Opéra : les Canadiens font la leçon à Puccini

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La Compagnie nationale d’opéra du Canada, alias Canadian Opera Company (COC), joue Turandot à Toronto tout au long du mois d’octobre. Tout le monde connaît cet opéra de Giacomo Puccini créé en 1926 à la Scala de Milan. Il narre les amours difficiles d’une princesse de la Chine médiévale. Dans la tradition de la comédie italienne, trois personnages, Ping, Pang et Pong, commentent le déroulement de l’action.

Hélas, ces trois semi-bouffons sont présentés comme des dignitaires chinois. Dans un Canada qui, comme son voisin américain, ne tolère plus le black face, le déguisement d’un Blanc en Noir, peut-on accepter le yellow face ? Le COC s’est doté d’un comité « Equity, Diversity, and Inclusivity ». Son responsable, Richard Lee, lui-même d’origine chinoise, s’est aussitôt insurgé : « Hé, je vois que j’ai un problème avec ça parce que je pense que cela peut éventuellement faire beaucoup de peine au public qui vient pour le voir », a-t-il déclaré.

L’Equity, la Diversity et l’Inclusivity ne se discutent pas : Ping, Pang et Pong ont aussitôt été rebaptisés Jim, Bob et Bill. Le plus cocasse est que le rôle de Bob a été confié à Julius Ahn et celui de Bill à Joseph Hu. Des chanteurs respectivement coréen et américano-taïwanais. Quant au rôle titre, il est tenu par Tamara Wilson, qui a fait un scandale cet été à Vérone parce qu’on voulait la maquiller en Éthiopienne pour jouer Aïda. Finalement, la maquilleuse avait transigé pour un brun plus clair. Et le jaune, elle en pense quoi ?

Wilson s’astreint à déchinoiser

Le Turandot canadien a été mis en scène par Robert Wilson, qui a été prié de justifier aux yeux des mélomanes les libertés prises avec Puccini. Dans une note passablement emberlificotée, il explique que « le Turandot de Puccini a été inspiré par une adaptation allemande rédigée par Schiller au début du 19e siècle d’une comédie italienne du 18e siècle de Carlo Gozzi tirée d’une reprise française d’un supposé conte de fée traditionnel perse situé dans la Chine antique ». Ping, Pang et Pong, dit-il, sont des personnages comiques traditionnels. « Mais [Puccini] a aussi donné aux personnages des noms naïvement pseudo-asiatiques pour les situer dans le monde exotiquement orientaliste qu’il avait créé pour son public du début du 20e siècle. Pour nos oreilles, ces noms sont datés et offensants. »

Est-il moins offensant et moins daté de les appeler Jim, Bob et Bill ? Le malheureux Robert Wilson ne s’aventure pas dans cette voie : le cas est déjà assez compliqué. Surtout pour un artiste dont l’un des chefs-d’œuvre est une mise en scène plus japonaise que nature de Madame Butterfly, justement reprise ces temps-ci à l’Opéra Bastille…

E.F.

Crédit photo : PMRMaeyaert via Wikimedia Commons
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