Daniel Cueff devant la justice : les maires bretons se sont dégonflés

Les vacances n’expliquent pas tout. Les maires bretons auraient pu se mobiliser pour soutenir Daniel Cueff, le maire de Langouët. Mais à l’approche des élections municipales, la trouille l’a emporté : pas question de déplaire à la FNSEA.

Pas un inconnu

Daniel Cueff, maire de Langouët, n’est pas un inconnu. Aux élections régionales de décembre 2015, il occupait la première place de la liste de Christian Troadec (« Oui la Bretagne ») en Ille-et-Vilaine ; mais cette liste n’avait obtenu aucun élu (seulement 3,68% des suffrages au premier tour). Aux élections régionales de mars 2010, Cueff avait été élu car il figurait alors sur la liste de Jean-Yves Le Drian, avec l’enseigne « Bretagne écologie ». C’est donc un homme qui a l’habitude de se mouiller et de participer au combat politique.

Le juge des référés du tribunal administratif de Rennes vient donc de suspendre – mardi 27 août – son arrêté visant à interdire l’usage des pesticides agricoles à une « distance inférieure à 150 mètres de toute parcelle cadastrale comprenant un bâtiment à usage d’habitation ou professionnel ». Le matin même, au 7/9 de France Inter, Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique, commente l’arrêté pris par Daniel Cueff : « Je partage totalement sa préoccupation ». « Oui, il faut prévoir une distance minimale entre les zones d’habitation et l’épandage. Je vais mettre en consultation, dans les prochains jours, un projet de réglementation », poursuit-elle.

Commentaire du maire de Langouët : « On est dans un paradoxe extraordinaire. D’un côté on nous donne raison en annonçant qu’on va mettre très prochainement en place une nouvelle législation, ce qui laisse penser que mon arrêté a un bel avenir. Et de l’autre, il est attaqué et retoqué devant un tribunal. Ce doit être la politique du « en même temps » ! »

L’exemple de l’affaire Yves Rocher vs BNP

Dans cette affaire, on ne peut pas dire que les collègues maires de Daniel Cueff l’aient beaucoup soutenu. On n’a ni vu ni entendu, par exemple, Pierre Breteau, président de l’association des maires d’Ille-et-Vilaine, venir au secours du maire de Langouët – ce qui aurait été la moindre des choses. Le rapport de force constituant l’une des bases de la politique, une vague de démissions chez les maires ruraux aurait très certainement calmé Michèle Kirry, préfet d’Ille-et-Vilaine, et l’aurait dissuadé d’attaquer l’arrêté municipal devant le tribunal administratif. Ceux qui se souviennent du différend qui opposait Yves Rocher à la BNP dans le dossier Petit Bateau savent que l’affaire pris une toute autre tournure lorsqu’une douzaine de maires du Morbihan remirent leur démission au préfet. Et, par crainte d’une seconde vague, les autorités gouvernementales firent pression sur le PDG de la BNP, le Breton René Thomas, pour que la banque mit de l’au dans son vin et se montrât « compréhensive ». Mais il faut croire que la solidarité bretonne n’a pas joué en faveur de Daniel Cueff.

Bernard Morvan

Crédit photo : Laureline1/Wikimedia (cc)
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