Transférer l’aéroport Nantes-Atlantique à Ancenis ?

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Après que trois élus – dont le maire de Varades, commune-centre de la commune nouvelle Loireauxence, aient proposé le transfert sur leur territoire de l’aéroport de Nantes-Atlantique, la communauté de communes a répondu assez brutalement qu’elle ne voulait pas de l’idée. Du reste, s’il s’agit de transférer, soit, mais où ? Car Ancenis dispose d’un aérodrome, certes, qui tient plus de l’aéro-drame que de l’aéroport international flambant neuf. Rappel des faits.

Ouvert en 1968 pour un aéroclub, l’aérodrome d’Ancenis devient un vrai  aéroport avec 1200 mètres sous les auspices de l’UDF Edouard Landrain, inamovible élu (depuis 1965) puis maire d’Ancenis (1977-2001). Il est même inauguré en grande pompe sous le nom d’Aéropole, avec l’ambassadeur du Japon – il s’agit de renforcer le partenariat économique entre Manitou et Toyota. L’aéroport engloutit 54 millions de francs de l’époque et est livré avec un curieux hangar de 600 m² sur poteaux et portail basculant vers l’intérieur – 13% de la place intérieure perdue – qui plus est hors de prix par rapport à un modèle sans poteaux, relève le journal ancenien indépendant La Chaussette.

En 1996 déjà, les cieux de cet aéroport business international – inspiré de Toussus le Noble – apparaissent bouchés. Nantes est à 50 km – et ce n’est pas la Défense. L’irrégulodomadaire satyrique nantais Lulu, tout jeune – il en est au numéro 15 – souligne que « la piste écope d’un statut d’«aérodrome agréé à usage restreint». Toute demande d’atterrissage doit être faite avec préavis de 48 h, déposé aux heures ouvrables du service de l’aviation civile. Cet été, des Allemands -une cinquantaine- venant depuis quinze ans pratiquer le vol à voile n’ont pas pu décoller comme ils le voulaient et sont partis fumasses. On ne les y reprendra plus ». Le gros du trafic est en fait assuré par l’aéroclub local, « qui gère la piste sans le moindre salarié » et revendique « 10.000 mouvements par an ».

Un coût de fonctionnement considérable

Pis, l’aéroport a englouti depuis des sommes considérables : «  7,1 millions d’euros, dont 5 millions directement pour l’aérodrome » de 1994 à 2003, relève Lulu encore, cette fois dans le n°56, en mai 2007. Des contrôleurs aériens ont été embauchés en 2003, pour un trafic riquiqui – il n’y a toujours pas de ligne régulière, ni de compagnie aérienne basée. « En 2002, on n’a enregistré que 178 vols commerciaux, l’année d’après, plus un seul. Nib ! Wallou. Nada. Que tchi. Pour les vols non commerciaux, donc des coucous privés de l’aéroclub, 2002 en compte 10 766, alors que 2003 n’en dénombre plus que 5761. Ça ne décolle pas ».

La communauté de communes du pays d’Ancenis (COMPA), propriétaire de l’aéro-drame, a bien essayé de le transmettre à un prestataire extérieur. Raté. Malgré 60.000 € payés au cabinet d’études Fitoussi en 2005 par la Compa  pour les perspectives d’un projet de développement. Raté encore en 2009 – IXCore a jeté l’éponge après dix mois d’atermoiements, après avoir ébauché l’inscription d’Ancenis dans un « arc européen de l’Irlande à l’Espagne » de plateformes dédiées à l’aviation d’affaires. Bilan : 280.000 € de déficit pour la Compa et 52.626 € d’honoraires au cabinet Ernst&Young pour accompagner la reprise qui n’a pas eu lieu.

Finalement, c’est Vinci qui l’a récupéré avec la gestion des aéroports du pays nantais, la concession échoit normalement en 2025. Vinci y avait d’ailleurs envisagé le transfert de l’activité aviation légère de Nantes-Atlantique dans le cadre du projet de Notre-Dame des Landes, abandonné depuis. Rien de plus.

Quant à la zone commerciale de l’Aeropole, ses terrains se sont très mal vendus et ça a duré très longtemps : en 2005, 419.000 € de terrains ont été vendus pour un coût d’aménagement de 3.5 millions d’euros.

En 2014, Ancenis a accueilli 127 passagers sur l’année dont 3 internationaux avec 37 mouvements commerciaux, en 2018 843 dont 6 internationaux avec 207 mouvements commerciaux… une croissance exponentielle, sauf en terme d’efficacité des mouvements, donc d’empreinte écologique. Mais le gros des mouvements était toujours assuré par l’aéroclub : 8 067 en 2014, 9 340 en 2018.

Dans le détail, en 2017, Ancenis a accueilli 11 982 mouvements (1x atterrissage/décollage) dont 179 mouvements commerciaux (9 618 pour l’aéroclub, 1 452 privés français, 32 privés internationaux, 219 pour travail aérien, 442 appareils commerciaux et 40 autres officiels/militaires). Il y a eu 252 mouvements de nuit, pour… 763 passagers sur l’année. La plupart arrivent du Bourget, Toussus-le-Noble, Toulon, Bordeaux et Caen.

Quant à l’avenir de l’aéroport, il est aussi bouché que le présent. L’allongement de la piste de 400 mètres, pour lui permettre d’atteindre 1600 mètres et d’accueillir autre chose que de l’aviation légère et des hélicoptères, est impossible. Il doit se faire sur les marais de la Grée, qui jouxtent l’aéroport.  Initié en 2004 puis 2009, avec même un commencement d’exécution, il a été abandonné à chaque fois, du fait de contraintes environnementales trop fortes. Bref, le transfert de Nantes-Atlantique à Ancenis n’est pas pour demain…

Louis-Benoît Greffe

Cédit photo : Pymouss/Wikimedia (cc)
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