belle salle de cet ancien couvent, une cuisine élaborée par le chef étoilé Jérôme Roy, un Tourangeau qui a fait ses classes auprès des plus grands.

En guise d’entrées, des « fleurs de courgette farcies à la provençale, courgettes en salade, coulis et glace mentholée » pour elle et un « coeur d’artichaut macau fondant, croustillant, cru et glacé, pâte d’olive taggiasche, gingembre et laurier frais » pour lui. Suivis ensuite d’une « Cocotte de légumes verts de saison, gnocchi aux herbes fraîches, oignons frais, amandes toastées et citron confit. ». Excellence des produits, cuissons au diapason, subtilité des accords : voilà une cuisine de « bistrot » qui en remontrerait à bien des « gastronomiques ». Une Provence sublimée par un chef qui met le produit au cœur de l’assiette. Un dessert du jour « autour du citron » compléta ce beau repas.

Repas accompagné d’un verre de vin rosé 2018 du domaine Les Terrasses de Vallombrosa, AOP Provence. Un beau vin, avec un nez expressif et complexe, où l’on retrouve des arômes de fruits rouges et d’agrumes ; en bouche, finesse, fraîcheur et minéralité sont au rendez-vous. De quoi réconcilier avec les rosés du coin, trop souvent bâclés…

En définitive, une belle expérience « bistronomique » !

Yves Lemay

Le Café de la Poste, rue de la République, 84220. Téléphone : 04 90 72 23 23
Le Couvent des Minimes, rue les Jeux, 04300 Mane.Téléphone : 04 92 74 77 77

Crédit photos : Breizh-info.com
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