Le Crabe-tambour vient de faire l’objet d’une restauration exemplaire dans un format Blu-ray. Il reste également disponible en DVD. C’est l’occasion de redécouvrir ce chef d’œuvre prônant le sens de l’honneur et de la fidélité.

 

Un escorteur d’escadre de la Marine nationale quitte Lorient. Avant son désarmement, il va effectuer une dernière mission : servir de bâtiment d’assistance à des bateaux de pêche sur les mers de Terre-Neuve. A son bord, gravement malade et taciturne, le capitaine de vaisseau (Jean Rochefort) effectue lui-même son ultime commandement. Le médecin (Claude Rich), après avoir servi en Indochine, s’est réengagé dans la Marine. Le commandant invite le médecin à un dîner pour évoquer l’ancien lieutenant de vaisseau Willsdorff (Jacques Perrin), surnommé le Crabe-Tambour, qu’ils ont connu. Toujours accompagné de son chat noir, cet officier légendaire avait participé à la guerre d’Indochine, où il commandait une flottille sur un fleuve. Tentant de rejoindre l’Occident à bord d’une jonque, il fut capturé par la tribu des guerriers Danakils, au Yémen. Apprenant la mort de son frère, commandant de harkis, il quitta la Marine pour les commandos parachutistes, afin de venger sa mort. Puis, il avait participé au putsch des généraux, dans l’espoir de conserver l’Algérie française. Après avoir donné sa démission de l’armée, il fut condamné à vingt ans de prison. On raconte qu’il serait aujourd’hui devenu patron-pêcheur. Le commandant cherche ainsi à saluer une dernière fois le Crabe-Tambour, envers qui il avait trahi sa promesse d’officier de quitter l’armée après le putsch des généraux. Le truculent chef mécanicien (Jacques Dufilho), entre deux histoires de son pays bigouden, confie au médecin que lui aussi a connu le Crabe-Tambour. Cet escorteur d’escadre croise alors, en pleine mer, un chalutier, dont le commandant n’est autre que le Crabe-Tambour, lequel salue par radio ses anciens compagnons d’armes. Toutefois, le commandant ne saisit pas cette ultime occasion de s’expliquer, entre hommes d’honneur, avec lui, et ainsi d’effacer sa plaie. De retour à Lorient, sa dernière mission achevée, il passe ses hommes en revue, salue le drapeau et quitte le navire…

Le Crabe-tambour est un film français, réalisé par Pierre Schoendoerffer, sorti le 9 novembre 1977. Ce célèbre réalisateur adapte ainsi son roman éponyme publié en 1976, qui avait obtenu le Grand Prix du roman de l’Académie Française.

Le film est construit autour du dialogue entre le commandant et le médecin, émaillé de flash-back sur le parcours du Crabe-tambour, depuis la guerre d’Indochine jusqu’à la guerre d’Algérie. Dans cette superbe évocation des déchirements de l’armée française, le Crabe-tambour avait conservé le sens de l’honneur et de la fidélité. Schoendoerffer montre que le Crabe-tambour, lors du putsch des généraux d’Alger, va désobéir au pouvoir politique pour respecter sa conscience.

Ce chef d’œuvre a obtenu en 1978 les Césars du meilleur acteur (Jean Rochefort), du meilleur acteur dans un second rôle (Jacques Dufilho) et de la meilleure photographie (Raoul Coutard). On admire toujours ses magnifiques images d’une mer démontée qui engloutit puis recrache la proue des navires.

 

Le personnage du Crabe-tambour est inspiré de la vie du lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume (1925-2002). Cet officier de marine malouin sert en Indochine jusqu’en 1954, en opérant derrière les lignes Viet-Minh. Désobéissant à ses supérieurs, il sauve, en les embarquant sur les bâtiments sous ses ordres, 1600 Vietnamiens catholiques fuyant le communisme. À la fin de la guerre d’Indochine, il regagne la France à bord d’une jonque, après avoir été enlevé par des pirates somaliens dans l’Océan Indien. Pendant la guerre d’Algérie, il demande à prendre le commandement d’une unité d’élite, composée de harkis et d’officiers français, à la tête duquel son frère venait d’être tué. Puis en 1961 il participe au putsch d’Alger, avant d’entrer dans l’OAS. Arrêté en mai 1962, il est condamné et emprisonné. Puis il participe à plusieurs opérations de Bob Denard aux Comores.

Kristol Séhec

Le Crabe-tambour, Blu-ray 20,11 euros. DVD 9,99 euros. Studio Canal.

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