Ordre nouveau, S’adapter pour vaincre, Iran une histoire de 4000 ans, Emmanuel le faux prophète : voici la sélection littéraire de la semaine

Ordre Nouveau raconté par ses militants

Bien qu’ayant eu une existence éphémère (création en 1969 et dissolution par le conseil des ministres en juin 1973) le mouvement Ordre nouveau a sans doute été le plus dynamique de son époque. Pour marquer le cinquantième anniversaire de sa création, à l’initiative de deux anciens militants, André Chanclu et Jacques Mayadoux, un livre rassemblant une quarantaine de témoignages sort au mois de septembre 2019. Toutes les étapes de la vie d’Ordre nouveau sont racontées par ceux qui ont fait le mouvement.

Un document unique sur le mouvement qui fut à l’origine du Front national. Un document à prendre également modestement pour ce qu’il est : un document sur l’histoire d’un groupuscule, avec quelques anecdotes « rigolotes », quelques témoignages d’une vie militante agitée, mais sans perdre de vue qu’au final, Ordre nouveau, si il a été à l’origine de la formation de plusieurs cadres politiques de la droite et de l’extrême droite, n’a politiquement débouché sur aucune victoire.

Ordre nouveau raconté par ses militants – Synthèse éditions (à commander ici)

Emmanuel, le faux prophète

Par Julien Aubert

En 2017, la France s’est livrée tout entière à deux initiales : E.M. E.M. comme En Marche, les initiales d’un mouvement politique, orgueilleusement inspirées de celles de son fondateur, Emmanuel Macron, sorte de Moïse de la politique. Sorti de nulle part, démolissant les murailles de l’«ancien monde » en soufflant dans la trompe du renouveau, Emmanuel Macron a réalisé un véritable hold-up politique. Bon nombre de commentateurs ont alors salué le coup de maître, voyant là l’émergence d’un nouveau paradigme, né de l’effondrement du magistère idéologique de la Gauche et de la faillite morale de la Droite.
En 2017, Emmanuel Macron était christique dans ses meetings, comme sûr de son fait. Tel un prophète, Emmanuel Macron a prêché seul et emmené avec lui une foule grossissante de citoyens de bonne volonté, qui s’étaient levés des quatre coins du pays, happés par l’Histoire : un peuple de marcheurs.
Mais deux ans après, avec la révolte des gilets jaunes, la révolution promise a failli paradoxalement se produire contre Emmanuel Macron. Comme disait le gaulliste Philippe Séguin : « Il ne suffit pas d’avoir de l’appétit, il faut aussi avoir de l’estomac. »

Julien Aubert, député de Vaucluse, était sur les bancs de l’ENA avec Emmanuel Macron. Il sort aujourd’hui ce livre car candidat en octobre 2019 à la présidence des Républicains, pour la construction d’une droite populaire et républicaine. Ce n’est vraiment pas le livre du siècle, ni le livre qui va révolutionner la droite d’autant plus qu’on sent toujours la trouille de ces élus de droite de « franchir le rubicon », et cela en devient usant, puisqu’on se dit qu’ils ne comprennent finalement rien à leurs électeurs. Finalement, on se dit qu’on préfère éventuellement écouter Julien Aubert en intervention à la télévision, dans des débats, plutôt que de le lire.

Emmanuel, le faux prophète – Julien Aubert – éditions du Rocher – 15,9€

Iran, une histoire de 4000 ans

Yves Bomati et Houchang Nahavandi

Depuis les antiques civilisations du plateau iranien jusqu’à l’actuelle République islamique née de la révolution de 1979, ce pays-continent, creuset bouillonnant au cœur d’un Moyen-Orient turbulent, a vu naître des religions et des systèmes aussi novateurs que le zoroastrisme, la quête d’un empire universel, l’émergence du modèle du despote éclairé, en même temps que des courants philosophiques et artistiques majeurs.

Avec cette fresque se déroulant sur plus de 4 000 ans, puisant dans les récits historiques, les travaux les plus récents et les anecdotes issues de chroniques persanes, Houchang Nahavandi et Yves Bomati ravivent également le destin d’illustres personnages tels Cyrus, Darius, Avicenne, Reza Shah, Alexandre le Grand et, moins connus du lecteur occidental, ceux d’Hassan Sabbah l’Assassin, de Tâhéreh Qorrat ol-‘Eyn la poétesse et d’Amir Kabir le réformateur.

Croisant leurs regards, ils montrent combien l’actualité la plus récente et parfois la plus controversée plonge ses racines dans un passé marqué par la double emprise du rêve impérial et du sens religieux. Un livre essentiel pour connaître et comprendre un pays charnière et matrice de siècles de civilisations.

Houchang Nahavandi, membre correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, lauréat de l’Académie française, a été recteur des universités de Shiraz et de Téhéran, et ministre du Développement sous la monarchie iranienne. Il a enseigné dans plusieurs facultés parisiennes et est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’Iran.

Yves Bomati, docteur ès lettres et sciences humaines, diplômé de l’École pratique des hautes études, est spécialiste de l’histoire des religions. Ensemble ils ont écrit Shah Abbas, empereur de Perse (1587-1629), couronné en 1999 par le prix Eugène-Colas de l’Académie française, ainsi que Mohammad Réza Pahlavi et Les Grandes Figures de l’Iran.

Ce livre est un monument, indispensable dans la bibliothèque de quiconque prétend à découvrir la grande civilisation qui a pris place en Iran, il y a 4000 ans.

S’adapter pour vaincre

Par Michel Goya

Comment les armées se sont transformées pour vaincre, du XVIIIe siècle à nos jours.
Les changements politiques, sociaux, techniques et économiques qui se sont succédés depuis la fin du XVIIIe siècle ont engendré de grands bouleversements au sein des nations devenues « industrielles », qui sont parvenues notamment à transformer l’énergie de manière nouvelle et à produire des biens en masse. Mais ce nouveau monde industriel est aussi un monde d’affrontements, et les armées sont naturellement au cœur de ces turbulences. Elles aussi sont amenées à se transformer, poussées par l’évolution en toute chose et surtout celle de leurs ennemis.

Quand et pourquoi innovent-elles dans la manière dont elles combattent ? Sont-elles condamnées, si elles ne sont pas assez rapides, à refaire la guerre précédente ? Est-il plus facile d’innover en temps de paix, ou au contraire en temps de guerre, au contact des réalités ? Comment s’articule, dans ces efforts, l’action des institutions internes aux armées avec les pouvoirs externes – de l’« arrière », du pouvoir politique et peut-être surtout de l’ennemi ? C’est à toutes ces questions, parmi beaucoup d’autres, que répond Michel Goya avec une grande hauteur de vue. Abordant le phénomène de l’innovation militaire dans sa globalité, il décrit successivement la mue de l’armée prussienne face aux révolutions (1789-1871), la transformation de l’armée française pendant la Grande Guerre, l’évolution de la Royal Navy britannique (1880-1945), la stratégie de bombardement allié contre le IIIe Reich, la naissance et la place de l’arme atomique dans la guerre froide, l’évolution de l’armée française pendant la guerre d’Algérie, enfin celle de l’US Army à partir de 1945 – autant d’exemples qui racontent et démontrent la nécessaire adaptation de l’art militaire et ses principales innovations depuis deux siècles.

Officier des troupes de marine et docteur en histoire contemporaine, Michel Goya, en parallèle de sa carrière opérationnelle, a enseigné l’innovation militaire à Sciences-Po et à l’École pratique des hautes études. Il se consacre aujourd’hui à la recherche et à l’écriture et tient un blog consacré aux questions stratégiques : la voie de l’épée. Il est notamment l’auteur de Sous le feu. La mort comme hypothèse de travail et Les Vainqueurs.

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